L’Actu vue par Remaides : « AIDS 2026 : discriminations et frontières fragilisent la lutte contre le VIH
- Actualité
- 30.07.2026
À droite, Bruno Spire, chercheur et administrateur de AIDES, a fait l’introduction d’une session
de la conférence AIDS 2026. Photo : Fred Lebreton.
Par Lucas Vallet, Clément Boutet et Fred Lebreton
AIDS 2026 : discriminations et frontières
fragilisent la lutte contre le VIH
Lors de la deuxième journée de la conférence AIDS 2026 à Rio, mardi 28 juillet 2026, chercheurs-ses, militants-es et responsables de santé ont exploré plusieurs défis majeurs de la lutte contre le VIH : persistance des discriminations, parcours de soins entravés par les migrations, innovations scientifiques et nécessaire réinvention de la riposte face à la crise des financements. Une journée également marquée par l’interpellation de l’ambassadrice française pour la santé mondiale, ciblée par des activistes dénonçant la baisse drastique de la contribution de la France au Fonds mondial.
La stigmatisation et les discriminations continuent de fragiliser la prévention, le dépistage et la prise en charge du VIH. Souvent structurelles et renforcées par d’autres inégalités liées au genre, à l’orientation sexuelle, à la précarité ou encore au statut migratoire, elles nécessitent des réponses ciblées, fondées sur les données scientifiques et élaborées avec les communautés concernées. Introduite par le chercheur français Bruno Spire (Inserm, également administrateur de AIDES et ancien président de l’association), cette session explore différentes pistes pour mieux mesurer ces phénomènes et les combattre, jusque dans les systèmes de santé.

À gauche, Gareth Thomas, ancien capitaine de l’équipe galloise de rugby et personne vivant avec le VIH.
À ses côtés, Muhammad Omer Haider, militant vivant avec le VIH et représentant de
l’Association of People Living with HIV–Pakistan. Photo : Fred Lebreton.
Gareth Thomas : reprendre le contrôle de son histoire
Ancien capitaine de l’équipe galloise de rugby, Gareth Thomas raconte le choc de son diagnostic, à une époque où personne, dans son entourage, ne parlait du VIH. Sa première pensée est alors qu’il va mourir jeune. À la stigmatisation liée au VIH s’ajoute celle qu’il a déjà vécue en raison de son homosexualité : une stigmatisation intériorisée et un secret de plus en plus lourd à porter. En 2019, après avoir subi un chantage et appris qu’un tabloïd britannique s’apprêtait à révéler son statut sérologique, Gareth Thomas prend publiquement la parole. Un journaliste s’est même présenté chez ses parents, alors qu’il n’avait pas encore pu leur parler lui-même de sa séropositivité. Privé du droit de choisir quand et comment révéler cette information intime, il décide néanmoins de reprendre le contrôle du récit et de raconter sa vérité avec ses propres mots. L’ancien rugbyman témoigne aussi des discriminations subies : des personnes lui ont craché dessus, ont refusé de lui serrer la main ou de le servir dans un restaurant. Mais Gareth Thomas refuse de baisser la tête. Avec la campagne « Tackle HIV », soutenue par le laboratoire pharmaceutique ViiV Healthcare, il choisit, au contraire, de faire entendre sa voix. Il se dit fier d’être le porte-parole de personnes vivant avec le VIH qu’il ne rencontrera peut-être jamais.
Lire notre interview de Gareth Thomas
Carmen Logie : quand les lois alimentent la stigmatisation
Professeure à l’Université de Toronto, Carmen Logie analyse les formes structurelles de la stigmatisation. Elle pointe notamment les conséquences des lois qui criminalisent l’exposition au VIH ou sa transmission, le travail du sexe et les personnes LGBTQI+. Ses recherches mettent en évidence l’imbrication de multiples facteurs : genre, orientation sexuelle, identité de genre, pauvreté, migration ou déplacement forcé. Carmen Logie s’intéresse également aux liens encore peu étudiés entre changement climatique et VIH. Une étude menée au Kenya montre notamment comment les déplacements de population ainsi que l’insécurité alimentaire et hydrique peuvent accentuer les discriminations et compliquer l’accès à la prévention et aux soins. Pour la chercheuse, les réponses doivent être conçues avec les communautés directement concernées.
Angelo Brandelli Costa : au Brésil, une sérophobie persistante
Psychologue et professeur à l’Université du Rio Grande do Sul, à Porto Alegre, Angelo Brandelli Costa présente les résultats de l’indice de stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Brésil. Une première enquête, menée en 2019 auprès de 1 829 personnes, révélait que 64 % des participants-es avaient subi une forme de stigmatisation. Une nouvelle édition, réalisée en 2024 auprès de 1 275 personnes dans tout le pays, confirme l’ampleur du phénomène : les trois quarts des répondants-es éprouvent des difficultés à parler du VIH et près d’un tiers ressentent de la honte en raison de leur statut sérologique. Environ 40 % présentent également des symptômes dépressifs. Les résultats montrent que la stigmatisation ne frappe pas tout le monde de la même façon. Elle se conjugue avec le racisme, le niveau d’éducation et la précarité économique, avec des conséquences jusque sur la probabilité d’avoir une charge virale indétectable. L’équipe cherche désormais des financements pour étudier spécifiquement la sérophobie au sein des prisons brésiliennes.

Angelo Brandelli Costa, psychologue et professeur à l’Université du Rio Grande do Sul, à Porto Alegre,
a présenté les résultats de l’indice de stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Brésil. Photo : Fred Lebreton.
Carla Treloar : combattre ensemble les discriminations
Directrice du Centre for Social Research in Health de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney (Australie), Carla Treloar travaille sur les discriminations touchant les personnes vivant avec le VIH ou une hépatite virale, les personnes usagères de drogues, les travailleurs-ses du sexe et les personnes incarcérées. Dans les contextes conservateurs, rappelle-t-elle, les politiques de criminalisation et les représentations sociales peuvent éloigner durablement les personnes des services de santé. Son message, résumé par le mot d’ordre « Let’s tackle stigma together » (« Combattons ensemble la stigmatisation »), insiste sur la nécessité d’associer pleinement les communautés à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des recherches et des interventions.
Muhammad Omer Haider : au Pakistan, une crise de santé mentale
Militant vivant avec le VIH et représentant de l’Association of People Living with HIV–Pakistan, Muhammad Omer Haider décrit une stigmatisation qui, dans les milieux conservateurs, « se superpose en plusieurs couches ». Celle-ci ne blesse pas seulement les personnes : elle détériore leur santé mentale et peut les éloigner du dépistage, des traitements et des structures de soins. Au Pakistan, environ 60 % des personnes vivant avec le VIH présenteraient des symptômes dépressifs. Un constat qui fait de la stigmatisation une véritable « crise de santé mentale ». Fort de son expérience dans l’accompagnement psychosocial et le retour vers les soins des personnes « perdues de vue », Muhammad Omer Haider rappelle l’importance des interventions communautaires pour rompre l’isolement et rétablir la confiance envers le système de santé.
Repenser la riposte face aux coupes budgétaires
La plénière intitulée « Rethink, Rebuild and Rise » (« Repenser, reconstruire et se relever »), s’inscrit dans le contexte des coupes budgétaires qui frappent la lutte contre le VIH. L’heure n’est plus seulement à la consternation : il faut désormais organiser la riposte et réinventer les modèles existants. Trois interventions complémentaires explorent ainsi les pistes à mettre en œuvre (ou à poursuivre) pour affronter cette nouvelle donne.
Les anticorps neutralisants, une piste encourageante
Michel Nussenzweig, spécialiste en immunologie à l’Université Rockefeller, aux États-Unis, délivre d’abord un message d’espoir. Les stratégies de traitements reposant sur des anticorps largement neutralisants obtiennent des résultats prometteurs. Elles pourraient notamment :
- neutraliser un très large éventail de variants du VIH ;
- réduire la charge virale chez l’humain ;
- mobiliser le système immunitaire afin d’éliminer les cellules infectées ;
- retarder le rebond viral après l’interruption du traitement antirétroviral ;
- servir de modèle pour concevoir des vaccins capables de provoquer la production de ces mêmes anticorps.
Les données restent toutefois insuffisantes pour envisager leur utilisation en traitement de routine. Leur potentiel est réel, mais des essais cliniques à grande échelle demeurent nécessaires.
La Zambie prépare sa transition
La session ne se limite pas à la recherche fondamentale : elle ouvre également une réflexion sur les politiques publiques. Lloyd Mulenga, directeur du service des maladies infectieuses au ministère zambien de la Santé, présente la manière dont son pays aborde cette période dans une intervention intitulée « Delivering HIV services in a time of transition » (« Assurer les services liés au VIH dans une période de transition »). À travers l’exemple de la Zambie (Afrique australe), il esquisse les contours d’un nouveau modèle de la lutte contre le VIH, fondé sur la reconstruction des stratégies de prévention, de prise en charge et de financement face aux bouleversements du contexte international. Pour réussir cette transition, Lloyd Mulenga propose plusieurs axes : mobiliser davantage de ressources nationales ; renforcer le système de santé en intégrant notamment les services liés au VIH aux soins de santé primaires ; hiérarchiser les programmes selon leur efficacité et améliorer la collecte comme l’utilisation des données.

Lloyd Mulenga, directeur du service des maladies infectieuses au ministère zambien de la Santé, a présenté la manière dont son pays assure « les services liés au VIH dans une période de transition », notamment budgétaire. Photo : Lucas Vallet.
Concernant les traitements à longue durée d’action, il plaide pour une production directement implantée dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Une telle stratégie permettrait de réduire les coûts et de favoriser les investissements nationaux. La télémédecine et l’intelligence artificielle figurent également parmi les solutions envisagées ; par exemple, pour proposer un accompagnement à distance ou utiliser l’apprentissage automatique afin de mieux estimer la taille de certaines populations à partir des réseaux sociaux. Lloyd Mulenga évalue à environ cinq ans la durée nécessaire pour conduire cette transformation. Il conclut son intervention par une formule forte : « Transition is not a choice, it’s a mandate » (« La transition n’est pas un choix, c’est un impératif »).
Raconter autrement le VIH
Dernière intervenante de la session, Wame Jallow Mosime, responsable de programmes et militante pour la santé mondiale, l’environnement et les droits humains, travaille pour la MTV Staying Alive Foundation au Botswana. Son intervention, intitulée « Beyond medicine : How culture, media and behaviour shape the pandemic » (« Au-delà de la médecine : comment la culture, les médias et les comportements façonnent la pandémie »), porte sur le rôle de la culture, des médias et des comportements dans l’évolution de l’épidémie. La militante commence par diffuser d’anciens spots télévisés anxiogènes, dans lesquels le VIH est présenté comme une condamnation à mort. Une manière de rappeler que, dans le domaine de la santé publique, la prévention par la peur montre rapidement ses limites. Selon elle, les discours doivent évoluer et s’adapter aux cultures, aux nouveaux usages de la communication ainsi qu’aux récits dans lesquels les publics peuvent se reconnaître. Wame Jallow Mosime présente notamment MTV Shuga, un programme consacré à la prévention du VIH auprès des jeunes. Lancé au Kenya avant d’être décliné dans plusieurs autres pays africains, le projet aborde le VIH au-delà de sa seule dimension médicale. Vidéos colorées, musique pop et personnages jeunes occupent le premier plan afin de susciter l’intérêt et de donner envie de suivre les histoires racontées. Selon les études présentées, les jeunes ayant regardé la série seraient deux fois plus susceptibles de recourir au dépistage. La militante conclut sur un principe essentiel : le récit ne se substitue pas à la science, mais il constitue un outil complémentaire pour la rendre accessible au plus grand nombre.

Wame Jallow Mosime, responsable de programmes et militante pour la santé mondiale, l’environnement et les droits humains,
a fait une intervention intitulée : « Au-delà de la médecine : comment la culture, les médias et les comportements
façonnent la pandémie ». Photo : Lucas Vallet.
Cette plénière met en lumière plusieurs leviers pour affronter la crise qui frappe la lutte contre le VIH : poursuivre les innovations scientifiques, repenser les financements, renforcer les systèmes de santé et renouveler les manières de communiquer. Une transition qui doit être engagée sans attendre, en restant attentif aux évolutions scientifiques, politiques et sociales qui façonnent la riposte au VIH.
Aux frontières, des parcours de prévention et de soins fragmentés
La session consacrée aux migrations et aux mobilités a mis en lumière les obstacles qui fragilisent l’accès à la prévention du VIH et aux traitements. De l’Asie du Sud-Est à l’Ukraine, en passant par la France et la Colombie, les études présentées montrent comment les frontières, les déplacements et les lourdeurs administratives renforcent les vulnérabilités.
En Asie du Sud-Est, Haoyi Wang (Université de Maastricht, Pays-Bas) s’est intéressé à la mobilité sexuelle transfrontalière de 3 007 jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), au Cambodge, au Laos, en Malaisie et en Thaïlande. Parmi eux, 16,3 % avaient franchi une frontière au cours des six derniers mois et 29 % avaient eu des relations sexuelles pendant leur voyage, principalement en Thaïlande. Un tiers des participants ayant voyagé à des fins sexuelles ignoraient leur statut sérologique. Parmi ceux ayant pratiqué le chemsex pendant leur déplacement, la prévalence de la syphilis atteignait 30,8 %. Malgré ces vulnérabilités, seuls 6 % utilisaient la Prep.
En France, l’étude ANRS-Trans & VIH, présentée par Margot Annequin (Aix-Marseille Université), a retracé les parcours de 425 femmes trans vivant avec le VIH. Âgées de 45 ans en médiane et majoritairement originaires d’Amérique du Sud, elles avaient reçu leur diagnostic de VIH à un âge médian de 28 ans. Celui-ci survenait généralement après le début de leur visibilité sociale en tant que femmes trans, mais pas nécessairement dans un contexte de travail du sexe. L’instabilité résidentielle et les violences étaient fréquemment associées à la période du diagnostic, révélant une accumulation de facteurs sociaux d’exposition au VIH.
Pour en savoir plus sur cette étude, lire notre entretien avec Liam Balhan.
En Colombie, Julien Brisson (Université de Montréal, Canada) a étudié l’accès aux traitements antirétroviraux de 66 hommes gays et bisexuels colombiens et vénézuéliens vivant avec le VIH. Le passage entre le régime de santé subventionné et le régime contributif, lié à l’obtention ou à la perte d’un emploi, peut entraîner des interruptions de traitement en raison de délais administratifs. La délivrance mensuelle des médicaments renforce encore cette fragilité. Pour les auteurs, l’accès aux antirétroviraux ne devrait pas dépendre du statut administratif, mais être garanti sans interruption à toute personne vivant avec le VIH.
Au Cambodge, Kim Hiek Thy (Service Workers in Group Foundation) a présenté un dispositif destiné aux travailleurs-ses du sexe migrants-es vivant en Thaïlande, dont beaucoup sont en situation irrégulière et renoncent aux soins par crainte de la stigmatisation. Des pairs-es les contactent sur TikTok, dans leur langue, afin de répondre à leurs questions et de les orienter. Une vingtaine de personnes sollicitent quotidiennement ce service et 83 % sont dirigées vers un dépistage du VIH et des IST. La proximité linguistique et culturelle apparaît ici essentielle pour instaurer la confiance.
Enfin, en Ukraine, Pavlo Smyrnov (Alliance for Public Health) a analysé les conséquences des déplacements provoqués par la guerre sur les réseaux sociaux de près de 1 200 hommes issus de minorités sexuelles vivant avec le VIH. Les personnes déplacées connaissent une diminution plus importante de leurs liens sociaux, notamment de leurs soutiens. Le déplacement ne semble pas créer de nouvelles sources de stigmatisation, mais il affaiblit des réseaux d’entraide déjà fragilisés par les discriminations préexistantes.
Clément Boutet est chercheur en sciences sociales, notamment dans le champ du VIH. Il travaille pour le SESSTIM UMR 1252 Équipe SanteRCom.
Remerciements à Franck Barbier, responsable pôle Programmes et populations (Direction Innovations Programmes, AIDES)
Les coupes budgétaires tuent » : la France interpellée à AIDS 2026
AIDS 2026 ne se résume pas à une succession de symposiums et de présentations scientifiques parfois très techniques. La conférence est aussi un lieu de rencontre entre industriels du médicament et des produits de santé, activistes, soignants-es et autres acteurs-rices de la lutte contre le VIH. Un hall entier accueille ainsi des laboratoires pharmaceutiques, des entreprises commercialisant des tests de dépistage, des ONG engagées pour l’accès aux médicaments… mais aussi des stands nationaux. Côté pays, seuls le Brésil et la France sont représentés. Faute de financements ou signe d’un désinvestissement des États ? Les raisons ont sans doute été multiples.

Des activistes venus-es notamment d’Afrique du Sud, d’Allemagne, de France, d’Haïti, d’Ouganda, de Tanzanie et des États-Unis
ont interrompu les discours officiels prononcés sur le stand France au village de la conférence IAS 2026. Photo : Lucas Wolff.
Le stand France réunit l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, l’Agence française de développement (AFD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Expertise France, ainsi que plusieurs ministères. Lors de l’inauguration officielle du stand, mardi 28 juillet, l’État français était représenté par son ambassadrice pour la santé mondiale, Anne-Claire Amprou. Dans leurs discours, les différents-es intervenants-es ont rappelé l’importance de la coopération entre les acteurs-rices de la lutte contre le VIH et ont mis en avant le partenariat historique entre la France et le Brésil. De nombreuses collaborations scientifiques ont, en effet, uni les deux pays, et la présence d’un stand français témoigne de l’engagement ancien de la recherche hexagonale dans la réponse mondiale au VIH. Mais derrière ces discours officiels, une réalité moins reluisante s’impose : en 2025, le gouvernement français a réduit de près de 60 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la faisant passer de 1,6 milliard à 660 millions d’euros. Ce choix politique est lourd de conséquences pour les programmes de prévention, l’accès aux traitements et le soutien aux communautés dans de nombreux pays.

L’ambassadrice française pour la santé mondiale, Anne-Claire Amprou ; sur le stand France,
vivement interpellée par des activistes ; parmi leurs slogans : « Vos coupes dans l’aide, nos morts du sida ».
Photo : Lucas Wolff.
Des activistes venus-es notamment d’Afrique du Sud, d’Allemagne, de France, d’Haïti, d’Ouganda, de Tanzanie et des États-Unis ont interrompu le discours d’ouverture. Face à Anne-Claire Amprou, ils-elles ont brandi des pancartes proclamant : « Vos coupes dans l’aide, nos morts du sida », et ont scandé : « Vous avez du sang sur les mains ! Les coupes budgétaires tuent ! » « L’ambassadrice Amprou et l’ensemble du gouvernement français doivent avoir honte de leur décision unilatérale de réduire les financements de programmes vitaux de prévention, de traitement du VIH et de défense des droits humains », a déclaré Charles King, directeur général de Housing Works. Sœurette Policar, responsable de l’organisation haïtienne ODELPA, a dénoncé « l’hypocrisie et la trahison » de la France envers les personnes vivant avec le VIH. De son côté, Asia Russell, directrice exécutive de Health GAP, a estimé que « le gouvernement français [devait] rendre des comptes pour ses décisions politiques mortelles ». Quelques heures plus tard, Marc Dixneuf, directeur général de AIDES, a réagi à cette action militante sur son compte LinkedIn : « La conférence mondiale sur le VIH se tient toute cette semaine. Après des années de leadership dans la lutte contre le VIH, la France a procédé à des coupes massives de l’aide publique au développement et dans le financement du Fonds mondial de lutte contre le sida. C’est inacceptable. Cela a été rappelé par les activistes à l’ambassadrice française pour la santé mondiale. » Par cette action, les activistes ont pointé une contradiction : la France peut-elle prétendre à un rôle majeur dans la santé mondiale tout en réduisant aussi fortement sa contribution à l’un de ses principaux instruments ? Leur message est clair : les engagements politiques doivent être suivis d’actes. Cette mobilisation était d’autant plus nécessaire que la délégation militante française est particulièrement réduite cette année, conséquence directe de la baisse des financements associatifs et du coût croissant des conférences internationales. Défendre les droits des personnes concernées et porter la voix des communautés ne doit pas devenir un privilège réservé à celles et ceux qui en ont les moyens.