Vincent et Jonathan : "le pouvoir est transformateur"

Parole de militants

03/07/2012

Tombés dans la potion quand ils étaient encore au lycée, Vincent et Jonathan ont figuré parmi les plus jeunes militants de AIDES. Après avoir fait leurs premiers pas à Grenoble et s'être investis dans des actions de réduction des risques auprès d'hommes gays et bisexuels, les deux camarades se sont concentrés sur les thématiques qui les passionnaient pour accéder à plus de responsabilités. Séropo ou pas, ces deux militants ont un objectif commun : mettre fin à toutes les formes d'inégalités !

"Je suis arrivé ici dans un cadre tout simple : j'étais au lycée, on avait organisé une action pour AIDES à l'occasion du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, et j'ai découvert l'association," raconte Vincent, aujourd'hui étudiant à l'Institut d'études politiques de Grenoble. "En tant que gay, je m'intéressais à la prévention, je commençais à bien prendre conscience que le VIH était un problème majeur dans cette communauté… Intégrer AIDES était un moyen de rester informé sur l'épidémie et d'agir pour les droits de tous." Vincent a rejoint AIDES avec la volonté "d'arrêter l'épidémie chez les gays" et, rapidement, il a convaincu son ami Jonathan de rejoindre le combat.

Ce dernier militait dans un parti politique. "Vincent me parlait de AIDES de temps en temps, la lutte contre le sida m'intéressait, j'avais étudié les spécificités du VIH au lycée puis en première année de médecine mais je ne connaissais pas du tout le milieu associatif." Sans hésitations, il a suivi Vincent et s'est organisé pour se rendre le plus souvent possible sur le lieu de mobilisation AIDES de sa ville. "La particularité, à Grenoble, c'est que les cours de médecine se font beaucoup sur DVD. Il n'y a pas vraiment d'horaires, on s'organise un peu comme on veut… A AIDES, il y avait une bonne ambiance et je me suis tout de suite senti intégré." Vincent rit : "Je me souviens, tu étais présent à toutes les permanences d'accueil !"

Soirs et week-ends, accompagnés d'autres militants, tous deux se sont rendus dans les bars, saunas et autres lieux de rencontres gays de la région pour proposer un dialogue, de l'information et du matériel de prévention. "On a mis en place plusieurs animations ludiques pour aider les personnes à parler de sexualité," raconte Jonathan. "Mon militantisme à moi, c'est de toute façon un travail à plein temps. Même quand je suis sur Internet, sur des sites de rencontres, je précise que je suis militant à AIDES et je réponds aux questions des internautes. Plusieurs fois, j'ai pu orienter l'un d'entre eux vers un centre de dépistage, un des locaux de l'association, un traitement d'urgence après un rapport à risque… En deux ou trois ans, j'ai d'ailleurs réussi à mobiliser une vingtaine de nouveaux volontaires sur Grenoble grâce à ces échanges virtuels."

Vincent confirme le pouvoir de la cyberaction : "Je crois que la parole est particulièrement libre sur Internet. C'est aussi l'endroit où se trouvent la majorité des personnes concernées par le VIH et les hépatites virales." Les deux militants tiennent un blog sur le sujet : "On y parle de notre vécu, du plaisir, de la santé en général, on essaye de recueillir des témoignages… On reçoit un nombre de messages privés impressionnant, preuve qu'il y a un vrai besoin d'information." Vincent a récemment appris qu'il était séropositif : "J'ai trouvé beaucoup de soutien et d'accompagnement à AIDES. Est-ce que ça aurait été plus difficile si je ne faisais partie de l'association ? C'est à double tranchant. C'est un grand avantage d'apprendre sa séropositivité quand on est investi dans une association car l'avenir est moins incertain, on sait à peu près comment vont se passer les choses et ce qu'il faut faire pour qu'elles se passent bien, mais c'est aussi quelque chose qu'on peut te reprocher. Tu étais militant donc tu savais. Comment ça se fait que tu t'es contaminé ? Mais être à AIDES ne fait pas de nous des super-héros. C'est un espace où l'on prend conscience de ses risques, on élabore des stratégies pour les éviter ou les réduire et grâce à cela j'ai eu une vie sexuelle plutôt safe mais le moindre rapport non ou mal protégé avec une personne seropo qui ne prend pas de traitement antirétroviral présente un risque important."

 

Après ces actions "terrain", et toujours en parallèle de ses études, Vincent a découvert comment plaider auprès des élus politiques. Après avoir été le plus jeune président à la tête d'une délégation AIDES, en 2008, il fait aujourd'hui partie des élus du territoire d'action Rhône-Alpes-Méditerranée. "A AIDES, on construit une parole collective qu'il faut ensuite porter auprès des décideurs politiques." Mobiliser les militants pour mener des actions de communication, trouver des partenaires, faire parler de ces actions, rencontrer les élus politiques… "Les postes à responsabilités m'intéressent car je crois sincèrement que le pouvoir est transformateur. En 2010, on a interpelé les députés et leurs équipes au cours de différentes actions. Lorsqu'on est revenu vers eux pour dénoncer les baisses de financements accordés à AIDES, en fin d'année, on a eu un très bon retour : sur les onze questions au gouvernement qui ont été posées par des députés en réponse à l'appel de l'association, sept venaient de Grenoble. C'est grâce à ce travail de plaidoyer."

Jonathan rappelle qu'AIDES offre, par la même occasion, de riches expériences et de nombreuses possibilités d'évolution : "J'aime ce que je fais à AIDES et j'aime ce que AIDES a fait de moi. Devenir militant m'a permis d'acquérir une éthique très particulière. Si je n'avais pas rencontré le milieu de la rue, le milieu carcéral, la prostitution, j'aurais certainement des positions très arrêtées sur les personnes qui en font partie. Comme disait une camarade infirmière qui a suivi une semaine de stage en notre compagnie : j'avais l'impression de regarder la vie par un petit trou de serrure et tout s'est éclairé tout d'un coup !" Vincent confirme : "Je vivais dans une bulle. Je suis arrivé à AIDES avec ma morale et mes idées préconçues ; je me suis rendu compte que c'était plus compliqué que ça." Il revient sur sa séropositivité : "Il y a cette idée que les séropositifs sont plus légitimes que les autres pour militer dans une association comme celle-ci. Je crois qu'il s'agit d'un engagement plus large. On défend ici une parole collective qui se trouve au carrefour de nos expériences et de nos indignations. Pour beaucoup, militer à AIDES permet d'avoir un impact sur la société en général, sur l'inégalité des droits, l'intolérance, le sexisme… Le sida est le reflet de toutes ces problématiques."
   

Propos recueillis en mars 2012
Photos : AIDES

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