Qui veut la PrEP dès qu’elle sera autorisée ? De l’intérêt à l’intention…

Flash PrEP

Enquête Flash PrEP

Retour au sommaire

 

De l’intérêt à l’intention de bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale de prévention
A ce jour, la plupart des études se sont centrées sur l’intérêt de prendre la PrEP, qui est un concept assez large, mais peu sur celui de l’intention, qui est plus concret. Dans cette enquête, deux questions ont été posées pour différencier ces deux concepts :
"Etes vous intéressé(e) pour utiliser la PrEP comme moyen de prévention" ;
"Avez-vous l’intention de bénéficier de la PrEP (dans le cadre d’une offre globale de prévention) dès qu’elle sera autorisée ?".
Le questionnaire était construit de telle manière que seules les personnes intéressées par la PrEP comme moyen de prévention pouvaient répondre aux questions suivantes : l’intérêt pour une offre globale de prévention incluant la PrEP et l’intention de prendre une PrEP dès qu’elle sera autorisée.

Le schéma était le suivant :
1 : Intérêt d’utiliser la PrEP comme moyen de prévention ;
puis
2 : Intérêt pour bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale de prévention ;
puis
3 : Intention de bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale dès qu’elle sera autorisée.

 

Ce choix a été fait pour pouvoir évaluer les différents degrés d’intérêt et identifier ainsi les personnes ayant réellement l’intention de prendre une PrEP lorsque qu’elle sera autorisée.

Seules les personnes se déclarant intéressées par la PrEP comme moyen de prévention (49 % de l’échantillon total) et intéressées pour bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale de prévention (42,7 % de l’échantillon total) avaient la possibilité de répondre à la question : "Avez-vous l’intention d’entrer dans cette offre globale dès qu’elle sera autorisée ?".

Ainsi, parmi ces personnes (1 284) : 26,2 % (336 personnes) déclaraient avoir l’intention d’entrer dans l’offre globale "sans hésiter" et 60,2 % (773) déclaraient avoir l’intention "mais auraient besoin de plus d’information" avant.

Si on reporte ces résultats à l’échantillon global (3 024 personnes), on observe alors que 11,1 % des répondants déclaraient avoir l’intention de bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale "sans hésiter" et 25,6 % "ont besoin de plus d’information".

Quelles sont les raisons de refus de l’offre globale de prévention ?
Lorsqu’on interroge les personnes sur leurs raisons de refus de l’offre globale, on constate qu’une proportion importante déclare avoir besoin d’informations supplémentaires sur l’offre en question ou sur le Truvada et ses effets.
Raisons non intention d'entrer dans l'offre globale (132 personnes) :
● J'ai besoin d'informations supplémentaires sur le Truvada et ses effets : 79 personnes (59,8 %) ;
● J'ai besoin d'informations supplémentaires sur l'offre globale : 37 personnes (28 %) ;
● Je ne veux pas prendre de médicaments tous les jours : 21 personnes (15,9 %) ;
● Je préfère attendre et avoir des retours sur l'offre globale en question : 19 personnes (14,4 %) ;
● Ça ne répond pas à mes besoins de prévention : 14 personnes (10,6 %) ;
● J’ai besoin de réfléchir : 7 personnes (5,3 %) ;
● Autres raisons : 5 personnes (3,8 %) ;
● Je ne veux pas subir les contraintes de l'offre globale : 4 personnes (3 %) ;
● J'ai peur d'être mal vu-e : 1 personne (0,8 %).

Une intention relativement homogène dans toutes les populations
Parmi les personnes intéressées par l’offre globale de PrEP, 32,1 % des hommes hétéros, 27,2 % des HSH et 18,7 % des femmes déclarent avoir l’intention d’entrer "sans hésiter" dans cette offre de prévention. Les hommes hétéros ont significativement plus l’intention que les femmes et les HSH d’entrer dans l’offre "sans hésitation". 

Qui a l’intention de bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale de prévention ?
Pour cette analyse les données ont été pondérées afin de limiter les différences entre les répondants selon le mode de passation (Internet ou papier). Dans l’échantillon total, les facteurs associés à l’intention d’entrer "sans hésiter" dans une offre globale de prévention pour bénéficier de la PrEP sont :
● être un homme hétérosexuel ;
● avoir plus de 50 ans ;
● être né à l’étranger ;
● ne pas avoir de diplôme ;
● avoir des enfants ;
● avoir une situation financière considérée comme convenable ;
● avoir eu recours à la PrEP sauvage au moins une fois dans sa vie ;
● considérer que la PrEP est un moyen de prévention adapté pour soi ;
● avoir une perception très élevée de son propre risque de se contaminer par le VIH ;
● avoir un-e partenaire principal-e séropositif-ve ;
● avoir fait 2 ou 3 dépistages (12 derniers mois).

Avoir eu recours à un traitement d’urgence et avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires occasionnels diminuent la probabilité d’entrer dans l’offre globale.

Enfin, avoir eu une IST (au cours des douze derniers mois), avoir mis un préservatif lors du dernier rapport, avoir reçu de l’argent, des biens ou de la drogue en échange des rapports sexuels (lors de 12 deniers mois), avoir eu des relations sexuelles (12 derniers mois), s’être injecté des drogues (12 derniers mois) et connaitre la PrEP ne sont pas significativement associés à l’intention de bénéficier de la PrEP.

Qui sont les HSH et les personnes hétéros qui ont l’intention de bénéficier de la PrEP ?
Lorsque l’on regarde en fonction des populations, les facteurs associés à l’intention à la fois pour les HSH et les hommes et femmes hétérosexuels sont :
● ne pas avoir de diplôme ;
● être né à l’étranger ;
● avoir eu recours à la PrEP sauvage au moins une fois dans sa vie ;
● déclarer que la PrEP serait un moyen de prévention adapté ;
● avoir réalisé 3 tests du VIH ou plus au cours des 12 derniers mois.

Pour les HSH, les facteurs spécifiques associés à l’intention de bénéficier de la PrEP (dans le cadre d’une offre globale de prévention) sont :
● être plus âgé (plus on vieillit, plus l’intention augmente) ;
● avoir une situation financière jugée convenable ;
● avoir une perception très élevée du risque de se contaminer par le VIH ;
● s’être injecté des drogues (12 derniers mois) ;
● avoir un partenaire principal séropositif ;
● avoir eu une IST (douze derniers mois).

Pour les personnes hétérosexuelles, les facteurs spécifiques associés à l’intention de bénéficier de la PrEP (dans le cadre d’une offre globale de prévention) sont :
● avoir des enfants ;
● avoir un-e partenaire principal-e de sérologie inconnue ;

● ne pas avoir eu une IST (12 derniers mois).
 

Quelle conclusion ?
A l’heure d’aborder un nouvel outil de prévention comme la PrEP, dont les enjeux financiers (le traitement sera-t-il remboursé par l’assurance-maladie ?) et de mise à disposition ne sont pas moindres, il parait nécessaire d’évaluer les différents niveaux d’intérêt exprimés par les personnes concernées. Ainsi, les deux questions sur l’intérêt (comme moyen de prévention et pour bénéficier de la PrEP dans le cadre d’une offre globale) et la question sur l’intention d’en bénéficier ont montré qu’on passe de 49 % de répondants "intéressés" par la PrEP comme moyen de prévention à 11,1 % qui en bénéficieraient "sans hésiter" dès qu’elle sera autorisée. Ces résultats évolueront sans doute si une offre globale de prévention proposant la PrEP se met en place dans l’avenir.

Les résultats montrent que les personnes ayant cette intention "sans hésiter" rapportent des facteurs de vulnérabilité forts vis-à-vis du VIH (partenaire principal-e séropositif-ve ou de sérologie inconnue, migration, pratiques d’injection). Les données suggèrent également un besoin de communiquer auprès des personnes qui hésitent à entrer dans l’offre globale en raison d’un manque d’information (un quart de l’échantillon global). La prophylaxie pré-exposition s’avère un outil prometteur pour les populations les plus exposées au VIH (migrants hétérosexuels, HSH, travailleurs et travailleuses du sexe).

 

Retour au sommaire
 

Daniela Rojas Castro (MIRE)