Etats Généraux migrants - 2005
Briser le silence
Alors que les migrants vivant en France sont particulièrement frappés par l’épidémie à VIH et qu’ils doivent faire face à de multiples difficultés (avoir quitté pays, famille, amis...), nombreux sont ceux qui méconnaissent les circuits sanitaire, social et économique auxquels ils sont confrontés. Les États généraux migrants ont voulu libérer leur parole et fédérer les énergies pour construire une force de proposition et faciliter la rencontre avec les acteurs sociaux et politiques.
Crystelle, originaire du Cameroun, une des soixante femmes présentes, explique “n’avoir reçu aucun conseil, aucune information, ne pas avoir été orientée vers une association” lorsqu’on lui a annoncé sa séropositivité à l’hôpital. Noël, venu chercher en France “une vie meilleure, de l’argent, du boulot, pour aider sa famille” restée au pays, insistera sur la responsabilité, en tant que personne atteinte, de protéger “son prochain”. Il souhaite, comme Emile, “militer positivement” pour une meilleure prévention au sein des communautés d’origine étrangère… L’organisation, à Lyon, fin 2005, des États généraux migrants, aura été l’occasion, pour les acteurs de la lutte contre le sida, de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les personnes migrantes et d’affiner, avec elles, les réponses à apporter.
Dans un cadre de confiance et de confidentialité, les personnes issues des communautés étrangères infectées par le virus ont pu exprimer leur réalité, dire leurs attentes, leur détresse, leur colère parfois. Les femmes notamment, deux fois plus touchées que les hommes, souvent condamnées à cacher leur séropositivité, ont pu trouver une tribune pour exprimer le sentiment d’exclusion qu’elles ressentent et les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien pour évoquer leur statut, ou encore, pour “négocier” l’utilisation du préservatif. Plusieurs personnes ont évoqué leur sentiment d’être “prisonnières” du traitement dans le pays d’accueil. Elles insistent sur le fait que l’impossibilité d’accéder aux soins dans leur pays d’origine les condamne à rester ici. Pour elles, l’immigration n’est pas “choisie”, elle s’impose comme une question de survie.
Un deuxième temps leur a permis de prolonger ce dialogue avec les responsables d’associations qu’elles souhaiteraient voir davantage mobilisées contre l’épidémie et les discriminations dont elles sont victimes.
Au cours de la séance de clôture, nous avons souhaité inviter Azouz Bégag, Ministre délégué à l’égalité des chances, Jean-Jacques Queyranne, président du Conseil régional Rhône-Alpes, Pierre Bergé, président de Sidaction, Amédée Thévenet, président de Sida info service, au coté de Christian Saout, président de AIDES, pour qu’ils entendent les propositions des 130 participants.
La richesse des recommandations produites nous conforte sur la nécessité de rompre le silence. Les acteurs réunis à Lyon ont collectivement défini les principaux thèmes sur lesquels il est important d’aller de l’avant.
L’urgence à lancer des campagnes de prévention dans les médias spécialisés a été soulignée. Les personnes doivent impérativement savoir comment et par qui elles peuvent être soutenues dans leur combat face au VIH. Enfin, le danger que pourrait représenter toute confusion médiatique entre “sida” et “migrants” a fait l’objet d’une attention particulière. Une très grande vigilance a été demandée sur ce point.







