Les réponses des candidat(e)s à nos revendications
Fin janvier, AIDES a fait parvenir aux candidat(e)s à l’élection présidentielle une plate-forme de revendications. Toutes et tous ont répondu. A quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle, voici pour mémoire une synthèse des réponses.
Les candidat(e)s et leur équipe n’ont pas accordé la même importance à notre plate-forme de revendications. D. Voynet, O. Besancenot, M-G. Buffet et Ségolène Royal sont celles et ceux dont les réponses sont les plus fournies, les plus argumentées.
L’obtention des réponses de Nicolas Sarkozy a été difficile. Elle est par ailleurs probablement le fruit de la pression exercée par le visuel de Nicolas Sarkozy sur lequel était écrit «voteriez-vous pour moi même si j’en ai rien à cirer du sida». Dès que les réponses du candidat de l’UMP nous sont parvenues, nous avons retiré le visuel de la page d’accueil de notre site internet. En raison des difficultés que nous avons eu à obtenir ces réponses et des désaccords qu’elles expriment avec nos revendications, il a été décidé de publier sur notre site internet un commentaire, le 29 mars.
Pour commencer, il faut souligner l’accord global exprimé par les candidats et candidates que l’on peut situer à la gauche du PS. D. Voynet, O. Besancenot, M-G. Buffet, Arlette Laguiller et J. Bové, dans une moindre mesure, se sont exprimés de manière positive sur chacune de nos propositions. Les trois premiers l’ont fait longuement et de manière souvent argumentée. Chez les quatre premiers responsables politiques émergent uniquement des doutes sur l’efficacité de certaines de nos revendications (extension de la loi de 1987, priorité donné aux personnes atteintes d’une ALD dans l’accès aux logements sociaux) et une volonté d’aller encore plus loin si l’on peut dire. Par exemple, si ils/elles soutiennent la disparition de l’AME au profit de la CMU, ils/elles revendiquent une couverture médicale « réellement universelle ».
Avec les candidats et la candidate ayant des chances sérieuses d’accéder à la présidence, nous ne sommes plus vraiment en osmose, ni en opposition frontale d’ailleurs.
Si François Bayrou n’a pas trouvé le temps de nous rencontrer, il a, comme Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy, pris celui de répondre à nos revendications.
A la lecture de leurs réponses respectives, un constat s’impose : Les divergences ne sont pas systématiques entre la candidate du Parti socialiste et de celui de l’UMP.
Seul le thème « Pour une véritable égalité des droits » a en fait généré des réponses fortement divergentes. Ségolène Royal se prononce en faveur du mariage entre personnes de même sexe et de l’adoption plénière par les couples de même sexe. Nicolas Sarkozy garde lui le cap sur son « union civile », qu’il présente comme un « dispositif juridique signé en mairie », et rejette la proposition de l’adoption plénière. Selon lui, « la famille s’organise autour d’un père et d’une mère ». Il reconnaît quand même que « dans la réalité, nombre de couples homosexuels élèvent des enfants [et qu’]ils le font ni mieux, ni moins bien que des couples hétérosexuels ». Alors, dans sa grande générosité, il propose de créer « un statut de beau-parent qui concernerait les familles homoparentales comme recomposées ». F. Bayrou dit à peu près la même chose. Il se prononce cependant « pour l’adoption simple par le parent non biologique ».
Sur les cinq autres chantiers qui structurent notre plate-forme, les deux « principaux » candidats se retrouvent régulièrement, du moins nous semble-t-il, puisque parfois des tournures de phrase génèrent une certaine ambiguïté sur le sens de la réponse. Ainsi en est-il de la question sur la mise en place de programmes d’échange de seringues (PES) dans les prisons. N. Sarkozy dit non, mais renvoie « aux ministres concernés, si je suis élu, [le soin] de prendre les décisions adéquates en la matière », tandis que S. Royal affirme que « l’ensemble des dispositifs de nature à participer [à une véritable politique de santé publique] seront étudiés avec attention pour y être mis en oeuvre dans de bonnes conditions »… Notons par ailleurs que la réponses de S. Royal - reçue le 22 mars - est en retrait par rapport à ce qu’elle avait dit à Christian Saout lors de la rencontre du 14 mars entre la candidate du PS et les associations de lutte contre le sida (un accord clair). Difficile dès lors de savoir si S. Royal permettra réellement aux PES de se développer en prison et si N. Sarkozy les empêchera.
Continuons sur le chantier « Pour une vraie politique de réduction des risques en prison ». En matière de condition carcérale, on sent chez S. Royal - mais cela reste très subjectif – une réelle envie d’améliorer la situation. Pour ce qui est de notre deuxième revendication, à nouveau, S. Royal et N. Sarkozy se retrouvent plus ou moins. Chacun est favorable « à ce que les traitements de substitution qui ont fait leurs preuves soient identiques à ceux disponibles à l’extérieur de la prison » (réponse de Ségolène Royal). Une nuance cependant, puisque Nicolas Sarkozy « crois qu’ils le sont ». F. Bayrou ne s’est exprimé sur aucune des deux mesures préconisées par AIDES.
Concernant le thème « Pour l’égalité des chances face à la prise en charge de la maladie » et les trois revendications qui y sont liées.
N. Sarkozy, S. Royal et F. Bayrou refusent que l’aide médicale d’Etat (AME) soit remplacée par la couverture maladie universelle (CMU). La candidate du PS s’engage cependant à rétablir «les moyens supprimés par la droite pour les soins aux étrangers en situation irrégulière». Au sujet de notre demande que soit respecté le droit au séjour et au travail pour les personnes séropositives originaires de pays en développement, on ne constate pas d’opposition majeure entre N. Sarkozy, F. Bayrou et S. Royal ; et c’est un euphémisme. Pour ce qui est de mettre un terme à l’arbitraire des préfectures en matière de procédures du droit au séjour, S. Royal affirme que « les critères [reste à les définir !] devront être clairs, lisibles, et également appliqués sur tout le territoire ». N. Sarkozy, lui, n’évoque pas cette question.
Autre chantier, « Pour une lutte mondiale contre le sida à la hauteur des enjeux ». Nicolas Sarkozy n’est à ce sujet guère loquace. Il marque néanmoins son soutien à nos deux dernières revendications : maintien de la taxe sur les billets d’avion et augmentation de la part de l’APD consacrée à la santé. Il en va de même pour S. Royal.
Cette dernière semble par ailleurs partager notre souhait d’une « une augmentation du volume financier global destiné à la lutte contre le sida, avec une place prépondérante pour le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ». Pour ce qui est de N. Sarkozy, ne pratiquant guère la langue UMP, nous sommes malheureusement dans l’incapacité de savoir à combien de millions supplémentaires il faut chiffrer le « Je resterai fidèle aux principes qui ont guidé l’action de la France en la matière ».
A nouveau, F. Bayrou n’exprime pas directement son point de vue concernant nos revendications. On croit comprendre qu’il n’est pas opposé à une augmentation du volume financier global et à la taxe sur les billets d’avions.
Avant-dernier chantier, « Pour des conditions de vie décentes ». Concernant la revalorisation de l’allocation adulte handicapé à hauteur du Smic, l’analyse des réponses est là encore difficile. S. Royal semble plus en phase avec notre proposition, mais elle n’évoque qu’ « un rapprochement progressif de cette allocation avec le SMIC ». Que signifie « rapprochement » et combien de temps se cache derrière « progressif » ? Quant à N. Sarkozy, s’il exclut d’entrée une assimilation du Smic et de l’AAH, il s’engage à « réévaluer l’AAH de 25% », ce qui la porterait à environ 760 euros. On est encore loin d’un revenu décent, mais si cette réévaluation était immédiate et sans palier (ce dont nous doutons), elle constituerait une très bonne nouvelle pour les bénéficiaires. F. Bayrou évoque une « revalorisation » de l’AHH, sans préciser quoi que ce soit « parce qu’une promesse non tenue est une source supplémentaire de désespoir ».
La candidate du PS et celui de l’UMP s’entendent sur notre deuxième revendication et ne s’engagent pas clairement à « donner la priorité aux foyers comprenant une personne atteinte d’une maladie figurant dans la liste des affections de longue durée (ALD) dans l’accès aux logements sociaux ». Leurs propositions dans ce domaine ne relèvent pas du même ordre. N. Sarkozy préfère « supprimer certaines exigences des bailleurs envers les locataires, obligation de caution et dépôt de garantie, en échange d’une sécurisation du marché locatif », alors que S. Royal propose « la construction de 120 000 logements sociaux par an et le respect de la loi SRU par toutes les communes ». On se doute que l’ancien maire de Neuilly ne partage pas cette dernière proposition, mais cela est une autre histoire. F. Bayrou parle bien du droit au logement, mais il a oublié les personnes atteintes d’une ALD et les mesures qu’il prendrait pour leur permettre d’accéder aux logements sociaux.
Dernière de nos revendications de ce chantier, « Etendre la loi de 1987 sur l’obligation d’emploi des personnes handicapées aux personnes souffrant d’affections de longue durée (ALD) ». Là encore, S. Royal et N. Sarkozy s’y montrent opposés. Loin d’eux évidemment de nier le droit au travail des personnes souffrant d’une ALD, mais les deux candidats préconisent d’autres mesures, sur lesquelles seul N. Sarkozy s’étend quelque peu. F. Bayrou semble lui favorable à notre proposition.
Nous avons gardé le dernier chantier pour la fin, puisqu’il est celui du consensus global. Tou(te)s les candidat(e)s qui ont bien voulu se prononcer sur notre plate-forme de revendications soutiennent en effet les revendications du chantier « Pour une prévention adaptée aux femmes ».
Les réponses des candidat(e)s ont donc été parfois difficile à obtenir, mais elles nous éclairent sur les projets de celles et ceux qui seront amené(e)s prochainement à gouverner ou à être des personnages essentiels de l’opposition. Ces réponses seront un outil de levier important pour notre travail de plaidoyer à venir.







