Créée en 2008 par quatre grandes associations de lutte contre le sida dont AIDES, Coalition PLUS est une union d'organisations visant à renforcer la place des personnes séropositives dans la lutte contre le sida. Mali, Maroc, Québec, France, Roumanie... En quatre ans, Coalition PLUS est parvenue à mobiliser des centaines de militants qui partageaient les mêmes valeurs pour mener plusieurs travaux inédits. Emmanuel Trenado, secrétaire général de cet organisme, tire un bilan satisfaisant de ce début de collaboration.
"Les quatre membres fondateurs de cette coalition - AIDES, la Coalition des organismes québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA), l'Association de lutte contre le sida (ALCS) marocaine et ARCAT-SIDA au Mali - collaboraient déjà depuis le début des années 1990 en respectant le principe de démarche communautaire, c'est-à-dire en impliquant les personnes séropositives dans les décisions et actions associatives," explique Emmanuel Trenado. "Coalition PLUS s'est créée dans un contexte assez particulier, quatre ans après la création du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la montée en puissance des financements accordés à la lutte contre ces trois pandémies, le développement de l'accès aux antirétroviraux dans les pays pauvres et une question : comment traduire ces arrivées d'argent en actions concrètes, sur le terrain, auprès des plus touchés ?"

Maël Gérard, Emilie Henry et Emannuel Trenado de Coalition PLUS
Après réflexion et état des lieux, la réponse a été trouvée. Coalition PLUS répondait à une réelle demande : "En 2008, les associations de certains pays membres rencontraient des difficultés avec les ONG internationales, principalement des ONG anglophones, qui détenaient les cordons de la bourse, imposaient certaines orientations stratégiques et devenaient les maîtres d'oeuvre des programmes de lutte contre le sida dans ces pays. Le désir était de créer une fédération dont les membres ne sont pas des personnes physiques mais des personnes morales et surtout de créer un mouvement de transformation sociale international pour réaffirmer la place des personnes séropositives dans la lutte contre cette maladie." Une démarche qui s'appuie impérativement sur des travaux de recherche communautaire. "La recherche communautaire ? C'est une forme de recherche qui est menée par des associatifs et des scientifiques," précise Emmanuel. "Les associations n'ont pas forcément l'expertise nécessaire pour élaborer une méthode de travail, un questionnaire adapté ou les autres outils qui permettront de mener à bien leur projet. De leur coté, les scientifiques n'ont pas toujours l'expertise nécessaire pour mobiliser et impliquer les personnes directement concernées par la maladie dans ce projet. Avec la recherche communautaire, les deux se complètent."
Il cite l'exemple du projet "Partages", une grande étude qui a permis d'évaluer le besoin de dire sa séropositivité - et, le cas échéant, les conséquences d'une telle annonce - dans cinq pays différents. "Avant Partages, on voyait que les personnes séropositives avaient certains besoins dans ce domaine mais on était sur le ressenti, on ne disposait pas des données nécessaires à la mise en place d'actions spécifiques. Des travaux de recherche communautaire ont permis de documenter de manière précise ces situations." Les équipes qui ont travaillé sur Partages n'en sont qu'à la première étape de l'analyse des données recueillies mais Emmanuel distingue déjà quelques avancées. "Suite à cette étude, plusieurs structures ont commencé à travailler avec des couples séro-différents (un partenaire séropositif, l'autre séronégatif), l'association ARCAT-SIDA a mis en place La chambre des secrets pour permettre aux femmes séropositives maliennes d'échanger sur le sujet, l'ALCS a pu récolter de quoi travailler sur le non-respect du secret médical qui est un problème important au Maroc, ARAS, association roumaine qui a participé à ce projet, a mis en place de nouvelles actions destinées aux nombreux adolescents séropositifs qui vivent dans ce pays..." Partages a permis à ses participants de construire une réflexion commune, d'en adapter les conclusions aux spécificités de chaque pays et a abouti à l'élaboration d'un livre pratique et pédagogique(2) qui explique comment mettre en place d'autres programmes de ce type.

L'ALCS (Maroc) et AIDES travaillent ensemble depuis une dizaine d'années
Car le travail de cette coalition est bien de transmettre ses savoirs aux autres associations, de mener le plus de militants possible vers l'autonomie en leur apportant si besoin un soutien financier et technique. "La coalition est pour l'instant composée de dix adhérents dont huit membres et deux partenaires. Nous sommes en train de travailler avec ces deux partenaires, une association africaine et une bolivienne, pour qu'elles puissent devenir membres l'année prochaine. Si une association demande à adhérer à Coalition PLUS mais qu'elle ne remplit pas tous les critères requis(1), si elle n'a par exemple pas de comptabilité analytique ou de commissaire aux comptes, Coalition PLUS peut en effet l'y aider. Une fois membre, elle pourra bénéficier si besoin d'un soutien financier." Il ajoute que le fait de rejoindre la coalition permet d'utiliser son logo, "détail très important", en particulier en Afrique subsaharienne où peu d'associations ont les moyens de prouver la légitimité de leur travail et le bon déroulement de leurs actions : "ce logo, c'est un gage de qualité : on se dit que cette association a une vie associative démocratique, vivante, et qu'elle est en capacité de gérer son argent de manière transparente."
Au quotidien, aux quatre coins du monde, salariés et volontaires se relayent pour faire vivre les différents groupes de travail qui composent cette coalition. "Il faut communiquer sur nos actions pour soulever des fonds, mener des activités de "lobbying" et plaider auprès des instances politiques pour que le sida reste à l'agenda international, faire le lien entre les militants, scientifiques, anthropologues, sociologues et autres experts impliqués sur les programmes en cours... Notre plus gros dossier, c'est peut-être la taxe sur les transactions financières (TTF ou Taxe Robin des Bois), une micro-taxe que nous demandons depuis plus de quatre ans pour financer la lutte contre le sida dans les pays pauvres mais qui avance doucement." Il faut dire que Coalition PLUS est présente au sein du conseil d'administration du Fonds mondial de lutte contre le sida, de celui d'Onusida, qu'elle participe à UNITAID... Un détail qui a toute son importance quand on souhaite porter la parole des "sans-voix" et faire avancer leur condition. "On a commencé à quatre associations, maintenant on est dix," se félicite Emmanuel. "Faire partie d'un mouvement international a permis à la plupart de nos membres d'aller au-delà de la militance dans leurs pays, de réaliser l'importance qu'il y a à être en capacité de démontrer les difficultés qu'ils rencontrent. L'apport financier leur a permis de faire des choses qu'elles ne pouvaient pas faire, de se réunir lors des assemblées générales pour faire le bilan des travaux effectués et envisager les prochains... Nous avons peu de membres mais nous les connaissons bien. Tous sont mobilisés et ont de nombreux projets pour les années à venir."

Des membres de l'association Arcat-sida (Mali) réunis pendant un groupe de travail
(1) Les critères du label d’adhésion pour le statut de membre :
- L’association est reconnue juridiquement dans son pays.
- La lutte contre le VIH/sida est l’objet principal de l’association.
- L’objectif d’intérêt général visant la « transformation sociétale » ou toute notion équivalente est clairement exprimé dans les buts de l’association.
- La démarche communautaire est le principe de fonctionnement de l’association.
- Les personnes infectées, soit en qualité de membres soit par l’exercice d’une fonction de direction au sein des instances de l’association (conseil d’administration ou organe équivalent), sont présentes et impliquées dans l’organisation de l’association.
- Les textes qui régissent la gouvernance de l’association assurent une représentativité de ses membres sur la base de principes démocratiques et sont respectés (instances régulièrement réunies et délibérations publiques consignées et disponibles).
- L’association a adopté une comptabilité générale et analytique d’engagement respectant les normes internationales.
- L’association est en capacité de fournir les comptes certifiés pour les années n-1 et n-2 par un cabinet indépendant.
- Un rapport d’activité annuel couvrant l’ensemble des actions de l’association et/ou des associations éventuellement rattachées (fondation ou fédération) est établi.
(2) “De la recherche en collaboration à la recherche communautaire” : le guide.
"De la recherche en collaboration à la recherche communautaire" (collection "Sciences sociales et sida" de l’ANRS) alimente de manière inédite le partage d’expériences et la réflexion sur la fabrication de la recherche dans ses aspects les plus concrets. Innovant, métholologique, il constitue un précieux outil pour tous ceux qui s’engagent dans des recherches en collaboration et éveillera l’intérêt de ceux qui ne s’y sont pas encore essayés, qu’ils soient chercheurs, cliniciens ou acteurs de terrain. A télécharger ici !
PHOTOS : DANIEL HÉRARD