Expo / Jean-Benoit-Olivier
©Joëlle Dollé
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Regard à trois



Interview de Joëlle Dollé



Une participation à un concours de photos… Tel est le déclic de la formidable série d'images que la photographe Joëlle Dollé a consacré à la façon dont séropositifs et séronégatifs se voient. Une série, sobre, élégante, émouvante, qui amène chacun d'entre nous à s'interroger. Un pari que Joëlle Dollé explique.



 

Comment est née l'idée de cette série d'images ?

 Tout est parti de l'annonce dans une revue professionnelle de photographie d'un concours européen baptisé One vision dont le thème était Regards alternatifs. Il s'agissait de réaliser des images montrant comment "une personne vivant avec le sida voit les personnes séronégatives et vice versa". Je n'avais jusqu'à présent jamais travaillé sur la question du VIH, mais quand j'ai vu ce thème, cette idée du regard alternatif, j'ai pensé que je pouvais apporter quelque chose de nouveau à travers le regard dans le portrait. Cette envie a très rapidement dépassé le simple souhait de participer à un concours.

 

Concrètement, comment l'avez-vous réalisée ?

 Je travaille depuis des années le portrait, dans une approche très frontale, portée sur le regard des personnes que je photographie. Je n'ai pas réfléchi à un concept. L'évidence s'est imposée d'elle-même : présenter sur une même image une personne séropositive et une autre qui ne l'est pas. Chaque personne séropositive était libre de venir poser avec la personne séronégative de son choix : famille, ami, collègue… Il existe quelque chose entre elles que j'espérais pouvoir montrer par l'image, mais je ne savais pas quoi. Il y avait aussi cette idée qu'il doit être très dur de vivre en se cachant pour se protéger. Se cacher, c'est, parce qu'on y est contraint, se couper des autres, s'isoler, se dissocier. Le pari, c'était de montrer par les images que les personnes séropositives sont d'abord des personnes comme tout le monde. Je me suis donc lancée en appelant les associations de lutte contre le sida, en parlant de ce projet à des proches, puis, de contact en contact, des personnes qui souhaitaient poser m'ont appelé.

 

La force de vos images, c'est qu'elles interrogent chacun d'entre nous sur sa perception des séropositifs, sur ce qu'il croit savoir d'eux…

Pour moi, il s'agissait d'un regard à trois. Ce que j'aime dans le portrait frontal, c'est qu'il s'adresse à celui qui regarde l'image. Tout passe par le regard. Le spectateur est aussi interpellé par la légende qui accompagne chaque photo et qui participe au message, avec les prénoms, l'activité de chacun et cette affirmation : l'un des deux est séropositif. Le spectateur croît savoir qui est concerné, il imagine avoir deviné, il se trompe peut-être. Et puis, dans le fond, quelle importance cela a de savoir qui est séropositif ? Qu'est-ce que ça change ? Et si cela change quelque chose pour lui, pourquoi ?

 

Comment cette série qui est maintenant une exposition a-t-elle été accueillie ?

Dès le lancement du projet, l'accueil a été bon. Cette idée a plu. Les participants à la série ont été touchés par les images et par la façon dont les séances de prises de vue ont été réalisées. Lorsque l'exposition a été présentée lors du dernier congrès de AIDES, les échos ont été très bons. J'ai senti que ces images suscitaient des coups de cœur et beaucoup d'émotion. Je pense que ces portraits touchent.

 


Propos recueillis par Jean-François Laforgerie



Pour découvrir la série et le travail de Joëlle Dollé : www.joelledolle.fr. Cette série d'images est aussi visible sur www.aides.org