L’Actu vue par Remaides : « AIDS 2026 : la Prep innove mais son accès reste un défi majeur »
- Actualité
- 31.07.2026

Vue du Riocentro, le parc des expositions de Rio qui accueille la conférence AIDS 2026. Photo : Fred Lebreton.
Par Lucas Vallet, Clément Boutet et Fred Lebreton
AIDS 2026 : la Prep innove,
mais son accès reste un défi majeur
Pilule mensuelle ou hebdomadaire, injections de plus en plus espacées, prescription en pharmacie ou à domicile : la Prep se diversifie et se réinvente, mais les inégalités d’accès persistent. Retour sur les moments forts de la troisième journée de la conférence AIDS 2026 à Rio placée sous le signe de l’innovation et de la démédicalisation.
« La Prep fonctionne, le défi n’est plus scientifique »
Mercredi 29 juillet 2026, plénière du matin, Raphael Landovitz, chercheur au Centre de recherche et d’éducation clinique sur le sida de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), a retracé quinze années d’avancées dans le domaine de la Prep. Son principe est notamment né des enseignements du traitement post-exposition (TPE), pris en urgence après un risque d’exposition au VIH. Les chercheurs-ses se sont alors demandé si des antirétroviraux pris avant l’exposition pouvaient empêcher l’infection. Les essais PROUD, au Royaume-Uni, et ANRS-IPERGAY, mené en France et au Canada, ont apporté des réponses décisives. Ces études étaient « randomisées », cela veut dire que les participants-es étaient répartis-es de façon aléatoire entre plusieurs groupes afin de comparer les stratégies de prévention de la manière la plus fiable possible. PROUD a évalué la Prep orale quotidienne, tandis qu’IPERGAY a étudié une prise « à la demande », avant et après les rapports sexuels. Dans les deux essais, l’association de deux antirétroviraux, le ténofovir disoproxil et l’emtricitabine (TDF/FTC), a réduit de 86 % le risque de contracter le VIH. La recherche se poursuit aujourd’hui pour rendre la Prep à la demande encore plus simple. C’est notamment l’objectif de l’étude ANRS SimpPrEP (lire notre interview du Dr Geoffroy Liegeon à ce sujet.
D’autres outils ont progressivement rejoint la Prep orale. L’anneau vaginal à la dapivirine, remplacé chaque mois, diffuse localement un antirétroviral. Le cabotégravir injectable à longue durée d’action, commercialisé sous le nom d’Apretude, a quant à lui démontré son efficacité dans les essais HPTN 083 et HPTN 084, menés auprès de différentes populations, notamment des hommes gays et bisexuels, des femmes trans et des femmes cisgenres. Enfin, le lénacapavir, administré par injection sous-cutanée deux fois par an, a encore élargi l’éventail des choix possibles même si son accès reste très limité à ce jour. Concernant les trois options de Prep, une option est disponible dans certains pays, dont les États-Unis et la France (cabotégravir). L’autre n’est, à ce jour, disponible seulement qu’aux États-Unis (lénacapavir), et la troisième dans une douzaine de pays en Afrique (dapivirine).

Sur l'écran, Raphael Landovitz, chercheur au Centre de recherche et d’éducation clinique sur le sida de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), a retracé quinze années d’avancées dans le domaine de la Prep. Photo : Fred Lebreton.
La Prep de demain : une pilule mensuelle et des injections plus espacées
Raphael Landovitz a ensuite présenté les nouvelles Prep en cours de développement. La molécule dont tout le monde parle à AIDS 2026 est l’alimatravir, également appelée MK-8527. Ce candidat à la Prep se présente sous la forme d’un comprimé de 11 mg à prendre une fois par mois. Il est désormais évalué dans deux essais de phase 3, dernière grande étape de recherche avant une éventuelle demande d’autorisation de mise sur le marché. Ces études doivent déterminer si le médicament protège réellement du VIH, tout en continuant à surveiller sa tolérance (effets indésirables). Le programme concerne près de 9 000 personnes dans 17 pays, parmi lesquelles des adolescentes ainsi que des femmes enceintes ou allaitantes. Les résultats sur l’efficacité sont encore attendus. Une étude de modélisation estime que le coût de fabrication pourrait être inférieur à cinq dollars par personne et par an. Si cette projection se confirme, la simplicité du comprimé pourrait également favoriser une production régionale et une diffusion à grande échelle (voir encart en fin d’article).
Du côté de la Prep injectable, les chercheurs-ses travaillent aussi à espacer davantage les injections. Une nouvelle formulation plus concentrée du cabotégravir pourrait être administrée tous les quatre mois, soit trois injections par an au lieu de six actuellement. Elle libérerait plus lentement le produit dans l’organisme. Une demande d’autorisation pourrait être déposée auprès de l’Agence américaine du médicament (FDA) en 2027, sans nouvel essai de phase 3 de grande ampleur. Le laboratoire devra néanmoins démontrer, grâce à des études dites de « passerelle pharmacocinétique », que la nouvelle formulation maintient dans le corps une quantité de médicament comparable à celle dont l’efficacité est déjà connue. Une injection annuelle de lénacapavir est également à l’étude. Elle serait administrée dans un muscle, contrairement à la formulation semestrielle actuelle injectée sous la peau. Là encore, une demande d’autorisation est envisagée en 2027.
Enfin, petit « scoop » du jour : Gilead a déposé auprès de la FDA une demande concernant un comprimé de lénacapavir de 300 mg à prendre une fois par semaine. Cette formulation reste expérimentale et n’est encore autorisée dans aucun pays. L’agence américaine doit rendre sa décision d’ici au 2 février 2027.

Gilead a déposé auprès de l’Agence américaine du médicament une demande concernant un comprimé de lénacapavir
de 300 mg à prendre une fois par semaine. L’agence américaine doit rendre sa décision d’ici au 2 février 2027,
comme l’explique une diapositive de la présentation de Raphael Landovitz. Photo : Fred Lebreton.
Sans volonté politique, les innovations resteront hors de portée
Le constat final de Raphael Landovitz est limpide : « La Prep fonctionne, le défi n’est plus scientifique. » Environ 8,5 millions de personnes ont déjà commencé une Prep dans le monde, mais cet accès demeure très inégal et vulnérable aux décisions politiques. Les coupes imposées en 2025 dans les programmes américains USaid et Pepfar ont brutalement interrompu ou fragilisé de nombreux services de prévention. Selon les données présentées pendant la plénière, le nombre de personnes recevant une Prep dans les programmes concernés a chuté de 40 %. « Avoir davantage d’outils ne signifie pas avoir davantage de prévention », a d’ailleurs souligné Raphael Landovitz. Pour que les progrès scientifiques changent réellement la vie des personnes, il faut aussi des financements, des programmes publics solides, des prix abordables, une politique équitable en matière de propriété intellectuelle et, surtout, une véritable volonté politique. Très applaudi après une présentation aussi brillante qu’engagée, le chercheur a ainsi rappelé que la Prep constitue un « triomphe de la médecine moderne », mais que son accès reste aujourd’hui entravé par des choix politiques.
Démédicaliser la Prep pour en faciliter l’accès
L’accès à la Prep reste très inégal dans le monde. En France, même si sa prescription a été élargie aux médecins généralistes, elle demeure principalement proposée à l’hôpital, dans les Cegidd et dans certains centres de santé communautaire, comme les SPOT de AIDES ou Le 190. Cette session invitait à regarder ce qui se fait ailleurs pour faciliter l’initiation et le suivi de la Prep. Plusieurs initiatives montrent qu’en diversifiant les lieux de prescription et les professionnels-les impliqués-es, il est possible de rapprocher cet outil de prévention des personnes qui en ont besoin.
Commencer la Prep en pharmacie au Kenya
Catherine Jebet Kiptinness est pharmacienne et chercheuse kényane en santé publique, spécialisée dans la prévention du VIH. Elle a présenté une initiative permettant de commencer la Prep directement dans des pharmacies privées au Kenya. La présence d’un-e infirmier-ère habilité-e à prescrire permet d’évaluer la situation de la personne, d’initier la Prep (c’est-à-dire d’effectuer sa première prescription) puis de lui remettre le traitement sur place. Au Kenya, environ la moitié des premiers recours aux soins ont lieu dans une pharmacie privée. S’appuyer sur ces établissements représente donc une occasion supplémentaire d’étendre la couverture de la Prep, notamment auprès de personnes qui fréquentent peu les structures de santé classiques.
La Prep prescrite et livrée à domicile aux États-Unis
Tristan Schukraft est un entrepreneur américain engagé dans la prévention du VIH et la santé des personnes LGBT+. Avec « Prep at home », Tristan Schukraft a présenté Mistr, un service entièrement numérique proposé aux États-Unis. La consultation, la prescription et le suivi s’effectuent à distance, puis la Prep est livrée à domicile. Selon les données présentées, Mistr représenterait 20 % des prescriptions de Prep dans le pays. Depuis l’évolution des recommandations sur la DoxyPEP, 89 % des demandes de Prep effectuées sur la plateforme seraient accompagnées d’une demande de DoxyPEP. Cette stratégie consiste à prendre de la doxycycline, un antibiotique, après un rapport sexuel afin de réduire le risque de contracter certaines infections sexuellement transmissibles. Cette offre sans déplacement répond aux besoins de certains publics particulièrement exposés au VIH et élargit les possibilités d’accès à la Prep orale. Elle suppose néanmoins de pouvoir utiliser les outils numériques et de disposer d’une adresse permettant de recevoir le traitement.

Une diapositive de la présentation de Raphael Landovitz sur les enjeux de résistance dans le cadre de la Prep en long acting.
Photo : Fred Lebreton.
Un rôle central pour les infirmiers-ères au Brésil
Laio Magno Santos de Sousa est infirmier de formation, chercheur brésilien en santé publique et professeur à l’Université de l’État de Bahia (UNEB), à Salvador (Brésil). Dans sa présentation, il a abordé la place des infirmiers-ères dans la « démédicalisation » de la Prep au Brésil. Il ne s’agit pas de se passer du suivi médical nécessaire, mais de ne plus réserver la prescription et l’accompagnement aux seuls-es médecins. « La Prep dépend de sa couverture, et pas seulement de son efficacité », a-t-il souligné. Autrement dit, un traitement préventif peut être très efficace, mais son effet sur l’épidémie restera limité si trop peu de personnes peuvent y accéder. Selon lui, « la Prep est une intervention de santé publique. Pour atteindre les populations les plus exposées, il faut déplacer une partie de sa prise en charge hors du modèle médical traditionnel, vers des équipes interdisciplinaires où les infirmiers-ères et les pairs-es éducateurs-rices occupent une place centrale ». Au Brésil, des protocoles de délégation de tâches et des formations en pratique avancée permettent ainsi à certains-es infirmiers-ères d’assurer la première prescription de Prep, ce qui n’est pas possible en France à ce jour.
Des exemples dont la France pourrait s’inspirer
Ces différentes expériences montrent qu’il est possible d’élargir l’accès à la Prep en diversifiant les professionnels-les et les structures qui la proposent. Pharmacies, services en ligne, infirmiers-ères et pairs-es éducateurs-rices peuvent compléter utilement l’offre médicale traditionnelle. La France pourrait accélérer cette évolution en élargissant les compétences des infirmiers-ères, aussi bien pour la prescription et le suivi de la Prep que pour l’initiation du traitement post-exposition (TPE). Ces modèles existent déjà et constituent des pistes concrètes pour rapprocher la prévention des personnes qui en ont besoin.
Prep injectable : une option adaptée aux hommes qui voyagent pour leur travail
En Afrique subsaharienne, les hommes qui se déplacent régulièrement pour leur travail ont encore trop peu accès à la Prep. Lorsqu’ils y ont accès, les voyages peuvent compliquer la prise quotidienne des comprimés. Eugene Ruzagira est médecin et épidémiologiste ougandais, spécialiste de la prévention du VIH. Il a présenté les résultats de l’essai Mobile Men, mené en Ouganda et en Afrique du Sud. L’étude a réuni 400 hommes séronégatifs au VIH qui voyageaient pour leur travail et passaient régulièrement au moins une nuit hors de leur domicile. La moitié a reçu une Prep orale quotidienne et l’autre moitié du cabotégravir injectable à longue durée d’action (CAB-LA). Cette répartition a été faite de façon aléatoire : c’est ce que les chercheurs-ses appellent un « essai randomisé ». Cette méthode permet de comparer les deux options de la manière la plus fiable possible. Pendant les neuf mois de suivi, les participants sous CAB-LA ont été plus nombreux à poursuivre correctement leur Prep. Lorsqu’ils ont ensuite pu choisir librement leur méthode, 58 % ont préféré les injections. Pour les chercheurs-ses, ces résultats plaident en faveur d’un accès simplifié au CAB-LA, avec la possibilité d’effectuer le dépistage du VIH et de commencer la Prep injectable le même jour.
Deux anticorps testés en prévention, mais pas encore de protection démontrée
Les anticorps neutralisants à large spectre sont des protéines capables de reconnaître et de bloquer de nombreuses variantes du VIH. Les chercheurs-ses espèrent pouvoir les utiliser pour prévenir l’infection, notamment sous la forme d’injections espacées. Sharana Mahomed (CAPRISA, Afrique du Sud) a présenté les premiers résultats de l’étude CAPRISA 012C. Celle-ci a évalué une combinaison de deux anticorps, CAP256V2LS et VRC07-523LS, administrée par injection sous la peau tous les six mois. Au total, 1 023 femmes séronégatives au VIH ont participé à l’étude en Afrique. Les participantes ont été réparties au hasard entre deux groupes : certaines ont reçu les anticorps et d’autres un placebo, c’est-à-dire un produit sans substance active servant de point de comparaison. Cette méthode permet de déterminer si l’effet observé vient réellement du produit étudié. La combinaison d’anticorps a été globalement bien tolérée, même si les réactions au point d’injection ont été plus fréquentes. En revanche, trois mois après les injections, les chercheurs-ses n’ont pas observé moins d’infections par le VIH dans le groupe ayant reçu les anticorps. Une tendance à une meilleure protection est apparue lorsque les variantes du VIH rencontrées étaient sensibles aux deux anticorps. Ce résultat reste toutefois trop incertain pour conclure à leur efficacité. D’autres recherches seront donc nécessaires.

Lucas Vallet, administrateur de AIDES et un des représentants-es de AIDES au TRT-5 CHV,
dans la salle de presse du Riocentro qui accueille l’édition 2026 de la conférence AIDS. Lucas fait partie de l'équipe
qui assure la couverture rédactionnelle de la conférence pour Remaides et AIDES.ORG. Photo : Fred Lebreton.
Au Brésil, des parcours de Prep loin d’être linéaires
Isabela Ornelas Pereira, du ministère brésilien de la Santé, a analysé les parcours de 261 150 personnes ayant utilisé la Prep orale entre 2018 et 2025. Trois profils ont été distingués : les personnes ayant interrompu la Prep pendant moins de 30 jours, celles l’ayant arrêtée plus longtemps avant de la reprendre et celles n’y ayant plus eu recours pendant au moins un an. Par rapport aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes trans étaient plus susceptibles d’alterner arrêts et reprises ou d’abandonner la Prep. Les personnes les plus jeunes étaient également davantage concernées par ces interruptions. Les taux d’arrêt les plus élevés ont été observés chez les femmes cisgenres et les jeunes. Ces résultats rappellent qu’un arrêt n’est pas nécessairement définitif et que les services doivent permettre de reprendre facilement la Prep lorsque les besoins ou les circonstances de vie évoluent.
Au Kenya, proposer le TPE directement en pharmacie
Kenneth Ngure, de l’université Jomo Kenyatta, a évalué plusieurs façons de proposer le traitement post-exposition (TPE) dans des pharmacies au Kenya. Pris rapidement après une exposition possible au VIH, le TPE permet de prévenir l’infection. Les pharmacies présentent plusieurs avantages : elles sont nombreuses, réparties dans différents quartiers et généralement ouvertes plus longtemps que les centres de santé. L’étude était randomisée : les pharmacies ont été réparties au hasard entre plusieurs modes d’organisation afin de comparer leurs résultats de la manière la plus objective possible. Certaines faisaient payer le service 250 shillings kényans (environ 1,70 euro), tandis que d’autres le proposaient gratuitement, avec le soutien d’un-e professionnel-le chargé-e de la mise en œuvre ou d’un-e conseiller-ère[FB1] . Dans le dernier groupe, les personnes étaient orientées vers une clinique et ne pouvaient pas commencer le TPE directement à la pharmacie. Les meilleurs résultats ont été obtenus dans les pharmacies proposant l’accompagnement d’un-e conseiller-ère : les personnes y commençaient six fois plus souvent un TPE, y avaient 14 fois plus souvent recours à nouveau et passaient 18 fois plus souvent du TPE à la Prep. Globalement, la proportion de personnes passant du TPE à la Prep est passée de 5 % après deux mois à 13 % après neuf mois. Les pharmacies pourraient donc faciliter à la fois l’accès rapide au TPE et l’orientation vers une prévention plus durable.
En Zambie, quels obstacles à la poursuite de la Prep injectable ?
Peggy Buumba Bubala, de l’Institut national de santé publique de Zambie, a étudié la durée d’utilisation du cabotégravir injectable à longue durée d’action (CAB-LA) chez 700 adolescentes, jeunes femmes et travailleuses du sexe. Cette Prep, administrée par injection tous les deux mois, est autorisée dans le pays depuis 2024.
L’âge médian des participantes était de 22 ans : la moitié avait moins de 22 ans et l’autre moitié davantage. Parmi elles, 87 % n’avaient jamais utilisé de Prep auparavant et 65 % vivaient dans des zones rurales. La durée médiane d’utilisation du CAB-LA était de 7,4 mois. Les arrêts étaient plus fréquents chez les nouvelles utilisatrices, les habitantes des zones rurales et celles qui recevaient leur Prep dans une structure de santé plutôt que dans un dispositif communautaire. Fait inhabituel dans les études sur la Prep, les participantes les plus jeunes ont poursuivi plus longtemps leur prévention. Ces résultats plaident en faveur d’une offre de proximité, particulièrement dans les territoires ruraux.

La salle de présentation des posters retenus pour la conférence AIDS 2026 ; des centaines de résultats d’études,
d’essais et d’enquêtes y sont présentées. Photo : Fred Lebreton.
À Paris, comprendre les sorties du programme « PrEP à porter »
Federico Pipitone, du Sesstim, un laboratoire de recherche français en sciences sociales, a présenté les résultats de « PrEP à porter », un dispositif communautaire et pluridisciplinaire destiné aux femmes trans à Paris. Parmi les 101 participantes suivies, 52 ont terminé la première phase de l’étude et 16 ont été considérées comme perdues de vue, c’est-à-dire qu’elles n’avaient pas participé aux deux dernières visites prévues dans le protocole de l’essai. Le risque de rupture du suivi était plus important chez les personnes qui découvraient la Prep, celles qui la prenaient irrégulièrement et celles qui ne parlaient pas français. Les entretiens menés avec certaines participantes ont cependant apporté un éclairage plus nuancé : plusieurs estimaient ne plus avoir besoin de Prep, habitaient trop loin du lieu de suivi ou continuaient simplement leur Prep dans une autre structure. Être « perdue de vue » par une équipe ne signifie donc pas toujours avoir abandonné la prévention.
Aux États-Unis, des débuts rapides pour le lénacapavir injectable
Aaron Siegler, de l’université Emory, a analysé les six premiers mois de prescription du lénacapavir injectable en Prep aux États-Unis, entre juin et décembre 2025. À partir des données de remboursement, son équipe a recensé 7 134 utilisateurs-rices du lénacapavir, contre 31 868 pour le cabotégravir injectable et 533 878 pour la Prep orale. Les hommes recouraient davantage à la Prep orale, tandis que les femmes étaient proportionnellement mieux représentées parmi les utilisateurs-rices des formes injectables. Medicaid, le programme public américain d’assurance maladie destiné notamment aux personnes ayant de faibles revenus, occupait aussi une place plus importante dans le remboursement des injections. Après six mois, le recours au lénacapavir était nettement supérieur à celui observé pour le cabotégravir au même stade de son déploiement. Les inégalités déjà constatées avec la Prep orale persistaient toutefois : les personnes noires restaient proportionnellement moins nombreuses à utiliser la Prep. Elles ne semblaient néanmoins pas aggravées par l’arrivée des formes injectables.
Clément Boutet est chercheur en sciences sociales, notamment dans le champ du VIH. Il travaille pour le SESSTIM UMR 1252 Équipe SanteRCom.
Remerciements à Franck Barbier, responsable pôle Programmes et populations (Direction Innovations Programmes, AIDES)
Alimatravir : MSD promet déjà un large accès à sa Prep mensuelle
Un comprimé à prendre une seule fois par mois pour prévenir l’infection par le VIH : telle est la promesse de l’alimatravir (MK-8527), développé par le laboratoire pharmaceutique MSD. À quelques jours de l’ouverture d’AIDS 2026 à Rio, le laboratoire a annoncé un dispositif d’accès couvrant 129 pays à revenu faible ou intermédiaire. Une communication bien huilée, même si cette nouvelle Prep doit encore faire la preuve de son efficacité. L’alimatravir est actuellement évalué dans deux essais de phase 3, dont le recrutement se poursuit. EXPrESSIVE-10 inclut des adolescentes et de jeunes femmes au Kenya, en Afrique du Sud et en Ouganda ; EXPrESSIVE-11 concerne des personnes davantage exposées au VIH dans 16 pays. Un essai de phase 2 mené auprès de 350 personnes adultes présentant une faible probabilité d’exposition avait montré des taux d’effets indésirables comparables à ceux observés avec un placebo, sans signal biologique préoccupant. Des données rassurantes sur la tolérance, donc, mais qui ne permettent pas encore de conclure que ce traitement prévient effectivement l’infection à VIH. Selon MSD, un comprimé pourrait assurer un mois de protection, avec un effet attendu environ une heure après la prise. Le conditionnel reste de rigueur. Sans attendre les résultats, le laboratoire prépare toutefois l’éventuelle commercialisation du produit : des licences volontaires, non exclusives et sans redevance, sont prévues avec sept fabricants de génériques, trois en Afrique subsaharienne et quatre en Inde. Elles couvriraient les secteurs public et privé de 129 pays qui concentrent, selon l’entreprise, la grande majorité des nouvelles infections. L’association précoce de fabricants africains constitue une avancée notable, alors que le continent reste trop souvent cantonné au rôle de marché ou de terrain d’essais cliniques. MSD indique aussi discuter avec plusieurs organismes d’Amérique latine, dont la Fiocruz au Brésil, pour favoriser une production régionale. Le laboratoire prévoit enfin de constituer ses propres stocks afin d’assurer les premiers approvisionnements, en attendant les autorisations réglementaires et la mise en production des génériques. L’enjeu dépasse largement la stratégie industrielle : 1,2 million de personnes ont contracté le VIH en 2025, soit environ 3 300 chaque jour. En 2023, seules 3,5 millions de personnes utilisaient une Prep orale, très loin de l’objectif mondial de 20 millions d’utilisateurs-rices d’ici à 2030. Une prise mensuelle pourrait donc offrir un choix supplémentaire aux personnes qui ne souhaitent ni comprimé quotidien, ni injection. Mais l’histoire de la lutte contre le VIH nous a appris à ne pas confondre innovation annoncée et progrès effectivement accessible. L’intérêt de l’alimatravir dépendra de ses résultats cliniques, de son prix, des financements internationaux et de sa disponibilité réelle. Les licences présentées par MSD sont un premier signal encourageant, mais elles ne constituent pas à ce stade une garantie d’accès.
Lire à ce sujet notre interview du Pr Jean-Michel Molina.