José Bové

Thomas Jouanneau / Corbis / ©TBWA\Paris
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Les réponses de José Bové à nos revendications



Pour une lutte mondiale contre le sida à la hauteur des enjeux !


Même s’ils ont augmenté ces dernières années, les moyens mobilisés par la communauté internationale contre le sida sont notoirement insuffisants par rapport aux besoins. Il est insupportable que 16 000 personnes soient infectées chaque jour alors qu’existent des moyens efficaces de prévention. Il est insupportable que 95 % des malades n’accèdent pas aux traitements, alors que ceux-ci permettent de mettre le virus sous contrôle. Il revient aux Etats et aux organismes internationaux de prendre leurs responsabilités : augmenter le volume financier global, développer la taxe sur les billets d’avion, augmenter l’aide publique au développement, comme vous le proposez. La France s’honorerait à augmenter significativement son engagement, notamment dans le cadre du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Mais il faut aller plus loin. On ne peut ignorer que la cartographie de l’épidémie recouvre celle des inégalités mondiales. La lutte contre le sida et le combat contre la mondialisation capitaliste sont étroitement liés. Il faut obtenir l’instauration d’une responsabilité sociale de l’industrie pharmaceutique, qui ne peut continuer à dicter ses conditions au monde entier. Concrètement, il s’agit d’obtenir une baisse substantielle des prix des traitements et de généraliser le recours aux médicaments génériques. Il est scandaleux que des Etats qui souhaitent mettre en œuvre des politiques d’accès aux traitements soient entravés par le marché.
Plus largement, c’est bien sûr la question du développement des pays du Sud qui est posée.

Le grand défi planétaire est l’instauration de services publics de santé accessibles à tous et la création simultanée de système de protection sociale. En effet, si l’initiative privée doit être soutenue, nous savons d’une part qu’elle ne répond jamais à la hauteur des besoins, d’autre part qu’elle est souvent inégalitaire.
La démonstration a été faite qu’une action de terrain dotée des moyens nécessaires est efficace, avec dans certaines régions du monde des baisses importantes de la prévalence. Il n’y a aucune excuse : la mobilisation doit changer d’échelle et viser à stopper l’épidémie.

Cela passe aussi par une action très forte contre les discriminations et pour marginaliser les attitudes irresponsables qui font le jeu de l’épidémie.
Enfin, même si la recherche vaccinales connaît de réelles difficultés, il convient d’anticiper sur les conditions de sa production, sur son coût et sa diffusion. Il est insupportable que s’ajoute au caractère inégalitaire de l’épidémie une inégalité face aux moyens de s’en prémunir.


Pour une vraie politique de réduction des risques en prison !


Votre question me conduit à évoquer plusieurs enjeux. Premièrement, les usagers de drogue n’ont pas leur place en prison au motif qu’ils consomment des drogues. La loi de 1970 doit être remplacée et la dépénalisation de l’usage de drogues décidée.  Pour la remplacer, il faut deux lois : l’une en faveur de l’éducation et de la prévention ; l’autre qui concerne strictement la répression des trafics, dans l’attente que le nécessaire débat sur la prohibition ait lieu. Deuxièmement, il faut promouvoir tous les outils de prévention – y compris bien sûr la mise à disposition de seringues - et d’accompagnement. La réduction des risques a été efficace pour réduire fortement l’incidence du sida parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse : j’y ai toujours été et j’y suis totalement favorable. Concernant les traitements de substitution, je suis favorable à leur mise à disposition en prison. Il n’y a aucune raison que la palette des traitements disponibles en milieu carcéral soit différente de celle existant en milieu libre. Dans le même temps, la « médicalisation de l’existence », cette tendance à médicaliser les problèmes sociaux et à les gérer par le recours à des produits, doit nous interroger.

 


Pour une prévention adaptée aux femmes !


Comme vous le proposez, la promotion de la diffusion du préservatif féminin est indispensable. Cela suppose une forte diminution de son prix et un accompagnement pédagogique pour faciliter son appropriation, le développement de la prévention. Un tel effort est à concevoir en articulation avec le combat féministe, car il s’agit non seulement d’élargir la palette des moyens de prévention mais bien d’un enjeu d’émancipation. 
Permettez moi une réflexion connexe. Il est urgent que l’Etat prenne l’initiative de relancer une politique de prévention digne de ce nom, bien au-delà des campagnes ponctuelles de communication. La conception même de la prévention pose question : s’agit-il d’une prévention éducative, permettant à chacun de faire ses choix, ou s’agit-il d’une prévention fondée sur la culpabilisation et la normalisation ?
Le soutien aux acteurs, associations et professionnels, est décisif : ce sont eux qui sont les plus proches des personnes. La prévention n’est pas qu’une question d’outils, même si la recherche sur de nouveaux outils de prévention doit bien sûr être développée : c’est une affaire de relation, de confiance, de renforcement des capacités de chacun à se prémunir.


Pour une véritable égalité des droits !


Comme j’ai eu déjà l’occasion de le souligner, je suis favorable au mariage homosexuel et à l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels.


Pour des conditions de vie décentes !


En France aussi, le visage de l’épidémie recouvre largement celui des inégalités sociales : les populations précaires, particulièrement les femmes d’origine migrante, sont à la fois les plus proches des risques et les plus éloignés du soin. Il faut donc, à côté des dispositifs qui s’adressent à toute la population, des dispositifs spécifiques.  Evidemment, la revalorisation des prestations d’aide sociale, le développement des services d’aide aux personnes sont indispensables. Cependant, il faut plus largement une politique économique et sociale qui permettent aux gens de sortir de la misère et de la précarité, et non se contenter de mesure d’accompagnement des difficultés.
D’autre part, il importe de défendre la sécurité sociale et de renforcer l’accès aux soins. Ce sont les besoins de santé qui doivent orienter les politiques publiques. Dans ce cadre, il faut être constamment vigilant concernant le maintien de la prise en charge à 100 %, voire son élargissement.
Les conditions d’attribution des aides et des prestations doivent être élargies. Par exemple, en contradiction avec les annonces gouvernementales et avec la priorité affichée par Jacques Chirac au début de son mandat, les conditions d’attribution à la nouvelle prestation de compensation du handicap sont très restrictives.
Enfin, les associations et les professionnels continuent de dénoncer de nombreux cas de discrimination. Les formes d’exclusion des malades persistent. Il est de la responsabilité de l’Etat de soutenir la mobilisation des forces vives de la nation pour combattre ces discriminations : là aussi, il s’agit d’une question de cohésion et de solidarité nationales. La lutte contre les discriminations à l’embauche, au travail et pour l’accès au logement  constituent des enjeux essentiels, face auxquels les pouvoirs publics ont un rôle essentiel.