L’Actu vue par Remaides : « Apretude : ce qu’il faut savoir sur la nouvelle Prep injectable »
- Actualité
- 18.05.2026

Crédit image : Boîte et flacon d'Apretude commercialisés aux Etats-Unis. DR ViiV
Par Jean-François Laforgerie
Apretude : ce qu'il faut savoir sur la nouvelle Prep injectable
La prophylaxie pré-exposition (Prep) est une stratégie de prévention très efficace contre le VIH. En complément de la Prep orale (comprimés), une forme injectable à longue durée d’action à base de cabotégravir (Apretude) est disponible en France depuis quelques semaines. Cette importante nouvelle option de prévention a suscité de nombreux articles (dont certains sur AIDES.ORG). L’Actu vue par Remaides revient sur deux points qui ont été discutés ces dernières semaines : le parcours de prescription et l’utilisation d’Apretude par les femmes.
Comment prescrire la Prep par cabotégravir ?
- La Prep par cabotégravir sans phase d’initiation par voie orale (comprimés)
Phase d’initiation :
- Jour zéro (J0) : injection intramusculaire (IM) de cabotégravir (600 mg LA ou long acting pour longue durée d’action) ; protection efficace dès sept jours (J7) ; injection suivante à programmer : quatre semaines après (+ ou – 7 jours) ;
- Mois 1 (M1) : deuxième injection IM de cabotégravir 600 mg LA ; Injection suivante à programmer : huit semaines après (± 7 jours).
Les deux premières injections sont réalisées à un mois d’écart. Ensuite, les injections sont réalisées tous les deux mois. Une fenêtre de 14 jours (+ ou – 7 jours) est prévue pour organiser le rendez-vous : l’injection doit avoir lieu au minimum sept jours avant la date prévue et au maximum sept jours après.
Phase d’entretien :
- Mois 3 (M3) : troisième injection IM de cabotégravir 600 mg LA ; Injection suivante à programmer : huit semaines après (± 7 jours) et ainsi de suite.

Crédit image : Prep par Cabotégravir (Apretude) : Guide des prescripteurs-rices/ Société française de lutte contre le sida (SFLS)
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La Prep par cabotégravir avec phase d’initiation par voie orale (comprimés)
Phase d’initiation :
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Du jour J-30 à jour zéro (J0), prise d’un comprimé oral de cabotégravir 30 mg : un comprimé toutes les 24h pendant 30 jours ; protection efficace dès sept jours (J7) ; 1ère injection à programmer entre les jours 28 et 30 (J28 à J30)
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Jour zéro (J0) : première injection IM de cabotégravir 600 mg LA. Cette injection est réalisée le dernier jour de prise orale (J28 à J30). Possible jusqu’à maximum trois jours après la dernière prise orale de cabotégravir ; Injection suivante à programmer : quatre semaines après (± 7 jours) ;
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Mois 1 (M1) : deuxième injection IM de cabotégravir 600 mg LA ; Injection suivante à programmer : huit semaines après (± 7 jours).
Les deux premières injections sont réalisées à un mois d’écart. Ensuite, les injections sont réalisées tous les deux mois. Une fenêtre de 14 jours ((+ ou – 7 jours) est prévue pour organiser le rendez-vous : l’injection doit avoir lieu au minimum sept jours avant la date prévue et au maximum sept jours après.
NB : Cette phase d’initiation par voie orale (comprimés) est optionnelle. Il est tout à fait possible de commencer directement par une injection à J0.
Phase d’entretien :
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Mois 3 (M3) : troisième injection IM de cabotégravir 600 mg LA ; Injection suivante à programmer : huit semaines après (± 7 jours) et ainsi de suite.

Crédit image : Prep par Cabotégravir (Apretude) : Guide des prescripteurs-rices/ Société française de lutte contre le sida (SFLS)
Qui peut prescrire la Prep par cabotégravir ?
Tout-e médecin expérimenté-e dans la prévention du VIH peut la prescrire, que ce soit à l’hôpital ou en ville. Celui-ci ou celle-ci prescrit un bilan biologique comprenant notamment des sérologies (VIH, hépatites A, B et C, IST, etc.). Une liste détaillée est en annexe du Guide de la SLFS pour les prescripteurs-rices d’Apretude. Comme l’expliquait Solenn Bazin, chargée de plaidoyer Prévention et Thérapeutique à AIDES, dans une interview à AIDES.ORG : « Une fois les résultats obtenus, le ou la médecin établit une ordonnance et la personne doit se rendre en pharmacie pour récupérer le produit injectable. L’injection peut ensuite être réalisée soit par un infirmier ou une infirmière, soit par le ou la médecin qui a prescrit. Il s’agit d’une injection intramusculaire [IM] dans la fesse ou dans le haut de la cuisse une fois tous les deux mois en phase d’entretien [voir au-dessus]. En cas de consultation à l’hôpital, il est possible que la personne puisse bénéficier de l’injection sur place. Dans certains centres de santé sexuelle, par exemple dans les SPOT de AIDES ou Le 190 [centre de santé sexuelle à Paris, ndlr], l’ensemble du parcours est centralisé : consultation médicale, test VIH, charge virale et injection se font au même endroit. Cela simplifie considérablement le parcours des personnes. ».
Pour télécharger gratuitement le Guide de la SFLS (Société français de lutte contre le sida), c’est ici.

Crédit image : Apretude, boîte de comprimés ouverte. DR ViiV
La Prep par Apretude (cabotégravir) et les femmes
Le Guide de la SFLS y consacre un paragraphe dans un encart sur les « situations particulières. » Il porte sur les « personnes enceintes et allaitantes ». Il est écrit : « Le cabotégravir a démontré sa supériorité chez les femmes cis en termes de réduction de l’incidence des nouvelles infections par le VIH-1 documentées, par rapport à la Prep orale par TDF/FTC disoproxil [Truvada et ses génériques, ndlr] en continu (réduction de 89 % dans l’étude HPTN 084). Bien que moins nombreuses que les données disponibles pour le TDF/FTC pendant la grossesse et l’allaitement, les données relatives au cabotégravir à action prolongée [LA ou long acting, ,ndlr] montrent un profil de tolérance et de pharmacocinétique [l’étude de ce que le corps fait à un médicament : comment il est absorbé, diffusé, transformé et éliminé dans l’organisme, ndlr ] de plus en plus solide dans ces contextes, permettant son utilisation dans un cadre de surveillance continue des données de sécurité (…) En cas de survenue d’une grossesse sous Prep injectable, une ré-évaluation individualisée est recommandée, avec des alternatives validées permettant d’assurer une continuité sécurisée de la prévention. » Autrement dit, la Prep par Apretude est ouverte aux femmes sous conditions.
Dans un texte publié le 12 mars 2026 : « Prep injectable tous les deux mois : quelles pistes pour favoriser son implémentation ? », le TRT-5 CHV y revient. Le collectif explique : « Contrairement à une information circulant dans de nombreux articles de presse, la HAS [Haute Autorité de santé, ndlr) ouvre la possibilité de prescrire Apretude aux femmes en âge de procréer sous réserve de les avertir "des données actuelles concernant le risque potentiel de malformation du tube neural et de la nécessité de suivre une contraception efficace". »

Crédit image : Apretude, boîte de la version injectable ouverte. DR ViiV
Apretude : analyse et position du TRT-5 CHV
Le 12 mars dernier, le TRT-5 CHV a publié sur son site une note explicative sur la mise en place d’Apretude (cabotégravir) : « PrEP injectable tous les deux mois : quelles pistes pour favoriser son implémentation ? ». Le collectif sur la recherche et le thérapeutique y fait part de ses analyses et recommandations pour un accès large à cette nouvelle forme de Prep à toutes les personnes qui en ont besoin. Apretude, Prep injectable, arrive onze ans après la mise à disposition de la première Prep orale en France à base de ténofovir et emtricitabine.
Le collectif fait le constat que la Prep orale a « connu jusqu’à aujourd’hui un déploiement limité, surtout auprès des personnes nées à l’étranger, notamment les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et les femmes d’origine d’Afrique sub-saharienne, des personnes en situation de précarité, de celles vivant en dehors des grands centres urbains et des travailleurs-ses du sexe. » Ce que confirment d’ailleurs les données d’EPI-PHARE. Ainsi en juin 2025, 94 % des usagers-ères de la Prep orale étaient des HSH, nés en France et résidant en métropole ou dans une grande métropole. Un résultat qui souligne un paradoxe puisque selon Santé Publique France (SpF) « en 2025, plus de la moitié (56 %) des personnes découvrant leur séropositivité en 2024 étaient nées à l’étranger. Parmi elles, 43 % ont été contaminées après leur arrivée en France. »
Dans sa contribution, le TRT-5 CHV explique qu’Apretude n’est « pas uniquement une prévention biomédicale (…) alternative : il s’agit aussi d’un outil potentiellement adapté à celles et ceux que les moyens de préventions disponibles n’ont jusqu’alors pas atteints-es ou convaincus-es, et qui demeurent exposés-es au VIH. Sa plus-value repose sur sa longue durée d’action. L’intérêt de cette nouvelle forme de Prep, au niveau individuel, est d’offrir aux personnes une diversité d’options dans la palette des outils de prévention, pour qu’elles puissent choisir en fonction de leurs besoins et de leurs habitudes de vie. Son intérêt collectif est que davantage de personnes soient couvertes par la Prep, dans un objectif de fin d’épidémie. ».
Évidemment, cet objectif n’est atteignable que dans l’hypothèse où son déploiement (ou implémentation) est facilité. Le TRT-5 CHV a d’ailleurs réfléchi à des leviers facilitants. Il en va ainsi de l’initiation en ville. Apretude peut être initié auprès d’un-e médecin de ville dès son arrivée sur le marché. « Pour la Prep orale, six ans de plaidoyer associatif ont été nécessaires », souligne le collectif. Ce dernier explique d’ailleurs que « cette possibilité entraîne un maillage territorial plus conséquent » avec les médecins de ville, qui prescrivent d’ailleurs davantage la Prep orale que les centres de dépistage (CeGIDD) et les hôpitaux. Autre levier : le fait que l’injection puisse être pratiquée aussi bien en ville qu’à l’hôpital. « L’injection intramusculaire d’Apretude implique d’avoir recours à un-e professionnel-le de santé apte à la réaliser. Contrairement à l’association cabotégravir/rilpivirine utilisée dans le traitement des personnes vivant avec le VIH, il n’est pas nécessaire de réaliser la première injection à l’hôpital. La possibilité de se tourner vers un-e professionnel-le de ville étend (…) le maillage territorial. »
Autre élément facilitant, la publication d’un Guide aux prescripteurs-rices par la Société française de lutte contre le sida/SFLS (sorti en mars 2026). Le laboratoire fabriquant a lui-même communiqué auprès des personnes usagères et aux médecins prescripteurs-trices. En parallèle, Actions Traitements prépare une Inforcarte qui réunira les informations à connaître par les personnes concernées. L’association (membre du TRT-5 CHV) a lancé, il y a quelques temps, AT PreP, une application de suivi de Prep, dont deux nouvelles versions (une en anglais et l’autre en espagnol) ont été mises en ligne, afin de toucher un public non-francophone. AT PreP permet de créer des alertes pour la prise de la Prep, pour les rendez-vous de suivi ou les bilans IST et de connaitre les interactions médicamenteuses. À ce jour, AT-PrEP concerne uniquement la Prep orale. « Dès que possible, nous travaillerons à une mise à jour permettant d’intégrer le suivi de la Prep injectable, disponible depuis quelques semaines en France », indique Actions Traitements.
Par ailleurs, le TRT-5 CHV souligne que les « recommandations de bonnes pratiques de prise en charge du VIH et des infections sexuellement transmissibles réalisées sous l’égide de la Haute Autorité de santé, de l’ANRS MIE et du Conseil national du sida et des hépatites virales, devront aussi être actualisées pour tenir compte de cette nouvelle option dans l’éventail des outils de prévention.
Dans sa contribution, le TRT-5 CHV identifie également des freins au déploiement de la Prep par Apretude. Le principal concerne les critères de sélection des personnes usagères. L’Agence européenne du médicament (EMA) préconise de « soigneusement sélectionner » les utilisateurs-trices d’Apretude. Une formulation, floue puisqu’elle n’est pas complétée par des critères, qui hérisse. Dans sa contribution, le collectif rappelle que le « déploiement de la Prep orale a (…) pâti d’une prescription excessivement sélective » devenue plus flexible en 2021. « Attention, donc, à ne pas revenir à une restriction excessive des prescriptions et ouvrir la porte à des interprétations discriminantes. L’ensemble des outils de prévention doit être proposé aux personnes et l’initiation d’une Prep doit être le fruit d’une décision partagée entre la personne et le-la professionnel-le de santé », avance le TRT-5 CHV. Et s’il y besoin de critères de « sélection » des utilisateurs-trices, ces derniers « méritent d’être réfléchis avec l’ensemble des parties prenantes, associations d’usagers-ères comprises », affirme le collectif.
Un autre frein identifié concernait l’accès des femmes à cette Prep (voir plus haut).
Autre obstacle à un large déploiement, l’accès en centre de santé. « Les centres de santé et les CeGIDD qui ne sont pas hospitaliers ne bénéficient pas pour le moment du prix plus bas négocié avec les hôpitaux, note le TRT-5 CHV. Il s’agit d’un frein car ces centres fonctionnent avec des enveloppes définies : leur enveloppe restreinte n’est pour le moment pas adaptée à cette nouvelle offre, bien plus onéreuse [1300 euros TTC pour une injection, remboursé à 100 % par la Sécurité sociale, ndlr] que la Prep orale qu’ils sont habitués à dispenser. » L’enjeu est d’autant important que ces « centres sont en première ligne pour atteindre les populations les plus exposées au VIH. » D’autres obstacles sont identifiés, ils sont développés dans la contribution du TRT-5 CHV.
Pour aller plus loin :
- L'Actu vue par Remaides : « Prep injectable : Apretude enfin disponible en France »
- Prep injectable en France : quand et à quel prix ?
- Avis sur les Médicaments (HAS) - Mis en ligne le 27 juin 2024
- SFLS 2025 : à Montpellier, la lutte contre le sida face à de nouveaux défis
- Pour découvrir la contribution de Gaëlle Krikorian pour un écosystème du médicament plus juste