L’Actu vue par Remaides : « Pas de campagne officielle du 1er décembre : tollé dans la lutte contre le sida »
- Actualité
- 23.09.2026
Conférence AIDS. Photo : IAS 2023
Par Jean-François Laforgerie
Pas de campagne officielle du 1er décembre :
tollé dans la lutte contre le sida
Cette année, le ministère de la Santé et la Direction générale de Santé publique France (SpF) ont décidé d’annuler la campagne nationale annuelle de prévention du VIH autour du 1er décembre. Une désolante première qui a fait réagir de très nombreuses structures (associations, Coress, sociétés savantes, etc.) investies dans la lutte contre le sida. Cette lettre ouverte publiée le 22 septembre est à l’initiative du Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida (voir encart en fin de texte). Voici le texte.
« Le VIH n’a pas disparu. La campagne du 1er décembre ne doit pas disparaître non plus ». La formule claque. C’est celle qui ouvre une lettre ouverte signée par de très nombreuses structures de lutte contre le sida, adressée le 22 septembre aux pouvoirs publics dont Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, ou Etienne Pot, directeur général par intérim de Santé publique France. Le courrier a été envoyé aux services du Premier ministre et de la présidence de la République.
« Nous, actrices et acteurs de la lutte contre le sida et de la santé sexuelle, vous demandons de revenir sur la décision d’annuler en 2026 la campagne nationale annuelle de prévention du VIH autour du 1er décembre. Chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, Santé publique France déploie une campagne nationale consacrée au VIH. Ce rendez-vous permet de rendre visibles auprès du plus grand nombre les outils de la prévention combinée et du dépistage. Cette campagne n’est pas une simple opération de communication. Elle constitue un outil de santé publique. Elle permet de remettre le VIH dans l’espace public, de diffuser une information fiable, de lutter contre les idées reçues et la stigmatisation, et de faire connaître les dispositifs de prévention et de dépistage à des personnes qui sont éloignées du soin », explique le texte.
Mais cette année, « faute de financement, en 2026, cette campagne n’aura pas lieu. Alors que la France s’est fixé l’objectif d’éliminer la transmission du VIH à l’horizon 2030 dans le cadre de sa Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030, et que la troisième et dernière feuille de route, pour la période 2026-2030, vient de paraître, comment l’État peut-il supprimer l’un des principaux rendez-vous nationaux consacrés à la prévention du VIH ? » Et le Collectif de rappeler des éléments qui semblent avoir échappé aux pouvoirs publics. « Car le VIH n’a pas disparu, pointe La Lettre ouverte. En 2024, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité en France. 43 % de ces découvertes sont intervenues à un stade tardif. Environ 3 400 contaminations ont eu lieu cette année-là, un niveau qui ne diminue plus depuis 2023, et Santé publique France estime qu’environ 9 700 personnes vivaient avec le VIH sans avoir été diagnostiquées fin 2024. Ces chiffres montrent que l’épidémie reste une réalité et que les efforts de prévention et de dépistage doivent être poursuivis. La France dispose aujourd’hui d’outils de prévention particulièrement efficaces. Mais leur existence ne suffit pas. Encore faut-il qu’ils soient connus, compris et accessibles. Il faut continuer à informer, à favoriser le dépistage, à lutter contre la stigmatisation et à aller vers les personnes les plus exposées, en particulier les plus éloignées du système de santé. Cet enjeu concerne aussi les nouvelles générations : entre 2014 et 2023, les découvertes de séropositivité ont augmenté de 41 % chez les 15-24 ans. Les possibilités de prévention continuent par ailleurs d’évoluer. En 2026, la PrEP injectable à longue durée d’action est devenue disponible en France et prise en charge par l’Assurance maladie. Cette avancée ouvre une nouvelle possibilité de prévention pour les personnes susceptibles d’en bénéficier.
Mais son impact en santé publique dépendra toutefois de la capacité à la faire connaître, à en expliquer les modalités et à garantir son accès. »
« La France dispose des connaissances, des traitements et des outils de prévention nécessaires pour atteindre son objectif d’élimination de la transmission du VIH. Elle doit désormais se donner les moyens de les faire connaitre et de les rendre accessible à tous, à travers une politique de prévention régulière, visible et adaptée aux différents publics », argumente le Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida. Et de poursuivre : « C’est précisément dans ce contexte que l’annulation de la campagne nationale du 1er décembre interroge. Alors que de nouveaux outils de prévention deviennent disponibles, que des inégalités se creusent et que certains publics restent particulièrement exposés, réduire les occasions d’informer la population entre en contradiction avec l’appel lancé en novembre 2025 par le Conseil national du sida et des hépatites virales, qui demandait une "remobilisation" des pouvoirs publics pour tenir son objectif d’élimination du VIH à l’horizon 2030, ainsi qu’avec l’engagement récent de la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, dans la mise en œuvre d’un plan national de lutte contre la sérophobie qui est l’un des obstacles au recours au dépistage. Supprimer une campagne aussi importante que celle du 1er décembre envoie un signal particulièrement inquiétant sur le niveau réel d’engagement de l’État dans la lutte contre le VIH. Il serait regrettable que la France emboite le pas à l’administration américaine, qui a, en 2025, supprimé tout financement public à ce temps fort consacré à cette journée de mobilisation et de prévention contre le VIH. Tant que des personnes sont contaminées, que des diagnostics sont encore réalisés tardivement et que des inégalités persistent face à la prévention et au dépistage, une mobilisation sur le VIH reste nécessaire et nécessite de maintenir une politique de prévention ambitieuse et de lui donner les moyens et la visibilité nécessaires. Nous vous demandons donc, madame la ministre de la Santé et monsieur le directeur général, de rétablir dès 2026 une campagne nationale de prévention du VIH autour du 1er décembre et d’inscrire ce rendez-vous dans la durée, avec une visibilité nationale à la hauteur de l’enjeu, une information adaptée aux différents publics et la participation pleine et entière des personnes vivant avec le VIH et actrices et acteurs de la lutte contre le VIH à sa conception et à son évaluation. Si la France veut en finir avec le sida, elle ne peut pas renoncer à informer, prévenir et dépister. Le VIH n’a pas disparu. La campagne du 1er décembre ne doit pas disparaître non plus. »
Des réactions de personnalités et d’ONG
En parallèle de la publication et de l’envoi aux pouvoirs publics de cette Lettre ouverte, des personnalités et ONG de lutte contre le sida ont réagi sur les réseaux sociaux.
Sidaction
« Le VIH n’a pas disparu. Pourquoi la campagne du 1er décembre, elle, disparaît-elle ?
En 2026, la campagne nationale de prévention du VIH est annulée. Pourtant, le VIH est toujours là. En France, des milliers de personnes vivent avec le virus sans le savoir et plus de 5 000 découvrent chaque année leur séropositivité. Le 1er décembre est un rendez-vous essentiel pour informer, prévenir, dépister et lutter contre la sérophobie.
Nous demandons le rétablissement d’une campagne nationale dès 2026 », a expliqué Sidaction.
Act Up-Paris
« Le VIH n’a pas disparu. La campagne du 1er décembre ne doit pas disparaître non plus. Nous avons co-signé, aux côtés d’associations, de Coress, de centres de santé, de santé sexuelle ou médico-sociale, de sociétés savantes et de réseaux professionnels, la lettre ouverte dénonçant l’annulation de la campagne de prévention du 1er décembre. Elle a été envoyée ce matin à la ministre de la Santé et à Santé publique France, avec copie à Matignon, à Bercy, au ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations [Aurore Berger]. Elle a également été envoyée pour information à l’Élysée. La prévention du VIH ne peut pas être mise entre parenthèses. Le 1er décembre est un rendez-vous essentiel pour informer, prévenir, sensibiliser et lutter contre la sérophobie. Le VIH n’a pas disparu. Nous ne laisserons pas la prévention disparaître », a déclaré Act Up-Paris sur sa page Instagram le 22 septembre.
Thibaut Vignes, directeur général de l’association Les Petits Bonheurs
« Parce qu'il ne suffisait pas de réduire toutes les aides aux associations en France et à l'international, l'État a décidé de supprimer la campagne annuelle de lutte contre le VIH-Sida du 1er décembre. 175 000 personnes vivent avec le VIH en France, 5 000 nouvelles personnes découvrent leur séropositivité chaque année.
Le dernier sondage Opinion Way pour Sidaction met en lumière que :
- 77 % des jeunes pensent que le VIH peut être transmis lors d’un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive sous traitement ;
– 39 % des jeunes pensent que le VIH peut se transmettre par un baiser ;
– 33 % estiment que s’asseoir sur des toilettes publiques est une source de transmission du VIH.
L'État pourra-t-il encore nous étonner d'abandonner les plus fragiles, d'hébéter ses citoyens-nes et de supprimer les projets qui font réellement société ? », a taclé Thibaut Vignes.
Le Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida
Ce Collectif agit sur les mesures juridiques et/ou politiques systémiques qui peuvent grever ou, au contraire, faire progresser l’objectif 0 de la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle (SNSS) : 0 nouvelle infection par le VIH, 0 nouveau cas de sida, 0 discrimination d’ici 2030.
En sont membres :
Associations :
A.C Sida
ACCEPTESS-T
Act Up Paris
Act Up Sud-Ouest
Action Sida Martinique
Actions Traitements
Afrique Avenir
AGRRR
AIDES
Aiutu Corsu
ALS
ARAMEDIA
ARAVIH
Arcat
Autres Regards
Bamesso et ses Amis
Basiliade
Cabiria
Centre LGBTQIA+ Côte d’Azur
Checkpoint
Chrétiens et Sexualité
Collectif TRT-5 CHV
Comede
Comité des familles
CRIPS SUD
DA TI SENI
Dessine-moi un mouton
Elus Locaux Contre le Sida
ENIPSE
Entr’AIDES Guyane
Envie Montpellier
Espoir
GAGL45
Grisélidis
Groupe SOS Solidarités
HF Prévention Santé
IDsanté
Ikambéré
La CASE
Le MAS
Les Actupiennes
Les Petits Bonheurs
Les Pétrolettes
Médecins du Monde
Nariké M’sada
Nouvelle Aube
Objectif sida zéro : Nice et les Alpes-Maritimes s’engagent Observatoire international des prisons – section française
Paloma
PASTT
PROJETS M
Prométhée
Relais VIH
Réseau Santé Marseille Sud
Rive
SAFE
Sid’Accueil
Sida Info Service
Sidaction
Solidarité enfants sida
Tan Pou Santé
Tempo
Vers Marseille Sans Sida et Sans Hépatites
VIVRE
CoReSS – Comités de coordination régionale de santé sexuelle
CoReSS Arc Alpin
CoReSS Bretagne
CoReSS Centre-Val de Loire
CoReSS des Pays de la Loire
CoReSS Grand Est
CoReSS Guadeloupe – Saint-Martin – Saint-Barthélémy
CoReSS Guyane
CoReSS Île-de-France Est
CoReSS Île-de-France Nord-Ouest
CoReSS Lyon Vallée du Rhône
CoReSS Mayotte
CoReSS Normandie
CoReSS Nouvelle-Aquitaine
CoReSS Occitanie
CoReSS Provence-Alpes-Côte d’Azur
Centres de santé, de santé sexuelle ou médico-social
Centre Ressource IntimAgir Normandie
CSS Quimper
Le Village 2 santé
POPPY
Sociétés savantes et réseaux professionnels
Fédération Addiction
Société française de lutte contre le sida (SFLS)