Une gay pride au Togo ? Vous plaisantez !

Marches des fiertés

26 Juin 2012

"Une gay pride au Togo ? Vous plaisantez !" s'est presque exclamé Yves Kugbe quand nous l'avons interrogé sur le sujet. Militant anti-sida et coordinateur des programmes LGBT (lesbiennes, gays, bi trans) pour l'association Espoir Vie Togo, association partenaire de AIDES, Yves Kugbe était à Montpellier le 2 juin dernier. Avec AIDES, il a co-animé un débat sur l'homosexualité en Afrique, où ce sujet reste vecteur de discrimination, d'agressions et de répression, et a participé à sa première marche des fiertés. "Un choc ! Une telle liberté !" Il n'en revient toujours pas...

"Au Togo, bien que l'homosexualité soit pénalisée par l'article 88 du code, nous arrivons à travailler avec les membres de la communauté LGBT et à leur permettre un certain accès à la prévention et aux soins," explique Yves Kugbe. "Cela n'a pas toujours été le cas." Yves Kugbe explique que les homosexuels n'étaient pas pris en compte dans les actions de santé togolaises jusqu'à ce que l'ONG PSI-Togo initie la toute première étude du pays sur le sujet, en 2008. Conclusion : la séroprévalence (taux de personnes séropositives) dans la communauté LGBT togolaise était estimée a 30%, ce qui illustrait des "besoins énormes..."

 


Invité par AIDES Montpellier pour co-animer un débat sur l'homophobie en Afrique, le 2 juin 2012, Yves Kugbe a présenté le cas togolais à des élus français

 

Espoir Vie Togo s'est appuyée sur les données de cette étude, et de celles qui ont suivi, pour mettre en place des actions de prévention et de soutien aux LGBT, et pour sensibiliser les responsables politiques à cette cause. "En terme de répression, nous jouissons, et ceux malgré cet article 88, d’une situation plus ou moins confortable : il n y a pas d’arrestations arbitraire ni de descentes policière au cours de nos activités et cette loi n’a jamais été mise en application au cours d’un procès," précise Yves Kugbe. "Nous sommes assez loin des contextes camerounais et ougandais. L’homophobie togolaise se manifeste souvent par des violences verbales qui des fois aboutissent à des violences physiques. Ceci est très fréquent dans le cercle familial, l'entourage proche, et peut aller jusqu’à l'exclusion complète de la personne." Il ajoute que l'homosexualité doit rester cachée dans les services médicaux : "Il n’est pas facile à une personne affichée homosexuelle de se rendre dans un centre de santé sans être victime de stigmatisation, de regards et d'actes dénigrants, et seuls quelques centres associatifs, dont Espoir Vie Togo, sont formés à cette thématique."

Le débat de Montpellier et la marche des fiertés qui a suivi l'ont particulièrement marqué. "J’étais stupéfait, pétrifié en voyant tant de personnes LGBT exprimer ouvertement leur sexualité sans crainte ni réserve. C’était une première pour moi ! Ces personnes et leurs sympathisants réunis avec une telle liberté ! Cela fait un choc quant on vient d’un pays qui a autant d’interdits. Cela m’a également permit d’apprécier les autres dimensions des gay prides qui jusque-là, pour nous autres résidant en Afrique, n’étaient qu’expression des libertés et de la fierté. Cette fois, j’ai vu bien au-delà : c’est aussi un moyen fort pour mobiliser les personnes et interpeller les responsables politiques." S'il y a des gays prides au Togo ? Il s'exclame : "Non, ca n’existe pas ! Aucune action similaire n’a jamais été tentée. Les associations en ont la volonté et les personnes LGBT sont prêtes à descendre dans les rues de la capitale mais on s’abstient parce qu'on risquerait de détériorer à jamais nos relations avec le milieu politico-juridique." Il se souvient tout de même de l'élection de Miss/Mister Gay, organisée par des associations identitaires, et d'un "camp chantier LGBT" organisé par Espoir - Vie -Togo. "De plus en plus, des lieux de rencontre (bars, clubs, etc…) réservés aux LGBT ouvrent aussi mais, quand le voisinage s’en rend compte, il force les promoteurs à fermer."

 

Yves Kugbe a participé à la marche des fiertés de Montpellier, aux cotés de AIDES et parmi plusieurs centaines d'autres manifestants, le 2 juin 2012
    

Espoir-Vie-Togo vient donc d'ouvrir la toute première maison LGBT du pays pour permettre aux personnes concernées de "se rencontrer" et de "partager." Yves Kubge espère développer ce projet, en y intégrant un service d'aide médico-social, et rappelle que l'action communautaire est pour l'instant indissociable de l'action sanitaire. "En 2011, 431 homosexuels ont bénéficié de nos actions de prévention du VIH/sida. 12 d'entre eux, séropositifs, sont aujourd'hui pris en charge par Espoir-Vie-Togo et 5 sont sous traitement. L'association est d'ailleurs de plus en plus impliquée dans l'élaboration et la mise en oeuvre des programmes nationaux de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales. Même si le chemin vers l'égalité est encore long, l'Etat togolais semble avoir compris qu'il était urgent de prendre en compte cette population hautement vulnérable. En moins de cinq ans, cette collaboration a permis une baisse significative des cas de séropositivité : "La dernière étude, datant de 2011 et initiée par le PNLS, donne une séroprévalence de 20,5% chez les homosexuels au Togo."

Retrouvez le char de AIDES lors de la marche des fiertés parisienne, samedi 30 juin 2012. Les autres dates des marches des fiertés de l'année sont ici.