Pourquoi une journée ne suffit pas ?

Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes

01 Mars 2016

Depuis sa création en 1977 par l’ONU, le 8 mars est l’occasion chaque année de célébrer la lutte pour les droits des femmes, l’occasion de dresser un bilan, l’occasion de mettre en lumière les inégalités de genre toujours persistantes. L’occasion de rendre visible ce qui ne l’est pas les 364 jours restants de l’année

AIDES a fait le choix de s’engager au quotidien auprès et avec les femmes et de lutter contre leur manque de visibilité dans l’épidémie de VIH/sida. Les femmes ont toujours été présentes dans AIDES, en tant que soutien et militantes. Elles sont devenues une part importante des personnes fréquentant notre association.

 

La féminisation de l’épidémie VIH/sida

 

Les femmes représentent aujourd’hui environ un tiers des nouvelles contaminations en France. Deux tiers d’entres elles sont nées à l’étranger, dont une majorité de femmes originaires d’Afrique subsaharienne[1]. Un enjeu sous-considéré puisque qu’une grande proportion des personnes migrantes séropositives au VIH ont été contaminées après leur arrivée en France[2].

On constate aussi, au cours des dernières années, une part grandissante des femmes de plus de 50 ans dans les nouvelles découvertes de séropositivité. Pas correctement informées des risques de contamination, elles ne sont pas forcément à l’aise avec l’usage du préservatif, redécouvrant parfois une vie sexuelle avec des partenaires multiples après des années passées avec un même partenaire.

« Je n’ai plus regardé mon corps, je ne l’ai plus vu. Il n’existait plus du tout. Mon miroir était vide, je n’existais plus, j’étais gommée » Camille*

Peu visibles dans l’épidémie VIH/sida et dans les campagnes de prévention depuis l’apparition du virus, les femmes ne se sentent pas suffisamment concernées, surtout lorsqu’elles n’appartiennent pas à certaines populations considérées comme les plus exposées au risque : travailleuse du sexe, usagères de drogue par injection, migrantes d’origine africaine, femmes trans, etc.

 

Savez-vous qu’une femme est deux fois plus vulnérable qu’un homme à la contamination au VIH ?

« Tant que je suis consommatrice de produits, considérée comme hors-la-loi, comment dénoncer les violences dont je suis victime? » Célia *

Cette vulnérabilité toute particulière des femmes à l’infection au VIH est liée à une combinaison de facteurs biologiques et d’inégalités de genre :

·       Au cours d’un rapport hétérosexuel non protégé, les zones de muqueuses susceptibles d’être exposées au virus sont plus étendues chez la femme, et une plus grande quantité de fluide sexuel contenant le virus est transmise de l’homme vers la femme

·       Les représentations des rôles féminins et masculins exposent les femmes à des rapports de domination et à des violences qui ne favorisent pas la maîtrise de la prévention – sur l’usage du préservatif notamment

·       La précarité, l’usage de drogue, les difficultés d’accès aux droits et aux soins pour les migrantes, les femmes trans et les travailleuses du sexe sont autant de facteurs d’aggravation des risques d‘exposition au VIH

 

Vivre avec le VIH

« Ce sujet VIH s’immisce grandement dans notre intimité : le sexe, le couple, le désir d’enfant, la contamination, les responsabilités partagées ou non » Sheliene*

Vivre avec le VIH reste encore stigmatisant et source de discriminations pour toutes les personnes séropositives, mais particulièrement pour les femmes en raison de leur infériorisation dans les rapports sociaux de genre et dans la sexualité. Elles sont d’avantage confrontées à la solitude, avec un risque de dépression et de tentatives de suicide plus fréquent.

Le VIH implique aussi un suivi médical et des traitements lourds dont les effets indésirables restent toujours un problème, particulièrement pour les femmes, du fait d’essais thérapeutiques menés essentiellement auprès des hommes. Notre récente enquête EVE  a encore démontré les difficultés pour les femmes d’évoquer ces effets indésirables avec les médecins et leur prise en compte.

Retrouvez le témoignage émouvant et puissant d’Anne Bouferguène, séropositive depuis 27 ans qui a choisi de raconter « [son] histoire, pour l'accepter, mais aussi la sortir d’[elle] pour ne plus qu'elle [la] hante »

 

AIDES au combat !

 

Depuis 1984, AIDES s’engage pour :

·       Une vie sexuelle épanouie et protégée

·       Une meilleure prise en compte des différences de sexe et de genre dans la prise en charge globale des femmes séropositives et dans la recherche médicale et sociale

·       La lutte contre les inégalités de genre et les violences faites aux femmes

 

AIDES milite aussi pour les plus jeunes à qui il est important de transmettre la force, la légitimité et les outils nécessaires pour faire respecter leurs choix, leur consentement et leur stratégie de prévention dans leur vie sexuelle.

 

Grâce à votre soutien, ensemble, nous avons contribué à de nombreuses victoires : prise en compte des spécificités Femmes dans le rapport Yéni et dans le plan national de lutte contre le VIH et les IST, reconnaissance des droits des femmes séropositives à l’assistance médicale à la procréation (AMP).

Nos territoires d’actions organisent régulièrement des actions de mobilisation et de témoignages collectifs, réalisent des enquêtes, dont « Femmes séropositives et discrimination » co-construite avec un chercheur, et des documentaires pour dénoncer la discrimination subite par les femmes.

« Je me sens forte, comme une femme qui se bat. Je me sens belle et j’ai confiance en moi. Je peux continuer à vivre une vie normale et soutenir d'autres personnes qui ont cette maladie. Je me sens libre en tant que femme. » Coraline*

*Pour des raisons de confidentialité, les prénoms ont été changés

 

Votre mobilisation est essentielle pour générer une force positive et créatrice qui pourra marquer un tournant dans le combat des femmes vivant avec le VIH.

 



[1] Chiffres 2014 de l’Institut de Veille Sanitaire

[2] Résultat de l’étude PARCOURS réalisée par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales