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Etats Généraux des gays touchés par le VIH/sida - 2006



Homos séropos, mobilisons-nous !



Du 24 au 26 novembre, 350 gays séropositifs venus de toute la France ont pu, durant trois jours, échanger, débattre et finalement élaborer ensemble des revendications collectives.



L’originalité des Etats généraux des gays séropos, organisés par AIDES, c’est de permettre la rencontre de personnes de tous âges, chacune avec son parcours et son expérience de la séropositivité et de l’homosexualité.

 


L’objectif de ces Etats généraux ?

 

Donner la parole aux gays séropos ! Le pari : construire un espace collectif de libre parole et de mobilisation, en donnant la possibilité à tous d’être acteurs de cet événement. Autant dire que la «forme» compte autant que le contenu !

Dans le même temps, une cinquantaine d’associations homos se sont réunies, afin de réfléchir sur les actions nécessaires pour améliorer la santé des gays, séropos ou non.

Durant les trois jours, les ateliers, les plénières de restitution, les moments conviviaux et les repas se succèdent… sans oublier les nécessaires séances d’ouverture et de clôture.
Quatre grandes thématiques de discussion ont rythmé le week-end :
- Désir, plaisir, sexe : parlons de nos pratiques,
- Santé, bien-être, protection : conséquences de mes pratiques sur ma santé,
- Vivre ensemble : moi et les autres,
- Vie sociale et professionnelle : être gay et séropo dans la société.
Pour favoriser les échanges entre les participants, les thématiques sont elles-mêmes déclinées en ateliers plus réduits. Après chaque atelier, des participants élaborent une synthèse des échanges, des propositions et revendications. La synthèse est ensuite lue et discutée lors des séances de restitution, à la fin de chaque demi-journée. Exercice difficile et stressant, mais qui permet à tous de s’imprégner de l’ensemble des débats. De la même manière, le discours de clôture, lu par un des participants des Etats généraux, est une «synthèse des synthèses».
Mais la «forme», c’est aussi tout ce qui se passe dans le «off», dans ces temps de convivialité qui sont souvent aussi importants que les ateliers.
Beaucoup de participants ont parlé de leurs émotions, des rencontres et du fait de se sentir forts ensemble… mais aussi de la difficulté de rentrer chez soi après un week-end aussi intense. Favoriser ces échanges informels, c’est aussi le coeur des Etats généraux : indispensable pour se réapproprier la parole, individuellement et collectivement !

 

Que retenir de ces Etats généraux ?

 

Se vivre gay et séropo est toujours vécu par beaucoup comme une «double peine». Il faut faire deux coming-out, avec la peur d’être rejeté ou discriminé par ses proches. Car si l’homosexualité se banalise relativement dans la société, ce n’est pas le cas pour la séropositivité ! Beaucoup des participants ont souligné à quel point la communauté gay (ses bars, ses sex-club, ses associations) peut être discriminante envers ses membres séropos.
La sexualité, l’homosexualité, restent toujours le point faible du suivi médical. Médecins mal à l’aise, moralistes, ou qui réduisent leur patient à un taux de T4… A qui parler des effets des traitements sur la libido, de la difficulté à rencontrer des partenaires, de sexualité et de plaisir ? Agir sur ce terrain pourrait passer par la création de centres de santé, gérés par des gays, pour des gays.
Vieillir, vivre dans son corps de gay séropo : la question est cruciale, elle touche à l’estime de soi, aux désirs… Là encore, le corps médical est parfois à côté de la plaque. Il faut évidemment le sensibiliser, mais il sera aussi nécessaire de s’organiser entre nous, par des groupes de parole et de soutien, dans les associations sida ou homosexuelles ! Là encore, la solidarité entre gays ne doit pas rester un vain mot.
La prévention a fait l’objet de nombreuses discussions. Des remarques acerbes ont été formulées contre ceux qui pensent que le préservatif est un moyen facile, et facile très longtemps ! Proposer un discours commun et cohérent sur les risques et l’échelle de risques dans la sexualité des séropos serait le minimum. Il a aussi été souligné que la prévention n’est pas à la seule charge des séropos.
Enfin, pour compléter la palette de prévention et les préservatifs, à quand des recherches sur les microbicides rectaux ?
Enfin, la question sociale, la question des droits a été largement abordée, notamment avec le ministre de la Santé. Les montants des aides sont trop faibles. Il convient de les revaloriser: les malades, et plus particulièrement les gays séropos, sont-ils condamnés au statut de nouveaux pauvres?
En parallèle à ces ateliers, se déroulait un séminaire associatif. L’objectif, en rassemblant des militants LGBT, était d’agir sur la santé des gays, d’agir vis-à-vis du corps médical, mais aussi de travailler sur la place des séropos dans les associations. Si la santé est envisagée dans sa globalité, le VIH reste pour des raisons épidémiologiques et historiques au cœur de ces discussions. Les participants du séminaire, après avoir partagé des constats épidémiologiques, ont pu discuter des expériences menées en matière de santé gay en Suisse ou au Québec. Le dimanche matin a été consacré à tracer des pistes opérationnelles : en terme de formation, de partage de connaissances et d’expériences. Ce travail aura des suites, et il a permis de mesurer le fort désir de travailler ensemble sur la santé gay !