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    L’Actu vue par Remaides : « Actions Traitements : "La fin du VIH-sida n'aura pas lieu en 2030, hélas" »

    • Actualité
    • 26.03.2026


    Les protestations sont nombreuses dans le monde (ici, les Etats-Unis, en marge de la Croi 2025) sur les choix politiques qui ont pour effet d'entraver les progrès de la lutte contre le sida, alors que la fin de l'épidémie en 2030 apparait comme de plus en plus utopique.

    Photo : Brooke Anderson

    Par Jean-François Laforgerie 

    Actions Traitements : "La fin du VIH-sida 
    n'aura pas lieu en 2030 hélas !"


    Pessimisme ou pragmatisme ? Le communiqué d’Actions Traitements en date du 19 février traduit les inquiétudes du moment quant à la possibilité d’en finir avec l’épidémie de sida en 2030. De fait, le texte, titré « La fin du VIH-sida n'aura pas lieu en 2030, hélas », indique que pour l’association cet objectif mondial n’est désormais plus atteignable. Elle s’en explique.


    Une reprise de l’épidémie dans certaines régions 
    « Qui peut encore croire à une fin de l’épidémie de VIH-sida en 2030… dans moins de quatre ans ? », questionne d’emblée le communiqué d’Actions Traitements. Certes, reconnaît l’association, cet objectif était atteignable il y a quelques années encore. Ce ne serait désormais plus possible du fait de grands changements notamment dans les financements internationaux que ce soit au niveau bilatéral qu’au plan multilatéral. « L’arrêt du financement de programmes vitaux par les États-Unis en 2025 [Pepfar, Usaid] et la décision française récente de baisser de près de 60 % sa contribution au Fonds mondial contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, laissent déjà entrevoir une reprise de l’épidémie dans certaines régions. »

    Une épidémie invisible n’est pas une épidémie terminée
    Dans son texte, Actions Traitements rappelle que l’Onusida ― qui est elle-même dans une phase aigüe de restructuration ― considère que la « fin de l’épidémie » de VIH, c’est avant tout la fin des transmissions du virus. « Cela passe par l’atteinte de la fameuse cascade « 3 x 95 » à travers le monde :
    - 95 % des personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées et connaissent leur statut sérologique ;
    - 95 % des personnes diagnostiquées prennent un traitement antirétroviral efficace ;
    - 95% des personnes sous traitement antirétroviral ont une charge virale indétectable. L’atteinte de ces trois objectifs permettrait de réduire à ZÉRO le risque de transmission du VIH. » L’association serait évidemment « heureuse » de l’atteinte de cet objectif que tout le monde espère, mais elle estime que l’atteinte dudit objectif, ne « suffira pas (…) pour mettre fin à l’épidémie dans son ensemble. » Pourquoi ? « Parce que les personnes vivant avec le VIH seront toujours là en 2030 et pendant longtemps. Il nous restera de nombreux défis à relever collectivement pour leur assurer de vivre et de vieillir dans les meilleures conditions. Une épidémie invisible n’est pas une épidémie terminée », avance Actions Traitements. Outre la permanence certains enjeux, l’association note que « le mirage de l’objectif 2030 pourrait laisser croire que tout va bien puisque le VIH serait devenu une « maladie chronique » comme une autre. » L’association conteste cette vision, estiment qu’il y a « bien un enjeu lié à l’invisibilisation du VIH et des personnes vivant avec aujourd’hui, dans l’espace public et médiatique, ainsi que dans la vie de tous les jours ». D’ailleurs, avance Actions Traitements : « Si tout allait si bien, l’écrasante majorité des personnes vivant avec le VIH ne serait pas obligée de cacher son statut sérologique à sa famille ou à son entourage, au travail ou même dans son parcours de soins… par peur des discriminations, du regard des autres, des violences physiques ou verbales. » Et l’association d’expliquer : « Nous sommes bien placés-es pour témoigner de la persistance d’un climat de sérophobie généralisé, qui contribue à invisibiliser l’épidémie de VIH. »

    Un désengagement accéléré des pouvoirs publics
    « Le désengagement de l’État dans le financement de la lutte contre le VIH s’est accéléré en 2025, avec des baisses de 20 à 25 % infligées à l’ensemble des associations », pointe l’association, qui constate un même mouvement en 2026. « Comme si l’État assumait pleinement de contraindre les associations à se tourner encore plus vers le secteur privé et l’industrie pharmaceutique pour rechercher des financements. En contradiction totale avec le concept de démocratie sanitaire », estime l’association. Elle juge que les « conséquences sont dramatiques pour les associations ». « Elles le seront encore plus pour les personnes séropositives suivies, accompagnées, soutenues par nos structures. Nous sommes contraints-es de faire des choix, de suspendre certaines activités, afin de maintenir au maximum l'aide concrète apportée aux personnes vivant avec le VIH », alors même que ces dernières « sont de plus en plus nombreuses à être touchées par la précarité ou l’isolement, notamment celles nées à l’étranger, toujours plus nombreuses parmi nos usagers-ères. »

    Les constats d’Actions Traitements et son appel dans le cadre des campagnes électorales
    Dans son communiqué, l’association démontre l’effet de tension qui existe aujourd’hui pour elle entre baisses des ressources et hausse des sollicitations. 
    « Entre 2024 et 2025 :
    - Augmentation de 15 % du nombre de personnes suivies et participant à l’ensemble de nos activités ;
    - Augmentation de 34 % du nombre d’ateliers collectifs organisés ;
    - Augmentation de 30 % du nombre de consultations avec nos psychologues ;
    - Explosion des besoins sociaux et juridiques avec près de 350 entretiens réalisés en 2025. »
    « Alors certes, on meurt moins du sida qu’au début de l’épidémie. Mais pour encore combien de temps, quand les financements ne cessent de se raréfier ? », questionne l’association. « Nous constatons chaque jour que les personnes vieillissant avec le VIH ont de plus en plus de difficultés. De même pour l'augmentation vertigineuse des personnes séropositives sous OQTF, en première demande ou lors d'un renouvellement, que nous accompagnons et soutenons afin qu’elles puissent vivre décemment avec le VIH. »

    Et le communiqué de conclure : « Avant les élections présidentielles prévues en 2027, le premier tour des élections municipales se déroulera dans moins d’un mois. Deux échéances électorales aussi cruciales l’une que l’autre pour la lutte contre l’épidémie de VIH-sida. Mais si, par miracle, nous atteignons les objectifs fixés par l’Onusida, qui prédit la fin de l’épidémie de VIH-sida d’ici à 2030, nous resterons loin de la fin réelle et totale de cette épidémie, qui nécessite une remobilisation d’urgence de tous les acteurs politiques. Nous appelons les candidats-es et futurs-es élus-es à s’engager sans équivoque et à soutenir les associations, notamment financièrement. »
    Plus d’infos ici.