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    L’Actu vue par Remaides : « AIDS 2026 : la riposte mondiale au VIH face au vertige des coupes budgétaires »

    • Actualité
    • 29.07.2026

     


     

    L’entrée de la conférence AIDS 2026 au Riocentro, le vaste parc des expositions de la ville qui accueille 
    l’événement du 27 au 31 juillet. Photo : Fred Lebreton.


    Par Lucas Vallet et Fred Lebreton


    AIDS 2026 : la riposte mondiale au VIH 
    face au vertige des coupes budgétaires

     

    Chaque été, tous les deux ans, a lieu la grande conférence mondiale sur le VIH, organisée par l’IAS (International AIDS Society). AIDS 2026, se déroule, cette année, à Rio de Janeiro (Brésil) du 27 au 31 juillet. Une conférence qui s’ouvre dans un climat d’urgence : les financements internationaux consacrés au VIH ont chuté de 25 % en 2025, fragilisant les services de prévention et de soins dans de nombreux pays. La rédaction de Remaides est sur place pour une couverture des moments forts. Premier épisode sur la journée du lundi 27 juillet.


    AIDS 2026 à Rio : entre émerveillement et ultra sécurité
    Lundi 27 juillet 2026, notre petite délégation de deux personnes (Fred Lebreton, journaliste à Remaides, et Lucas Vallet, administrateur de AIDES et représentant de l’association au collectif thérapeutique TRT-5 CHV) est en route pour Riocentro qui accueille durant toute la semaine l’édition 2026 de la conférence AIDS. À peine arrivés à Rio de Janeiro, nous découvrons une ville saisissante, prise entre l’océan Atlantique et des reliefs couverts de végétation. Ici, les immeubles semblent parfois posés au pied des montagnes, les plages rythment la vie quotidienne et les contrastes sautent immédiatement aux yeux. Même en plein hiver austral, la lumière, la chaleur et l’agitation des rues nous rappellent que nous avons changé de continent… et que la France est désormais à plus de 9 000 kilomètres. 
     


    À gauche, Lucas Vallet, administrateur de AIDES et représentant de l’association au TRT-5 CHV et Fred Lebreton (à droite), 
    reporter à Remaides. Tous deux assurent la couverture rédactionnelle de cet événement pour les médias de AIDES. Photo : DR.
     

    Cette découverte s’accompagne toutefois d’une vigilance presque permanente. Depuis plusieurs semaines, proches, collègues et habitués-es de Rio nous mettent en garde contre les vols à l’arraché, notamment de téléphones portables : « Cachez vos téléphones » ; « Ne portez pas de bijoux » ; « Attention derrière vous dans la rue », etc. Le guide officiel de l’IAS consacre lui-même un long passage à la sécurité : il rappelle que les vols opportunistes peuvent survenir partout, y compris dans les quartiers touristiques, et mentionne même le risque, jugé relativement faible, d’« enlèvement express », au cours duquel une personne est retenue et contrainte de retirer ou de transférer de l’argent. Aux abords du Riocentro, où se déroule la conférence, les déplacements à pied sont déconseillés en dehors des trajets encadrés, particulièrement après la tombée de la nuit. Nous avançons donc avec quelques réflexes vite adoptés : téléphones rangés, transports réservés auprès de prestataires fiables et déplacements préparés à l’avance. Une entrée en matière moins légère que la brise de Copacabana.

    Pour accueillir les milliers de participants-es à AIDS 2026, il fallait de la place. Beaucoup de place. La conférence se tient donc au Riocentro, immense parc d’expositions de la zone ouest, doté de près de 87 000 m² d’espaces couverts au milieu d’un domaine de 57 hectares. Nous sommes loin des cartes postales de Copacabana et d’Ipanema. Pour celles et ceux qui ont pris un logement dans le centre, il faut parfois plus d’une heure pour rejoindre ce secteur excentré. Autour de nous s’étend Barra da Tijuca, un quartier de Rio plus récent, dessiné à partir de la fin des années 1960 par Lúcio Costa, l’urbaniste en chef de Brasília : larges avenues, tours, centres commerciaux et résidences ultra sécurisées composent un quartier moderne, aisé et largement organisé autour de la voiture. Nous avons choisi de loger dans une résidence près du centre de conférence. Dès notre arrivée, il faut montrer patte blanche et présenter nos passeports à un agent de sécurité. Ensuite, direction le bureau des admissions pour scanner nos visages. L’accès à notre immeuble se fait uniquement par reconnaissance faciale. Autour de notre immeuble se dressent de grands murs avec des fils barbelés… Drôle de sentiment d’être à Rio, mais « protégés », voire coupés du monde extérieur.

    150 sessions et 2 400 posters
    Une fois les portes du Riocentro franchies, c’est un autre défi qui nous attend : tenir le rythme d’un programme particulièrement dense. Plus de 150 sessions sont annoncées, entre plénières, symposiums, présentations scientifiques et sessions satellites. À cela s’ajoutent plus de 2 400 posters, une vaste exposition réunissant les principales organisations engagées dans la lutte contre le VIH et plus de 220 activités au Village mondial, cœur battant de la mobilisation communautaire. Pendant cinq jours, il nous faudra faire des choix stratégiques, courir d’une salle à l’autre, interviewer, écouter, décrypter et raconter les avancées scientifiques comme les combats politiques et associatifs. Autant dire que nous n’aurons pas vraiment le temps de nous ennuyer.

    Le Brésil, pays pionnier dans la lutte contre le VIH
    Le choix du Brésil pour accueillir AIDS 2026 n’a rien d’anodin. Dans ce pays-continent de quelque 212 millions d’habitants-es, environ 1,1 million de personnes vivent avec le VIH, soit davantage que dans tout autre pays d’Amérique latine. En 2024, l’Onusida estimait à près de 46 000 le nombre de nouvelles infections et à 13 000 celui des décès liés au sida. L’épidémie reste particulièrement concentrée parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes trans, les travailleurs-ses du sexe, les personnes détenues et celles qui consomment des drogues injectables. Le Brésil peut pourtant s’appuyer sur une longue tradition de lutte contre le VIH. Dès les années 1990, le pays a fait figure de pionnier en garantissant l’accès gratuit aux traitements antirétroviraux et en défendant la production de médicaments génériques. Aujourd’hui, son système public universel de santé, le SUS, prend également en charge le dépistage, la Prep et le traitement post-exposition (TPE). Mais derrière ces acquis persistent de fortes inégalités territoriales, sociales et raciales, ainsi qu’une stigmatisation qui frappe particulièrement les personnes LGBT+ et les populations les plus précaires. Autant de réalités que cette conférence mondiale devrait regarder en face.
     


    Beatriz Grinsztejn, présidente de l’International AIDS Society (IAS) et coprésidente internationale d’AIDS 2026 (à gauche) 
    et Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida (à droite), lors de la cérémonie d’ouverture. Photo : Fred Lebreton.


    « Jamais les financements des donateurs n’avaient chuté aussi fortement, aussi rapidement »
    Que ce soit en conférence de presse ou en plénière d’ouverture, AIDS 2026 s’est ouverte sur un constat particulièrement alarmant : les financements accordés par les gouvernements donateurs à la lutte mondiale contre le VIH ont chuté de 25 % en 2025, soit le recul annuel le plus important enregistré depuis le début de leur montée en puissance en 2002. Selon deux rapports présentés par l’Onusida et la fondation américaine KFF (la Kaiser Family Foundation, une ONG), cette baisse serait entièrement liée au désengagement des États-Unis, dont les retards de versement et les annulations de programmes ont profondément déstabilisé la réponse internationale. « Jamais les financements des donateurs n’avaient chuté aussi fortement, aussi rapidement », a alerté Beatriz Grinsztejn, présidente de l’International AIDS Society (IAS) et coprésidente internationale d’AIDS 2026, lors de la conférence de presse inaugurale. Cette contraction brutale menace plusieurs décennies de progrès, alors que les objectifs fixés pour mettre fin au sida comme menace de santé publique d’ici à 2030 restent encore hors d’atteinte. En 2025, 1,2 million de personnes ont contracté le VIH dans le monde et 570 000 sont décédées de causes liées au sida. Si ces indicateurs se situent à leur niveau le plus bas depuis plus de trente ans, les nouvelles infections repartent à la hausse dans plusieurs pays, notamment au Brésil, au Pakistan, aux Philippines et à Madagascar. D’autres États, comme le Kenya, le Lesotho, le Rwanda, le Zimbabwe et l’Eswatini, continuent néanmoins de progresser malgré un contexte financier de plus en plus contraint. Face au recul de l’aide internationale, les pays à revenu faible ou intermédiaire tentent de prendre une partie du relais : leurs financements nationaux consacrés au VIH ont augmenté de 4 % en 2025 et représentent désormais près de 60 % de l’ensemble des ressources mobilisées. Plus de 55 pays se sont également engagés à accroître leurs investissements en 2026. Cet effort demeure toutefois insuffisant pour compenser rapidement la perte des financements extérieurs, en particulier dans les pays les plus touchés, dont certains consacrent déjà une part considérable de leurs ressources au remboursement de leur dette. 

    « L’époque où l’on comptait sur l’aide internationale est révolue »
    Pour Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida : « L’époque où l’on comptait sur l’aide internationale est révolue ». Elle appelle donc à réformer le système financier mondial et à accélérer la restructuration des dettes afin que les gouvernements locaux puissent investir davantage dans la santé, l’éducation et les services publics. Les responsables présents-es à Rio ont cependant insisté sur un point essentiel : le renforcement nécessaire des financements nationaux ne saurait servir de prétexte à un retrait brutal des pays donateurs. Le vice-ministre sud-africain de la Santé, Joe Phaahla, a rappelé qu’aucun pays ne pouvait, à lui seul, remplacer l’ampleur du partenariat international qui a porté la lutte contre le VIH pendant plusieurs décennies. 

     


    Erika Castellanos, directrice exécutive de Global Action for Trans Equality, a appelé à la mobilisation, 
    dans une formule choc, lors de la cérémonie d’ouverture. Photo : Fred Lebreton.


    Erika Castellanos, directrice exécutive de Global Action for Trans Equality, a, quant à elle, résumé l’urgence en une formule choc : « Financez cette riposte comme si des vies en dépendaient, car c’est le cas ». La militante trans et séropositive a également demandé que les personnes vivant avec le VIH et les communautés les plus exposées soient directement associées aux décisions budgétaires, plutôt que simplement informées une fois les arbitrages rendus. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné de son côté que les outils scientifiques existaient déjà pour prévenir les infections, dépister le VIH et traiter efficacement les personnes concernées, mais que les avancées restaient fragiles sans engagement politique, financements durables et accès équitable. Le ministre brésilien de la Santé, Alexandre Padilha, a enfin rappelé le rôle pionnier du Brésil dans l’accès universel et gratuit aux traitements antirétroviraux, estimant qu’ « une innovation sans accès n’est pas une innovation, mais une injustice ». Une manière de rappeler, dès le premier jour de AIDS 2026, que les progrès médicaux ne suffiront pas à mettre fin à l’épidémie s’ils restent hors de portée des populations qui en ont le plus besoin.

    Lire et télécharger le nouveau Rapport de l’Onusida (en anglais) : « UNAIDS Special Report for the 26th International AIDS Conference ».
     


    Des activistes sont montés-es sur scène lors de la plénière d’ouverture de la conférence AIDS 2026 pour réclamer 
    des traitements pour tous-tes. Photo : Fred Lebreton.

    « Honte à la France pour avoir réduit sa contribution au Fonds mondial ! »
    Soudain, la mécanique bien huilée de la plénière d’ouverture se grippe. Des activistes montent sur scène, pancartes levées, et scandent : « Pharma greed is killing us » (« La cupidité de l’industrie pharmaceutique nous tue ») ou encore « Brazil, break the patents » (« Brésil, brisez les brevets »). Dans la salle, les slogans résonnent tandis qu’une militante dénonce les coupes budgétaires américaines : « Honte à Trump ! » La France n’est pas en reste : « Honte à la France pour avoir réduit sa contribution au Fonds mondial ! », ajoute-t-elle. La séquence met un peu de colère et de politique dans une cérémonie jusque-là très institutionnelle. Donner de la visibilité aux activistes dans les conférences internationales reste indispensable, mais ce moment de révolte est aussi devenu un passage obligé, négocié et minuté avec les organisateurs-rices. Après cinq minutes, le couperet (très courtois) tombe sur les écrans : « Merci pour ce moment de plaidoyer. Nous vous invitons maintenant à regagner vos sièges afin que la plénière puisse continuer. » La colère a eu son créneau, le fil conducteur de la cérémonie peut reprendre.
     


    Des activistes ont dénoncé les décisions de Donald Trump et d’Emmanuel Macron concernant le 
    financement mondial de la lutte contre le sida au plan mondial avec le slogan : 
    « Vos coupes financières dans la lutte contre le sida nous tuent ». Photo : Bruno Spire.


    Les coupes américaines dans le programme Pepfar ont provoqué la fermeture de plus de 1 700 sites de services
    Les bouleversements imposés depuis 2025 au Pepfar, le grand programme américain de lutte contre le VIH dans le monde, ont entraîné des fermetures massives de services et frappé de plein fouet les populations les plus exposées au virus, selon une étude présentée en ce premier jour de conférence. Lancé en 2003, le Pepfar aurait contribué à sauver plus de 26 millions de vies en finançant des programmes de prévention, de dépistage, de soins et d’accès aux traitements dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire. Mais les changements apportés à l’aide internationale américaine au début du second mandat de Donald Trump ont profondément déstabilisé ce dispositif. Pour mesurer concrètement leur impact, l’étude Pepfar Pulse a interrogé, entre novembre 2025 et avril 2026, 166 organisations chargées de mettre en œuvre des programmes financés par le Pepfar dans 46 pays. Il s’agit de la première enquête de cette ampleur consacrée aux conséquences de ces décisions sur les acteurs-rices de terrain. Plus de la moitié des organisations répondantes, soit 52 %, déclarent avoir perdu au moins un financement, tandis que cinq structures ont dû cesser définitivement leurs activités. Ces interruptions ont conduit à la fermeture de 1 714 sites proposant des services liés au VIH, dont 1 010 établissements publics de santé, 325 points d’accès aux soins ou à la prévention et 126 centres communautaires d’accueil. Les organisations implantées et dirigées localement ont été davantage touchées que les structures internationales, ce qui fragilise encore un peu plus la pérennité des réponses nationales au VIH. Les services destinés aux populations clés (notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes trans, les travailleurs-ses du sexe et les usagers-ères des drogues) ont payé le plus lourd tribut le plus lourd. Parmi les partenaires qui proposaient ce type d’accompagnement et dont les financements ont été interrompus, 73 % ont définitivement supprimé au moins une activité. Près de la moitié des organismes concernés ont également cessé des services communautaires ou des aides sociales et économiques, tandis que 43 % ont interrompu des actions de prévention. Les soins eux-mêmes n’ont pas été épargnés : parmi les partenaires assurant la prise en charge de personnes vivant avec le VIH, plus d’un sur cinq a définitivement abandonné au moins une activité de soins. Les restrictions ont aussi désorganisé les chaînes d’approvisionnement. Environ 23 % des organisations interrogées disent ne plus avoir été en mesure de se procurer des préservatifs ou certains produits nécessaires aux analyses de laboratoire ; 22 % ont rencontré des difficultés d’accès à la Prep et 20 % n’ont pas pu obtenir certains médicaments antirétroviraux. L’enquête montre, par ailleurs, que les conséquences ne se limitent pas aux structures ayant directement perdu un financement. Pour continuer à recevoir l’aide américaine, des organisations pourtant épargnées par les résiliations ont dû modifier leur manière de travailler : 61 % déclarent avoir censuré certains mots ou contenus dans leurs communications, la même proportion avoir supprimé au moins un service et 44 % avoir cessé d’accompagner certaines catégories de population (les personnes LGBT+ en majorité). Ces résultats illustrent ainsi un double effet des nouvelles orientations américaines : une réduction directe des moyens disponibles, mais aussi une pression politique conduisant certains partenaires à rendre moins visibles, voire à abandonner, des actions destinées aux personnes les plus marginalisées. Les auteurs-rices alertent sur le risque de voir reculer les progrès accomplis contre l’épidémie, précisément parce que les pertes les plus importantes concernent les publics qui rencontrent déjà le plus d’obstacles pour accéder à la prévention, au dépistage et aux soins. Ils-elles appellent à rechercher des financements durables, à soutenir davantage les organisations locales et à préserver les programmes conçus et portés par les populations clés elles-mêmes. Une limite doit toutefois être prise en compte : les 166 partenaires ayant répondu ne représentent que 23 % des 708 organismes censés recevoir un financement du Pepfar en 2025. L’enquête ne permet donc pas de dresser un inventaire exhaustif de toutes les conséquences à l’échelle mondiale, mais elle apporte des données inédites sur l’ampleur de la crise. Son message est particulièrement préoccupant : lorsque les financements disparaissent et que l’aide restante devient conditionnée à l’abandon de certains services ou de certains publics, ce ne sont pas seulement des programmes administratifs qui ferment, mais des portes d’entrée essentielles vers la prévention et les soins.