Sébastien a quitté Paris et s'est installé à Avignon pour raisons professionnelles en 2007. Dans cette ville de province, où il ne connaissait personne, le jeune homme a rapidement découvert un local AIDES à deux pas de chez lui : "l'occasion de rencontrer des personnes sympas tout en filant un coup de main associatif." Son ascension militante est impressionnante. Volontaire sur les actions gays, trésorier de son lieu de mobilisation, président de son territoire d'action... En cinq ans, Sébastien s'est essayé à plusieurs postes avec succès. Il parle d'un engagement politique qui pourrait transformer la société toute entière.
A son arrivée à AIDES, Sébastien s'est d'abord investit sur les actions auprès des hommes gays et bisexuels. "J'ai fait beaucoup de terrain : de la prévention dans les bars, les boites de nuit, sur les autres lieux de rencontres… J'ai fait de la veille et de la modération sur Seronet, la plateforme communautaire de AIDES dédiée aux personnes séropositives, j'ai animé des tchats thématiques sur plusieurs sites gays, des moments de convivialité dans les locaux AIDES de la région puis, comme celui d'Avignon est une Boutik - un centre pour usagers de drogues équipé de douches, de machines à laver et d'un espace de restauration -, je me suis concentré sur les personnes qui le fréquentaient."
Il explique qu'il a rapidement eu envie d'accéder à plus de responsabilités : "J'ai d'abord été trésorier de mon local. L'année suivante, j'en étais président. Là, je suis président du territoire d'action et élu au Conseil de région pour la deuxième fois. Je fais encore un peu de terrain car je pense qu'il est important de garder ce contact direct avec les personnes concernées mais je suis, le plus souvent, chargé d'animer des réunions et des conseils de territoire d'action." Les conseils de territoire d'action permettent aux élus de se réunir, une fois par mois, pour mettre leurs travaux en commun. "On a un projet associatif, des axes ont été définis pour les deux prochaines années : notre rôle des est de veiller à ce que ces axes soient mis en place et à ce que leurs objectifs soient atteints," explique Sébastien. "Les prostituées de la ville étaient tenues éloignées du centre d'accueil parce qu'elles risquaient une amende en garant leurs camions dans les rues voisines ; une négociation a permis de les en exempter. C'est aussi ça le travail d'élu : veiller au bon déroulement des actions et intervenir en cas de problème." Il explique qu'un observatoire sur l'accès à la santé des travailleurs du sexe va d'ailleurs être créé : "On a commencé les recherches avec Lili, militante à Avignon, Cécile, de la plateforme régionale, et Fred, qui synchronise l'action au niveau national. Il y a un bon lien entre la région et les personnes ressources qui sont au siège."

Sébastien n'imaginait pas l'impact que de telles actions peuvent avoir sur la société jusqu'à ce qu'il rejoigne l'association. "Je me suis concentré sur la réduction des risques chez les usagers de drogues parce que cette thématique est révélatrice de nombreuses incohérences. Ils n'ont pas les mêmes droits que les autres, ils n'ont pas le même accès à la prévention et aux soins... Avignon travaille beaucoup pour l'intégration de programmes d'échange de seringues en prison. Militer à AIDES, c'est pour moi un moyen de faire de la politique sans être dans un parti politique, de mener des combats qui permettent d'enrayer le VIH, les hépatites, et de transformer la société." Quant à la conciliation entre volontariat et vie professionnelle : "J'ai fait des rencontres, j'ai appris des choses qui me servent dans mon métier, j'ai acquis un certain esprit de synthèse, je suis plus à l'aise dans la rédaction de notes, faire une présentation orale et animer un groupe est devenu quelque chose de plus facile... Depuis que je suis référent régional Hépatites, Réduction des risques pour les usagers de drogues en Prison, je participe au groupe national qui travaille sur cette thématique. C'est à chaque fois un moment très fort, chaque membre fait part de son expérience et ça permet de développer des projets communs qu'on peut redescendre dans nos territoires respectifs. C'est dans ce groupe que nous avons eu l'idée d'organiser des débats citoyens sur les drogues, en amont de l'élection présidentielle, comme celui qui s'est tenu à Avignon, le 22 mars 2012, et qui a permis aux experts de présenter leurs travaux au grand public." Energique et passionné, il s'imagine déjà dans de nouvelles fonctions. "Pour l'instant, je suis en période de réflexion. A la fin de mes mandats, je pense abandonner mes fonctions de président de territoire d'action et d'élu au Conseil de région pour proposer ma candidature au conseil d'administration de AIDES et pouvoir continuer cette lutte pour la transformation sociale."
Propos recueillis en mars 2012
Photos : AIDES