Enquête Flash PrEP : les données sur la PrEP "sauvage"

Flash PrEP

Enquête Flash PrEP

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PrEP "sauvage" : quelles données ?
Dans les pays où la PrEP n’est pas accessible, on constate que des personnes utilisent déjà des traitements antirétroviraux (TARV) en prophylaxie pré-exposition hors des essais. Ces utilisateurs de PrEP orale dite "sauvage" obtiennent les TARV auprès des personnes séropositives de leur entourage, par des médecins (par le biais d’un traitement d’urgence -TPE) ou encore par des achats sur Internet. Les études portant sur l’intérêt et l’intention des personnes à utiliser une PrEP fournissent souvent des informations sur ces expériences de PrEP "sauvage" et l’ampleur de son utilisation. L’enquête Flash PrEP a, elle aussi, exploré cette question et 136 personnes (4,5 % de l’échantillon total) ont déclaré avoir eu recours à la PrEP "sauvage". 3 000 personnes ont répondu à la question concernant l’utilisation de la PrEP sauvage. 4,5 % (soit 136 personnes) ont "utilisé au moins une fois dans leur vie, un traitement anti-VIH (d’un ami ou d’un partenaire par exemple) afin d’éviter une contamination par le VIH avant un rapport sexuel".

 

Qui sont les utilisateurs de la PrEP "sauvage" ?
Les usagers de PrEP "sauvage" dont on connaît l’orientation sexuelle (132 répondants), sont des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) pour 74,2 % (98 personnes) d’entre eux, des hommes hétéros pour 11,4 % (15 personnes) et des femmes pour 14,4 % (19 personnes). Les HSH sont significativement plus représentés parmi les utilisateurs de PrEP "sauvage" (7,6 % de l’ensemble des répondants HSH ont utilisés la PrEP "sauvage" contre 2,9 % de l’ensemble des hommes hétéros). Par ailleurs, les personnes qui estiment avoir un risque élevé ou très élevé de contamination au VIH ont significativement plus de probabilité d’avoir eu recours à la PrEP "sauvage" (35,9 % des usagers de PrEP "sauvage" ont la perception d’avoir un risque élevé de contamination contre 10,3 % des non usagers).

Quels sont les facteurs associés à la prise de PrEP "sauvage" ?
Des analyses statistiques ont été réalisées afin de connaître les principaux facteurs associés à la prise de PrEP sauvage. Pour cela, les données ont été pondérées afin de limiter les différences entre les répondants selon le mode de passation du questionnaire (Internet ou papier). Une partie des facteurs associés à la prise de PrEP "sauvage" est le fait d’appartenir à une population très exposée au VIH ou se considérer comme tel. 
Les variables qui augmentent significativement la probabilité d’avoir eu recours à la PrEP sauvage sont :

·      être un homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ;

·      être jeune ;

·      s’être injecté des drogues au cours des douze derniers mois ;

·      avoir la perception d’avoir un risque de contamination pour le VIH élevé ou très élevé ;

·      avoir eu recours au traitement d’urgence (TPE) au cours des 12 derniers mois ;

·      avoir fait plus de 2 dépistages au cours des 12 derniers mois ;

·      n’avoir jamais mis de préservatif avec le partenaire principal au cours des 12 derniers mois.

On constate que le fait de connaître l’autorisation de la PrEP aux Etats-Unis est aussi un facteur associé : cela montre qu’il s’agit d’un public très informé. En revanche, le fait de savoir qu’on a eu une IST (infection sexuellement transmissible) lors des 12 derniers mois ne favorise pas l’usage de PrEP "sauvage". Ce résultat pourrait signifier que les personnes ayant une approche plus globale de la prévention incluant les IST, et non seulement le VIH, ne trouvent pas dans la PrEP un moyen de prévention suffisant. Enfin, le diplôme, le fait d’être né à l’étranger, d’avoir des enfants, d’avoir eu des rapports sexuels au cours des 12 derniers mois, ou encore d’avoir mis ou non un préservatif lors du dernier rapport ne sont pas significatifs.

Quelle conclusion ?
Les résultats de l’enquête concernant la PrEP "sauvage" indiquent que des utilisateurs de PrEP hors essais existent déjà en France. On observe que les HSH y sont plus représentés, mais que des femmes et des hommes hétéros (dont 58,3 % ne connaissent pas le statut sérologique de leur partenaire principal (7 personnes) sont aussi utilisateurs.
Les facteurs associés à la PrEP "sauvage" sont en lien avec des prises de risques des usagers. La PrEP est ainsi utilisée par des personnes qui ont des pratiques dites à risque. Pour certaines, l’outil semble apporter une prévention partielle puisqu’il ne permet pas de se protéger des IST. Des études qualitatives sur le sujet seraient intéressantes pour comprendre comment la prise de PrEP "sauvage" se déroule et pour appréhender les besoins et attentes des usagers en vue d’une éventuelle autorisation de la prophylaxie pré-exposition en France (voir article sur Seronet). Un projet, l’enquête Prepage, va d’ailleurs commencer. C’est une enquête qualitative réalisée par l’Hôtel-Dieu (AP-HP, Paris), l’INSERM et AIDES. Le projet est financé par l’ANRS.

 

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Daniela Rojas Castro (MIRE)