La 16ème Conférence Internationale sur le sida et les IST en Afrique a démarré le 4 décembre dernier par le discours d’ouverture de George W. Bush, accueilli avec enthousiasme par les participants et célébré comme le héros de la lutte contre le sida. « Est-ce un passage obligé, cet état d’auto- satisfaction ? Est-ce que les gens ne se rendent pas compte que l’autosatisfaction tue, Bush a été ovationné alors que les malades meurent par milliers et que les groupes les plus vulnérables restent fortement discriminés! » Demande Parfait Behen, Président d’Alternatives Cameroun.
Les pays du Nord et du Sud considèrent de moins en moins la lutte contre le sida comme une priorité dans leurs dépenses et se cachent derrière l’alibi de la crise économique. C’est ce qu’a souligné Stephen Lewis, ancien envoyé spécial de l’ONU sur le VIH/sida, hier dans son intervention : « ce n’est pas une question de crise financière, c’est une question de priorités humaines ». C’est bien le seul discours engagé entendu jusqu’ici dans cette conférence.
Même si l’argent est le nerf de la guerre, il ne règle pas tout. Impossible d’enrayer durablement l’épidémie sans une prise de conscience mondiale des discriminations qui la nourrissent. Malgré de nombreuses avancées, des lois anti-gay, les violences faites aux femmes, la pénalisation de la transmission et de l’exposition aux risques perdurent, avec la passivité sinon l’activisme coupable des gouvernements, stigmatisant ainsi des franges entières de la population (1). Cette stigmatisation a un impact dramatique sur l’épidémie, car sur le continent africain comme dans le reste du monde, les taux de prévalence de l’épidémie de VIH/sida sont dramatiquement plus élevés parmi les populations vulnérables, atteignant des sommets chez les homosexuels où ils oscillent de 13% à 43% (2).
Cette situation contraste avec l’absence de parole politique forte et d’engagement volontariste constaté lors de cette conférence en faveur des droits des populations les plus exposées à l’épidémie. « Nos gouvernements tout comme les organisateurs de la conférence semblent être aveugles face à la réalité de l’épidémie » déclare le Professeur Abdelaziz Tajeddinne, Président de l’association de Protection contre le sida d’Oran en Algérie, « Aucun représentant des populations les plus exposées n’a eu l’opportunité de s’exprimer en séance plénière! ».
Africagay contre le sida s’indigne de ce silence et appelle les décideurs politiques africains à faire preuve de courage politique et à s’exprimer d’une voix forte pour lever les obstacles juridiques et sociaux qui entravent l’accès à la prévention et aux soins des groupes les plus exposés.
Africagay contre le sida est un réseau d’associations africaines engagées dans la lutte contre le sida auprès des populations vulnérables. Créé en 2007, ce réseau compte aujourd’hui 16 associations issues de 9 pays (Algérie, Tunisie, Côte d’Ivoire, Togo, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Sénégal et France). Il se donne pour objectif de promouvoir l’accès à la prévention et aux soins des HSH par une approche fondée sur la défense de leurs droits fondamentaux et en s’assurant de la visibilité de la question des homosexuels face au VIH au niveau international.
(1) Aujourd’hui seulement 26% des pays ont mis en place une politique de prévention à l'égard des travailleurs du sexe, 30 % à l'égard des usagers de drogue et 18 % à l'égard des homosexuels[1], en Afrique, 38 des 53 Etats du continent pénalisent encore l’homosexualité et trois d’entre eux appliquent la peine de mort.
http://www.unaids.org/en/media/unaids/contentassets/documents/document/2...
(2) “Prévention et traitement du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des homes et les personnes transgenres”, OMS, ONUSIDA et PNUD, Juin 2011.