(interview) Philippe Poutou : "Le VIH est une maladie politique"
13/02/2012
Candidat du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) à l’élection présidentielle 2012, Philippe Poutou a accepté de parler de sujets sur lesquels on l’a, jusqu’à présent, peu entendu : lutte contre le sida, financement de la santé, loi sur le médicament, sérophobie, légalisation des drogues, pénalisation, prostitution, etc. Il détaille, dans une interview à Seronet, ses idées, sa vision de la société, son projet sur la santé et plus spécifiquement les solutions à mettre en place dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida et les hépatites.
Cela ne sera sans doute pas une surprise, mais le candidat du NPA dénonce les mesures "iniques" (réforme de l’AME ou du droit au séjour pour soins) qui "privent de soins de nombreux étrangers (...) L’accès aux soins doit être un droit inaliénable et sans discrimination. Je refuse la Sécurité sociale à plusieurs étages. Des secteurs entiers de l'économie fonctionnent avec ces travailleurs sans droits, au bénéfice du patronat. Le NPA est présent dans les mobilisations pour l’abrogation de toutes ces mesures, notamment les lois Sarkozy-Besson-Hortefeux qui bafouent les droits de l’homme et sont en contradiction complète avec les libertés démocratiques. Je suis évidemment pour la régularisation de tous les sans-papiers."
Le NPA ne s’engage pas uniquement en faveur des personnes étrangères, il défend une conception assez universaliste : "L’accès aux soins doit être un droit inaliénable et sans discrimination (…) L'accès aux soins doit être gratuit pour toute la population sans exclusive. La couverture doit être universelle, comme cela était programmé… en 1945." Il constate que "25 % de la population renonce à des soins pour des raisons financières" et préconise de supprimer toutes les atteintes au droit à la santé que sont, par exemple, les franchises médicales qui "sont un impôt sur la maladie".
"Le gouvernement a mis en place la loi "Hôpital, Santé, Patients et Territoires" (HPST), outil de la casse programmée du service public de la santé, dans la droite ligne de la tarification à l’acte (T2A), qui rémunère les actes en fonction de leur rentabilité. Les personnes séropositives ou vivant avec le sida sont frappées de plein fouet par ces réformes qui ne visent que le profit à court terme : prise en charge dégradée par le manque de personnel, délais d’attente pour la moindre consultation, fermetures des services, disparition de certains postes et, de manière générale, disparition de la prise en charge spécifique que nécessitent impérativement le VIH et les hépatites. La casse de l'hôpital public va de pair avec celle de la Sécu. L‘objectif est le même : la privatisation, au bénéfice des grands groupes capitalistes qui possèdent les cliniques privées et des assurances privées. Non la santé ne doit pas être une marchandise !" Voilà pour le diagnostic.

Pour le remède, Philippe Poutou préconise des mesures aussi variées que fortes : "La santé ne doit pas être confiée aux intérêts privés : le paiement à l’acte des professionnels libéraux doit être abandonné. Dans les communes et les quartiers, des centres publics de santé pluridisciplinaires, en lien avec le secteur public hospitalier, doivent être créés pour soigner, développer la prévention et l’éducation à la santé." Le service public hospitalier de proximité doit disposer de tous les moyens nécessaires pour accomplir toutes ses missions et les cliniques privées expropriées et intégrées au secteur public. L’industrie pharmaceutique européenne doit être placée sous contrôle public, ainsi que la recherche médicale.
Interrogé sur les programmes d’échanges de seringues en prison, les créations de salles de consommation supervisée, l’accompagnement à l’injection et l’auto-prélèvement chez les personnes usagères de drogues, Philippe Poutou indique que son parti soutient : "totalement" ces mesures. "Le gouvernement a arbitrairement jugé les salles de consommation à moindres risques "ni utiles ni souhaitables" (…) Incapable de renoncer à une approche idéologique destinée à flatter les électeurs les plus réactionnaires, le gouvernement s’obstine dans un obscurantisme primaire, et criminel, en optant encore et toujours pour la répression." Il est "pour l’abrogation de la loi de 1970 et pour la légalisation du cannabis. La prohibition favorise le développement des trafics sans réduire le nombre de consommateurs. Elle est inefficace pour réduire la consommation, elle ne résout aucun problème de santé publique (…) Ne plus faire du consommateur un délinquant est le préalable à toute politique de santé qui vise à réellement aider les gens.
Sur les questions de discrimination, le candidat anticapitaliste a aussi des propositions : "La sérophobie est une discrimination à part entière, au même titre que l'homophobie. La stigmatisation des séropositifs et séropositives fait le jeu de l'épidémie. La question n'est pas de remplir les prisons ou d'accroître le nombre de lois répressives, mais de considérer la sérophobie comme une discrimination."
Très logiquement, le candidat du NPA soutient le principe d’une taxe sur les transactions financières même si "le problème avec cette taxe Robin des bois, c’est qu’elle vise deux lièvres à la fois : d’un côté, les excès de la finance mondiale ; de l’autre, la nécessité de financer au niveau international, la santé, la pauvreté, la lutte contre le sida. Et une taxe à taux réduit est très insuffisante pour casser la spéculation financière qui est une des causes de la crise économique mondiale. Il faudra d’autres mesures : contrôle strict des mouvements de capitaux, socialisation du système bancaire et financier." Lorsqu’on lui demande s’il se sent séroconcerné, Philippe Poutou indique que oui et il rappelle que le "VIH est une maladie politique. Se sentir concerné par le VIH, c'est se sentir concerné par les minorités reléguées au rang de citoyennes de seconde zone. C'est lutter pour toutes ces minorités, contre la répression, l'ordre moral, qui installent la précarité, l'injustice et favorisent l'épidémie."
Crédit photo : Photothèque Rouge/Marc