Cette fois, c’est fait. Désaveu cinglant pour le travail du Sénat, la commission mixte paritaire vient de restaurer les restrictions d’accès à l’Aide médicale d’Etat, sous la pression du Premier ministre François Fillon. Le gouvernement s’obstine donc à faire de l’AME le symbole de sa politique xénophobe et irresponsable. Car cette décision viendra en fait plomber un peu plus les finances publiques et la situation sanitaire dans notre pays, c'est ainsi que AIDES a réagi à cette annonce dont le gouvernement ne s'enorgueillit d'ailleurs pas.
Pour rappel, le 7 décembre dernier, le Sénat avait écarté les amendements votés à l’Assemblée visant à durcir l’accès à l’Aide Médicale d’Etat. Par ce vote, le Sénat montrait qu'il tenait compte des avis unanimes des experts en santé publique, d'institutions sanitaires comme le Conseil national du sida, la Conférence nationale de santé, etc. et des demandes des associations (ODSE notamment). On pouvait alors penser que les mesures très mauvaises votées par les députés de la majorité allaient être oubliées. C'était sans compter sur le gouvernement qui a fait une pression d'enfer pour que les restrictions soient remises en place. Cette décision met d'autant plus en colère qu'elle est prise dans une relative précipitation. En effet, et les débats parlementaires l'ont largement évoqué, la droite a choisi de restreindre l'accès à l'AME alors même que le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales et celui de l'Inspection générale des finances n'ont pas été pris en compte. Ainsi des rapports sur la situation de l'AME sont commandés et avant même que les conclusions soient rendues des décisions sont prises. Cette incohérence est l'illustration parfaite que cette décision est d'abord idéologique : faire passer le message que la vie doit être moins facile pour les étrangers en situation irrégulière… dans l'hypothèse où elle l'a d'ailleurs été un jour. Le débat sur les restrictions d’accès à l’AME échappe décidément à tout jugement rationnel. Des restrictions qui, selon les propres termes du sénateur UMP Alain Milon, vont pourtant "pousser les bénéficiaires de l’AME à retarder leur demande de soins" et "aggraver leur situation sanitaire", tout en favorisant la propagation de maladies infectieuses comme le VIH dans la population générale.
Difficile d'interpréter différemment cette décision. L'argument financier (le fameux équilibre des comptes sociaux) ne tient pas un instant. En effet, dans le meilleur des cas, les recettes escomptées par ce dispositif atteindront péniblement les six millions d’euros : soit moins de 1 % du budget de l’AME, et 0,003 % du budget de la sécu ! Economies de bouts de chandelles, qui seront bien vite englouties par le surcoût des complications médicales dues aux retards de prise en charge. Sans compter le coût administratif de mise en place d’un tel dispositif. Résultat, on joue avec la santé publique et celle des plus démunis, le tout aux frais du contribuable ! Faute d’arguments rationnels, les fossoyeurs de l’AME s’appuient sur des amalgames douteux et populistes : les sans-papiers frauderaient ainsi en toute impunité pour s'offrir cures thermales et opérations de chirurgie esthétique, le tout aux frais de la princesse. Rien que ça. Peut-on encore tolérer ces hordes de sans-papiers qui viennent exhiber leurs prothèses siliconées dans les eaux thermales de La Bourboule ? On nage en plein délire, et AIDES attend toujours les preuves formelles de ces allégations.
Au final, les associations de défense des droits des personnes étrangères malades pas plus que les institutions ou les experts n'auront réussi à faire comprendre à l'actuelle majorité ce qui est en jeu. Reste un aveuglement absurde qui aura des conséquences désastreuses sur le plan éthique, sanitaire et économique…
Jean-François Laforgerie
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