L’Actu vue par Remaides : « AIDS 2026 : Deux nouveaux cas de rémission VIH »
- Actualité
- 27.07.2026
L'image officielle de la conférence AIDS 2026 de Rio. Photo : DR.
Par Lucas Vallet et Fred Lebreton
AIDS 2026 : deux nouveaux cas
de rémission du VIH
En amont de la conférence AIDS 2026 qui se tient à Rio (Brésil) du 27 au 31 juillet 2026, le service de communication de l’IAS, structure organisatrice de l’événement, a tenu à présenter deux nouveaux cas de rémission du VIH lors d’un point presse. Ces cas exceptionnels, qui portent à treize le nombre de rémissions recensées dans le monde, offrent de nouvelles pistes pour comprendre les mécanismes permettant de contrôler le virus sans traitement. Mais ces greffes sont des procédures à haut risque destinées à traiter des cancers potentiellement mortels. Elles ne constituent pas une stratégie de guérison transposable à grande échelle. Explications.
Le « patient de Kansas City » en rémission quatorze mois après l’arrêt de son traitement
Un jeune homme de 21 ans, surnommé le « patient de Kansas City », ne présentait toujours aucun rebond du VIH quatorze mois après l’arrêt de son traitement antirétroviral, selon une étude présentée à la conférence AIDS 2026. Diagnostiqué séropositif au VIH en 2018 à un stade très avancé de l’infection, il avait rapidement commencé un traitement qui avait permis de contrôler le virus. Deux ans plus tard, une leucémie aiguë a été diagnostiquée. Pour soigner ce cancer du sang, il a reçu une greffe de cellules souches provenant d’une donneuse compatible. Celle-ci présentait une mutation génétique rare, appelée CCR5 delta 32, qui rend ses cellules naturellement résistantes à la plupart des souches du VIH. En effet, le virus utilise habituellement la protéine CCR5 comme une « porte d’entrée » pour infecter certaines cellules immunitaires. Or, chez les personnes porteuses de cette mutation sur les deux copies du gène, cette porte reste fermée. La greffe a ainsi remplacé le système immunitaire du patient par celui de la donneuse, tout en contribuant à éliminer une grande partie des cellules infectées. La procédure, particulièrement lourde et risquée, a permis d’obtenir une rémission de la leucémie, mais elle a aussi entraîné plusieurs complications. En février 2025, sous étroite surveillance médicale, le jeune homme a interrompu son traitement contre le VIH. Quatorze mois plus tard, le virus restait indétectable dans son sang. Les analyses n’ont retrouvé ni virus capable de se multiplier ni traces d’une prise d’antirétroviraux. Certains signes d’une ancienne exposition au VIH demeuraient néanmoins présents dans son système immunitaire.
Les scientifiques parlent donc de rémission prolongée sans traitement, mais pas encore de guérison définitive. Le suivi doit se poursuivre, car le VIH pourrait subsister dans certains tissus ou organes sans être repéré dans le sang. Ce nouveau cas rejoint le cercle très restreint des personnes entrées en rémission après une greffe similaire. Il ne s’agit toutefois pas d’un traitement généralisable : la greffe est une intervention risquée, coûteuse et réservée à des cancers ou à d’autres maladies graves du sang. Les donneurs-ses à la fois compatibles et porteurs-ses de cette mutation sont, par ailleurs, extrêmement rares. L’intérêt de ce cas est avant tout scientifique : comprendre les mécanismes de cette rémission pourrait aider à concevoir des stratégies plus simples et plus sûres, notamment grâce à la thérapie génique ou aux immunothérapies.
Une rémission malgré un virus capable d’emprunter plusieurs « portes d’entrée »
Un autre cas de rémission prolongée a été présenté à la conférence AIDS 2026. La personne concernée, qui vivait avec le VIH et avait également été infectée par le virus de l’hépatite B (VHB), a reçu une greffe de cellules souches pour traiter une grave maladie du sang. Le donneur était porteur de la même mutation génétique rare que dans le cas du « patient de Kansas City », rendant ses cellules résistantes à la principale voie d’entrée du VIH. Ce cas était toutefois plus complexe : avant la greffe, le virus présentait un « tropisme mixte ». Autrement dit, il semblait capable d’emprunter une autre porte pour pénétrer dans les cellules [la CXCR4] et pas seulement celle bloquée par la mutation du donneur. Les scientifiques ignoraient donc si la greffe permettrait de contrôler durablement ce type de virus. Les examens réalisés après la transplantation se sont révélés très encourageants. Les défenses immunitaires dirigées contre le VIH ont progressivement diminué, comme si l’organisme n’était plus exposé au virus. Seules des traces infimes de matériel génétique viral ont été retrouvées dans certaines cellules, sans qu’aucun virus capable de se multiplier puisse être détecté. Les biopsies de l’intestin et du rectum n’ont pas davantage révélé de virus intact.
Un peu plus de quatre ans après la greffe, l’équipe médicale a interrompu le traitement antirétroviral dans un cadre strictement surveillé. Douze mois plus tard, la charge virale restait indétectable. Ces résultats constituent un argument solide en faveur d’une rémission durable, voire d’une guérison, même si un suivi plus long reste indispensable pour pouvoir l’affirmer. L’arrêt du traitement a cependant provoqué une importante complication. Les médicaments pris contre le VIH agissaient également contre l’hépatite B. Privé de ce traitement, le VHB s’est réactivé en seulement 25 jours, avant d’atteindre une charge virale très élevée. Un médicament spécifique contre l’hépatite B a donc dû être prescrit. Cette observation montre que l’interruption d’un traitement contre le VIH peut avoir d’autres conséquences que le retour éventuel de ce virus, notamment chez les personnes ayant aussi une hépatite B. Elle confirme également qu’une rémission est possible même lorsque le VIH dispose de plusieurs voies pour infecter les cellules. Comme pour les autres cas de ce type, cette greffe exceptionnelle n’est pas un traitement applicable à toutes les personnes vivant avec le VIH, mais elle fournit de précieuses informations pour la recherche d’approches plus simples et plus sûres.
Remerciements à Franck Barbier.
Qui sont les autres cas ?
1. Novembre 2008 : Timothy Ray Brown, le « patient de Berlin »
Timothy Ray Brown apprend en 1995 qu’il vit avec le VIH. Installé à Berlin, cet Américain est diagnostiqué en 2006 d’une leucémie. Pour traiter ce cancer, son médecin, Gero Hütter, lui propose une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur d’une mutation génétique rare, appelée CCR5-Δ32. Celle-ci empêche la plupart des souches du VIH de pénétrer dans certaines cellules immunitaires. Après deux greffes et l’arrêt de son traitement antirétroviral, le virus ne réapparaît pas. Timothy Ray Brown devient ainsi la première personne considérée comme guérie du VIH. Il meurt le 29 septembre 2020, à 54 ans, des suites d’une récidive de sa leucémie, sans lien avec le VIH. Longtemps symbole, parfois malgré lui, de la recherche sur la guérison, il a consacré les dernières années de sa vie à faire avancer cette cause.
2. Mars 2020 : Adam Castillejo, le « patient de Londres »
Adam Castillejo vivait avec le VIH depuis neuf ans lorsqu’un lymphome de Hodgkin lui est diagnostiqué en 2012. Pour traiter ce cancer du système lymphatique, il reçoit en 2016 une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Son ancien système immunitaire est ainsi remplacé par des cellules naturellement résistantes aux principales souches du VIH. Adam Castillejo arrête son traitement antirétroviral en 2017, sans que le virus réapparaisse. Son cas, rendu public en mars 2020 après plusieurs années de suivi, confirme que la guérison de Timothy Ray Brown n’était pas un événement totalement isolé. Il choisit alors de dévoiler son identité afin d’incarner à son tour les espoirs de la recherche sur la guérison du VIH.
3. Février 2022 : la « patiente de New York »
Présenté à la Croi 2022, ce cas est le premier concernant une femme. Diagnostiquée séropositive en 2013, puis atteinte d’une leucémie en 2017, elle reçoit un traitement combinant des cellules souches issues d’un sang de cordon ombilical porteur de la mutation CCR5-Δ32 et des cellules provenant d’un membre de sa famille partiellement compatible. Le sang de cordon présente un avantage : il est plus facilement disponible et exige une compatibilité moins stricte que les cellules provenant d’un donneur adulte. Un an après la greffe, plus aucune trace de VIH capable de se multiplier n’est détectée. En février 2022, elle ne prenait plus de traitement antirétroviral depuis quatorze mois, sa charge virale restait indétectable et son nombre de CD4 était stable. Sa leucémie était également en rémission.
4. Juillet 2022 : Paul Edmonds, le « patient de City of Hope »
Paul Edmonds tient son surnom du centre de cancérologie californien City of Hope, où il a été soigné. Cet homme gay vivait avec le VIH depuis plus de trente ans lorsqu’il a développé un cancer du sang. En 2019, à 63 ans, il reçoit une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. La greffe remplace progressivement son système immunitaire par des cellules résistantes aux principales souches du VIH. Il arrête son traitement antirétroviral deux ans plus tard, sans rebond de sa charge virale. Présenté en 2022, son cas montre qu’une rémission peut être obtenue chez une personne relativement âgée, vivant avec le VIH depuis plusieurs décennies. Paul Edmonds est alors la personne la plus âgée connue à être entrée en rémission à la fois de son cancer et du VIH.
5. Février 2023 : Marc Franke, le « patient de Düsseldorf »
Le cas de Marc Franke, surnommé le « patient de Düsseldorf », est décrit en détail en février 2023 dans la revue scientifique *Nature Medicine*. Diagnostiqué séropositif en 2008, il développe trois ans plus tard une leucémie myéloïde aiguë, résistante aux traitements habituels. En 2013, ses médecins réalisent une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Cette mutation empêche le VIH d’utiliser le récepteur CCR5 comme porte d’entrée dans certaines cellules immunitaires. Après la greffe, la leucémie recule et le réservoir viral diminue considérablement. Marc Franke interrompt son traitement antirétroviral en 2018. Plus de quatre ans après cet arrêt, aucune reprise de la réplication du VIH n’est observée, confirmant sa rémission durable.
6. Juillet 2023 : Romuald, le « patient de Genève »
Présenté en juillet 2023 à la conférence de l’IAS, le cas de Romuald se distingue des précédents. Il vit avec le VIH depuis le début des années 1990 et reçoit en 2018 une greffe de cellules souches pour traiter une leucémie particulièrement agressive. Un mois plus tard, ses cellules sanguines ont été entièrement remplacées par celles du donneur et le nombre de cellules porteuses du VIH a fortement diminué. Son traitement antirétroviral est progressivement allégé, puis arrêté en novembre 2021. Particularité majeure : son donneur ne possédait pas la mutation CCR5-Δ32. Les nouvelles cellules immunitaires restaient donc, en théorie, vulnérables au VIH. Pourtant, deux ans après l’arrêt du traitement, sa charge virale demeurait indétectable. Ce cas suggère que d’autres mécanismes liés à la greffe peuvent contribuer à éliminer ou à contrôler durablement le virus. Lire notre interview de Romuald.
7. Juillet 2024 : le « nouveau patient de Berlin »
Cet homme d’une soixantaine d’années, qui souhaite rester anonyme, vit avec le VIH depuis 2009. Atteint d’une leucémie myéloïde aiguë, il reçoit une greffe de cellules souches en octobre 2015. Trois ans plus tard, en accord avec son équipe médicale, il interrompt son traitement antirétroviral. En juillet 2024, près de six ans après cet arrêt, le VIH reste indétectable. La particularité de ce cas tient au profil génétique du donneur : celui-ci ne possédait qu’une seule copie de la mutation CCR5-Δ32, et non deux comme dans la plupart des cas précédents. Ses cellules n’étaient donc pas totalement résistantes au VIH. Les personnes ne possédant qu’une copie de cette mutation sont beaucoup plus nombreuses, ce qui pourrait faciliter la recherche de donneurs compatibles pour les personnes vivant avec le VIH ayant besoin d’une greffe.
8. Janvier 2025 : la « patiente de Marseille »
Ce cas est présenté pour la première fois dans un entretien accordé à Remaides par la Dre Olivia Zaegel-Faucher. Cette femme d’une cinquantaine d’années, qui souhaite conserver son anonymat, a été diagnostiquée séropositive en 1999. En 2020, elle développe une leucémie myéloïde aiguë, un cancer du sang et de la moelle osseuse qui évolue rapidement sans traitement. En juillet de la même année, elle reçoit une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Avant la greffe, son traitement antirétroviral maintenait sa charge virale indétectable, mais son nombre de CD4 restait faible. Après l’intervention, aucune trace de VIH n’est retrouvée et ses CD4 augmentent fortement. Elle arrête son traitement en octobre 2023. Un an plus tard, aucun rebond viral n’avait été observé.
9. Mars 2025 : le « patient de Chicago »
Présenté à la Croi 2025, ce cas concerne un homme de 67 ans vivant avec le VIH et atteint d’une leucémie myéloïde aiguë. Il reçoit une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Après l’intervention, ses cellules immunitaires sont progressivement remplacées par celles du donneur et le VIH devient indétectable. Lors d’un premier arrêt du traitement antirétroviral, le virus réapparaît brièvement dans son sang, probablement à partir du réservoir viral. Fait inhabituel, cette reprise est rapidement contrôlée. Le traitement est néanmoins réintroduit, puis interrompu une seconde fois vingt-quatre mois plus tard. En mars 2025, le patient était en rémission depuis au moins sept mois. Ce cas montre qu’un rebond viral temporaire après une greffe ne signifie pas nécessairement que la rémission a définitivement échoué.
10. Mars 2025 : le « patient d’Oslo »
Également présenté à la Croi 2025, ce cas concerne un homme de 58 ans vivant avec le VIH depuis quatorze ans. Pour traiter une grave maladie du sang, il reçoit une greffe de cellules souches provenant de son frère, porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Après la greffe, il développe une réaction dite « du greffon contre l’hôte » : les cellules du donneur attaquent certaines cellules du receveur. Bien que dangereuse, cette réaction pourrait avoir contribué à éliminer des cellules contenant du VIH, notamment dans l’intestin. Le patient a également reçu du ruxolitinib, un traitement immunosuppresseur susceptible d’avoir réduit certains réservoirs viraux. Deux ans après l’arrêt de son traitement antirétroviral, le VIH restait indétectable dans son sang. Seules des traces de virus incapables de se multiplier avaient été retrouvées dans son système digestif.
11. Avril 2026 : le « patient de Toronto »
Présenté en avril 2026 à la Conférence canadienne de recherche sur le VIH, ce cas concerne un homme de 62 ans diagnostiqué séropositif en 1999. Après un premier lymphome, il développe une leucémie myéloïde aiguë et reçoit, en novembre 2021, une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur de deux copies de la mutation CCR5-Δ32. Au cours des années suivantes, la quantité d’ADN du VIH présente dans ses cellules diminue progressivement. Les chercheurs ne parviennent plus à isoler de virus capable de se multiplier ni à détecter de réponse immunitaire spécifique contre le VIH. Le patient arrête son traitement antirétroviral en juillet 2025. En avril 2026, soit dix mois plus tard, sa charge virale restait indétectable. Son suivi étant encore relativement court, les chercheurs parlent prudemment de « rémission durable ».