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AIDES est en deuil



Décès d'Arnaud Marty-Lavauzelle



La lutte contre le sida a perdu l’un de ses plus ardents militants : Arnaud Marty-Lavauzelle est décédé mardi 13 février à Paris. Il avait 61 ans. ses funérailles ont eu lieu ce vendredi. Les militants de AIDES et de la lutte contre le sida éprouvent une grande tristesse au décès d’Arnaud Marty-Lavauzelle et n’oublieront pas son formidable héritage.








Docteur en médecine depuis 1973, il était praticien hospitalier et thérapeute familial. Il s’est particulièrement intéressé aux liens entre la psychiatrie et les maladies somatiques. Il est l’auteur de travaux de recherches sur la place du suicide dans la dynamique familiale, et les familles de toxicomanes.

Arnaud Marty-Lavauzelle est un militant de la première heure. Il débute son long combat contre le sida en même temps que son combat contre « son sida », en rejoignant AIDES Ile de France dès 1987. Son engagement pugnace, sa force de conviction et son inaltérable désir de vie le mènent à la présidence de AIDES en 1991. « Je ne peux pas réclamer qu’il y ait des personnes visibles, désapprouver le manque de courage et de visibilité des personnes qui combattent dans le champ de l’épidémie et me taire : vous avez donc un Président malade du sida », lançait Arnaud lors des Assises de AIDES en 1993. Il incarnera alors mieux que personne la parole des séropositifs en France.

Il restera à la tête de la principale association française de lutte contre le sida durant 8 ans. Sous sa présidence, il traversera les « années de cendre » de l’épidémie en France, l’espoir des premiers traitements, et le combat acharné contre les discriminations dont sont victimes les malades du sida.

Ses prédispositions à mobiliser les énergies et sa forte capacité d’adaptation lui permettront d’appréhender les grandes évolutions de l’épidémie et d’entraîner l’association vers de nouvelles batailles. En passant de la période de « l’accompagnement à la mort » des malades vers un « mieux vivre avec le virus » après l’arrivée des traitements ; en initiant rapidement un programme de soutien aux acteurs de la lutte contre le sida en Afrique.

Membre de l’ONUSIDA, membre fondateur d’Ensemble contre le Sida (devenu Sidaction), il s’engagera avec force sur tous les fronts de l’épidémie : de l’expérimentation à la promotion de la réduction des risques auprès des usagers de drogues, de la mobilisation à la reconnaissance sociale des homosexuels, de l’accès aux soins pour tous en France à un accès aux traitements pour tous dans les Pays du Sud.

Un engagement sans failles qui n’épargnait pas les susceptibilités, même au sein de l’association qu’il présidait : « En revanche, là où vous avez complètement perdu la tête, c’est que vous ne vous intéressez pas et vous n’avez pas suffisamment confiance par rapport à l’engagement dans le soin », assénait-il devant les volontaires de AIDES dès 1993.

Sans complaisance donc, car exigeant avec lui comme avec ces compagnons de lutte. Parce que conscient des enjeux vitaux de cette mobilisation autour d’un accès universel aux soins, une meilleure intégration des personnes séropositives dans la société, un respect sans conditions des droits des malades, au Nord comme au Sud.

Au début des années 2000, Arnaud Marty-Lavauzelle poursuivit son inlassable combat contre l’épidémie au sein d’organisations internationales comme AIDS ETI ou en tant que référent sur les questions internationales à la Mairie de Paris.

« L’Homme qui tutoie la mort », comme l’écrivait Eric Favereau dans Libération, vient de nous quitter. Acteurs de la lutte contre le sida, nous n’oublierons pas son immense apport et la conclusion d’un de ses discours à Marseille, en 1995 : « J’ai beaucoup de mal à conclure, à vous quitter, mais je crois que tous ensemble nous avons adopté une formule de guerre : il faut tuer le sida ! ».

Ce vendredi, amis, proches, partenaires et anonymes se sont réunis en l'église Notre Dame des Blancs Manteaux à Paris pour lui rendre hommage. Lors de cette cérémonie d'adieu, Bertrand Delanoë a rappelé tout ce que Paris, ville tellement concernée par le sida, lui doit.

Nombreux sont les témoignages et les hommages reçus à l'association. En voici quelques extraits :

Jacques Chirac, président de la République française :
C'est avec une grande émotion que j'ai appris la disparition du Docteur Arnaud MARTY-LAVAUZELLE. Je veux vous faire part de ma grande peine et vous dire, ainsi qu'à l'ensemble des permanents, des bénévoles et des volontaires de l'association AIDES, toute ma solidarité dans cette douloureuse épreuve.
La France vient de perdre l'une de ses figures emblématiques de la lutte contre le sida. Militant exigeant et passionné, Arnaud MARTY-LAVAUZELLE restera dans nos mémoires comme un homme de cœur, courageux face à la maladie, si attaché à défendre les valeurs de tolérance, de solidarité et de respect. J'avais pour lui une très profonde estime.
A la tête de votre association de 1991 à 1998, il aura réussi à mobiliser les énergies et à tracer la voie de l'indispensable prise de conscience de notre société. Son action, à vos côtés, pour la dignité et les droits des malades, aura été déterminante. 
Membre de l’ONUSIDA, il aura fait honneur à la France en défendant sans relâche l'accès aux traitements pour tous, et notamment dans les pays du Sud.
Sa disparition vient cruellement nous rappeler que nous n'en avons pas fini avec le SIDA, et que la lutte contre la maladie nécessite plus que jamais l'engagement de tous. A l'ensemble de l'association AIDES, à tous ceux qui ont repris le flambeau de la mobilisation comme de l'accompagnement et du soutien aux personnes malades, j'exprime aujourd'hui toute ma reconnaissance ainsi que ma profonde sympathie."


Xavier Bertrand, ministre de la Santé :  "grande figure de la lutte contre le sida". Il a été "une figure de proue, une figure marquante, une figure déterminante de la lutte contre les discriminations envers les personnes séropositives. Son témoignage de courage, de force, de vie, son combat pour une vie normale, pour l'évolution des comportements et des regards resteront dans nos mémoires".

François Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste : "Si, dans notre pays, une politique de prévention mobilisant les citoyens et les pouvoirs publics a pu voir le jour, c'est en grande partie grâce à lui (...) parce qu'au-delà du combat contre la maladie, son action a toujours été portée autour du droit à la dignité des malades, au respect et au refus des discriminations qui les touchent trop souvent. "

Professeur Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme : "C'était un homme merveilleux qui nous aura si souvent montré le chemin. J'éprouve une grande tristesse en apprenant cette nouvelle."

Professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS (Agence Nationale de Recherches sur le Sida et les Hépatites Virales) : "C'était un homme engagé, exigeant et passionné qui va manquer à l'ensemble de la communauté."
Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d'Ile-de-France : "Je garde en mémoire le souvenir d’un homme entier, dévoué sans ménagement à la cause qu’il défendait à vos côtés. Arnaud Marty-Lavauzelle a fait de la lutte contre le sida un engagement sans complaisance."

Jean-Jack Queyranne, président du Conseil régional Rhône Alpes: " (...) artisan inlassable de la lutte contre les discriminations des malades du sida . Je garderais de lui le souvenir d'un homme généreux, pugnace dans le combat qu'il menait et d'une profonde sensibilité."
Jean-Marie Le Guen, député de Paris : "C'est avec tristesse que j'ai appris le décès d'Arnaud Marty-Lavauzelle. Je (vous) fais part de mon émotion et de ma solidarité."

Bertrand Delanoë, maire de Paris: "Homme d’une grande pugnacité, médecin psychiatre, militant pionnier et exemplaire de la lutte contre le sida. (...) Son courage dans la lutte contre la maladie qui l'avait terriblement affectée ces dernières années a été exemplaire. Il était enfin un militant déterminé de l’égalité des droits des homosexuels, ayant plusieurs années avant contribué à inspirer la loi sur le Pacs, adoptée en 1999."

Hélène Mandroux, maire de Montpellier : "Sa ténacité, son courage et sa clairvoyance ont été un moteur important dans la lutte contre le sida, l’intégration et le respect des personnes concernées par le VIH."

Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture : "Mes pensées vont particulièrement à vous tous, les combattants inlassables de la lutte contre le sida, au président de AIDES et à la manière dont vous avez su garder et amplifier l'exigence voulue et incarnée par Arnaud pendant de nombreuses années."

Alain Lhostis, adjoint au maire de Paris chargé de la santé : "Son combat pour la reconnaissance sociale du sida a contribué de manière décisive à faire reculer la stigmatisation et les discriminations à l'endroit des personnes infectées par le Vih. L'engagement d'Arnaud Marty-Lavauzelle a été de ceux qui tracent un chemin, qui montrent l'exemple."

Hervé Aeschbach, coordinateur de Figt Aids Monaco : "Comme beaucoup de militants, Arnaud m'a marqué pour son enthousiasme et ses convictions. Je me sens privilégié de l'avoir rencontré et je garde en mémoire ces temps forts que furent les assises, entre autres ce temps intense d'émotion où il a parlé de lui et de sa séropositivité."

Etienne Matter, Asud (Auto-support des usagers de drogues) : "C'était un homme à la fois très chaleureux, très cultivé, mais avec qui on allait vite à l'essentiel. Il osait et ça changeait."
Didier Arthaud, président de BASILIADE : "Arnaud fait pour moi partie des plus grandes figures emblématiques et charismatiques de notre temps, combattant de la première heure dans la lutte contre le SIDA, pionnier et précurseur dans tant de domaines liés au respect et à la dignité des personnes touchées, aux soins, aux droits..."
François Bissuel, association Blue Moon :"Nous avons tous été terriblement choqués en apprenant le décès d'Arnaud Marty-Lavauzelle. Nous pensons à lui, à ses proches et à vous tous de AIDES."

Extraits du communiqué de presse d'Act-Up: "Son inlassable engagement a beaucoup contribué à l’avancée de nos luttes communes, en particulier dans la prise en compte des questions liées à l’épidémie de sida par la société et par les politiques.(...) La disparition d’Arnaud, qui nous affecte profondément, vient une nouvelle fois rappeler qu’aujourd’hui, malgré les avancées thérapeutiques majeures de ces dernières années, les séropositifs et les malades meurent du sida."


Lire l'article d'Eric Favereau paru dans Libération du 14 février 2007 : "Le sida a vaincu son infatiguable combattant"

Lire l'article de Jean-Yves Nau paru dans Le Monde du 14 février 2007

Lire l'article paru dans Le Figaro du 14 février 2007

Lire l'article paru dans Illico du 14 février 2007