CAPRISA : pas fini !

20 Juillet 2010

Avant même le début de la conférence, tout le monde ne parlait que de ça. Il est vrai que le buzz avait savamment été entretenu par les promoteurs de l’essai qui distillaient des informations au compte goutte. A Vienne allaient donc être rendu publics les résultats de l’essai CAPRISA 004, réalisé en Afrique du Sud, sur le premier gel microbicide à assurer une protection conséquente contre le VIH. Précision utile, le gel microbicide est une « protection chimique » contre le VIH : un gel que l’on applique sur les muqueuses / parties génitales et qui empêche la contamination.
 

Chacun y allait donc de son pronostic : 50% de protection ? Plus ? Moins ? Car il faut bien rappeler que les annonces autour des microbicides ont souvent fait flop. Pour mémoire, à Barcelone en 2002, en plénière de clôture : « Nous aurons des microbicides efficaces dans 2 ans ! » et finalement pas. Plus qu’une mauvaise nouvelle, les premiers produits testés se sont même avérés être nocifs puisqu’ils fragilisaient les muqueuses et favorisaient donc la pénétration du virus dans l’organisme. 8 ans après la conférence de Barcelone, ici à Vienne nous avons donc un produit réduit de 39% la contamination par le VIH.
Et nous sommes un peu déçus…
 
Car la nouvelle est bonne, mais le buzz était tel que nous en attendions plus : même Bill Clinton en avait parlé dans son speech, quand même !
 
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Ne boudons pas pour autant notre plaisir : les résultats de l’essai sont une bonne nouvelle à plusieurs titres :
- Chez les « hyper adhérents » de l’essai, l’efficacité du gel est de 54%, malheureusement, comme pour les autres outils de prévention, l’efficacité et l’adhérence baissent sur la durée. En dessous de 50% d’observance, l’efficacité chute à 28%.
- Le gel fonctionne également sur l’herpès : 51% de réduction du risque dans l’essai. C’est une double bonne nouvelle car la présence d’herpès augmente le risque de transmission et d’acquisition du VIH.
- Le gel n’est pas contraceptif. Il peut donc permettre de se protéger tout en menant un projet de parentalité. Par contre, il ne pourra pas être promu comme outil de planification.
- L’utilisation d’un gel microbicide, combiné à une parfaite maîtrise de la charge virale du partenaire séropositif, pourrait représenter une vraie avancée pour la qualité de vie des couples sérodifférents

- C’est une nouvelle piste à disposition des femmes ! La conférence montre une nouvelle fois l’ampleur des inégalités de genre et de la violence faite aux femmes. Alors que le préservatif féminin continue à être beaucoup trop cher pour les femmes qui en auraient le plus besoin, la première piste concrète d’une prévention chimique maîtrisable par les femmes constitue une très grande nouvelle.
 
Il est enfin important de noter que dans le cadre de l’essai, il n’a pas été relevé de résistance au Ténofovir pour les personnes qui sont devenues séropositives dans l’essai et que l’utilisation de ce gel n’a eu aucun impact négatif sur l’utilisation du préservatif !
Alors, bientôt un nouvel outil pour la prévention combinée ?
 
Au cas où un doute subsisterait encore : TREATMENT IS PREVENTION !
 
 
Christian Andreo (AIDES)
Crédit photo : AIDES