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Témoigner dans REMAIDES : questions à Jean-François Laforgerie, le coordinateur du journal



Jean-François Laforgerie a accepté de répondre à quelques questions sur la nouvelle version du journal. Vous trouverez aussi des réponses aux questions que vous vous posez sur le témoignage.



Il va y avoir une nouvelle version de Remaides, comment se présente elle ?


A partir de juin, REMAIDES se décline en trois éditions : Remaides France, Remaides Québec et Remaides Suisse. Ces éditions ont une base commune qui constitue 80% des pages (en gros, Remaides tel qu’on le connaît actuellement). Ce qui change c’est l’ajout d’un cahier central différent d'une édition à une autre. Ce cahier central sera géré par chacune des associations partenaires du projet : par la COCQ-Sida pour Remaides Québec, par le RAAC sida (1) pour Remaides France et par le Groupe Sida Genève pour Remaides Suisse.



Comment les décisions sont-elles prises et par qui ?


Les décisions sur le contenu de Remaides (dossiers, témoignages …) sont prises par le comité de rédaction. Le comité de rédaction de la partie commune est composé par les personnes qui travaillent actuellement sur la version de Remaides que nous connaissons. Pour la nouvelle version, il s’ouvrira en plus à des partenaires suisses, québécois ou des membres du RAAC .
Pour le cahier central, chaque édition à son propre comité de rédaction organisé par l’association qui le gère. Cette nouvelle organisation permet d’ouvrir Remaides et d’aborder ce que vivent les gens dans différents contextes. En effet, le système de santé, la législation, l’actualité de chaque zone géographie présentent des similitudes et parfois des différences.



Pour Remaides France, le carnet central sera réalisé par le RAAC sida. Si je suis une femme d’origine africaine et que je souhaite témoigner, ce sera forcément dans cette partie ?


Non, les carnets n’ont pas pour but d’enfermer et de cloisonner, au contraire. Une femme africaine peut témoigner dans la partie commune comme dans le cahier central, cela dépendra du contenu du témoignage. Si je suis, par exemple, une femme africaine et que je souhaite témoigner sur un problème lié au droit français (ex. : AME), ce sera plutôt dans le cahier central de Remaides France car ça intéressera davantage les lecteurs en France. Mais si je souhaite témoigner sur mon désir d’enfant, ce sera plutôt dans la partie commune car ce sujet intéressera les femmes qu’elles soient suisses, françaises ou québécoises.



Comment témoigner à Remaides ?


Il y a trois façons de recueillir des témoignages : soit on reçoit des témoignage spontanés (déjà écrits), soit on reçoit des propositions de témoignage (la personne souhaite témoigner sur quelque chose mais ne sait pas trop comment s’y prendre), soit le comité de rédaction décide de travailler sur un dossier et lance des appels à témoignages (par l’intermédiaire d'une délégation de AIDES ou d'une association partenaire par exemple).
1) Les témoignages déjà écrits : Ce sont souvent des personnes qui veulent témoigner de leur vécu (ex. : mes relations avec mes enfants) ou qui réagissent à des circonstances particulières (ex.: un problème avec un médecin). Elles ont réfléchi à leur témoignage et on élaboré leur texte.
2) les propositions de témoignages (ou les appels à témoignage) : je contacte la personne pour discuter plus en détails de son témoignage, répondre à ses questions, expliquer comment ça se passe. Elle peut ensuite décider d’écrire son témoignage elle-même ou d’être interviewée. L’interview, selon le souhait de la personne et la distance géographique, peut se faire par téléphone ou de visu.



Qu’est ce que devient mon témoignage une fois envoyé ?


Tous les témoignages reçus sont transmis à la commission témoignage de Remaides (il y en a une pour la partie commune, et une pour chaque carnet spécifique). La commission se détermine en fonction de plusieurs  critères : Quel est le type de témoignage (témoignage pour un dossier, vécu, témoignage spécifique à un pays) ? Est-ce que le thème proposé est pertinent (en lien avec les préoccupations des personnes qui lisent Remaides) ? Est-ce qu’il y a un problème dans le texte (est-ce que les informations, scientifiques par exemple, sont exactes ? Est-ce que la longueur du texte convient ?) etc. La commission se prononce ensuite sur le témoignage : soit elle donne son accord, soit elle émet des réserves (ex : il y a des passages peu compréhensibles qu’il faudrait retravailler), soit elle refuse. Il n’y a pas de censure, je contacte toujours la personne pour lui dire si le témoignage est accepté ou non et les raisons de ce choix. Si il y a des réserves, je lui explique pourquoi et lui propose des modifications ou des coupes. La personne est libre d’accepter ou non (sans accord, un témoignage n'est jamais publié). En aucun cas le témoignage sera modifié sans l’accord de la personne.



Est-ce que cela veut dire que je garde une réelle maîtrise sur mon témoignage ? Quelles sont les garanties ?


Oui, la personne reste maître de son témoignage du début à la fin. Elle écrit son témoignage avec ses mots, nous respectons cela. La version définitive du texte (que le texte ait été modifié avec la personne ou soit accepté tel quel) est toujours adressé à la personne. Elle peut donc relire son texte avant qu’il soit publié et prendre un temps de réflexion. Si elle s’aperçoit qu’elle est allée trop loin, qu’à la réflexion ce n’était pas tout à fait ce qu’elle voulait dire, elle peut faire des changements ou même revenir sur sa décision de publier son témoignage et retirer son témoignage. Parfois,  les circonstances de vie changent ou on peut se sentir libéré d’avoir écrit son témoignage sans pour autant vouloir aller plus loin.
Remaides à également vocation à être diffusé sur internet. Cela peut se faire de deux façons :

1) le journal est téléchargeable sur le site de AIDES,

2) certains dossiers ou témoignages pourront être diffusés sur Seronet (2) . Dans ce cas, la parution sur un site Internet entraîne une diffusion plus large du témoignage. On re-contacte donc la personne pour lui demander son accord pour passer d’une diffusion papier (Remaides) à une diffusion électronique (Seronet).



Est-ce que je peux témoigner de façon anonyme ?


Oui. Dans Remaides, c’est la personne qui fixe les règles selon le niveau de confidentialité qui lui convient et dont elle a besoin. Elle peut témoigner à visage découvert avec sa photo ou témoigner sans photo. Elle peut également changer son prénom, sa ville de résidence ou son pays d’origine pour ne pas être reconnue.



Pourquoi le témoignage a-t-il une grande place dans Remaides ?


Remaides est le seul journal sur le VIH/sida qui accorde une place aussi importante à la parole des personnes touchées. Nous faisons notre possible pour offrir un vrai espace d’expression et de liberté car les médias généralistes accordent très peu de place aux personnes touchées par le VIH/sida (à l'exception du 1er décembre). Ce qui entraîne une méconnaissance de la vie avec le VIH dans les aspects les plus quotidiens. C’est une chose d’informer sur des projets de réformes par exemple (AME), c’en est une autre de demander aux personnes quelles seraient les conséquences pour elles si elles devaient payer pour bénéficier de l'AME. C’est le témoignage qui donne cette dimension, cette force. Qui dit espace d’expression dit aussi espace de mobilisation ! Il faut donner la parole aux personnes sur ce qu’elles vivent et subissent car c’est à partir de cette parole, de ces expériences que l’on pourra avancer, revendiquer et amener du changement. N’oublions pas que Remaides est aussi lu par des professionnels de santé, des décideurs !



En quoi le témoignage est important pour les lecteurs ?


Le témoignage peut servir à dénoncer des situations, à alerter sur des dysfonctionnements, mais il peut aussi apporter quelque chose de très positif aux personnes qui le lisent. Il peut redonner espoir, donner envie de se battre, de se mobiliser. Le témoignage d’une mère séropositive et de sa fille dans un des derniers numéros a été un moment très fort en émotions. Il montre que dans les familles, il peut se passer des choses très intéressantes. 
Dans Remaides, nous veillons à ce que les témoignages soient le récit d’une expérience. Nous sommes très attentifs à ce qu’il n’y ait pas une dimension de "donneur de leçon " (« Je fais comme ça, vous devriez faire pareil ", "Pour moi tout se passe bien, c’est pas normal si pour vous ce n’est pas le cas "). Le témoignage se fait toujours à la première personne dans un esprit de partage.



Pourquoi est-ce important de témoigner quand on est une femme ?


Je disais tout à l’heure que les médias accordent très peu de place aux personnes touchées par le VIH/sida, ce qui entraîne une méconnaissance de la vie avec le VIH dans les aspects les plus quotidiens. C’est particulièrement vrai pour les femmes, et encore plus pour les femmes immigrées. Pour que la réalité vécue par les femmes soit prise en compte, il faut qu’elle soit dite et relayée. C’est important de dire, mais ça l’est aussi d’être entendu. Faire entendre, c’est là le rôle du journal. Témoigner est parfois difficile jamais anodin, mais les femmes font souvent preuve de beaucoup de courage. Aux Etats Généraux Migrants et VIH par exemple, elles étaient nombreuses à témoigner de façon très volontaire.

 

[1] Réseau des Associations Africaines et Caribéennes agissant dans la lutte contre le sida en France.

[1] Seronet est un site d'information et un espace d'échange, de soutien et de rencontre, destiné principalement aux personnes séropositives au VIH et aux hépatites. Seronet est animé par AIDES et la COCQ-Sida.


Si vous voulez témoigner de votre vécu, n’hésitez pas à contacter Jean-François Laforgerie (jlaforgerie@aides.org, tél. : 01 41 83 46 12).

 

Propos recueillis par Aurélie Verny, chargée de mission Femmes chez AIDES