LGBT : nos propositions à Najat Vallaud-Belkacem

Groupe de travail

stickers contre l'homophobie
16 Novembre 2012

En octobre dernier, Jean-Marc Ayrault et le ministère des Droits des Femmes ont lancé un grand travail de réflexion pour établir un ambitieux "programme d'action gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre". Cette réflexion s'est construite lors de plusieurs ateliers ; AIDES et les autres associations invitées pouvaient également apporter leurs contributions écrites...

C’est, assez logiquement, sur le lien entre discriminations et VIH que s’ouvre le texte délivré par AIDES : "Un monde sans sida est possible [...] La revue médicale The Lancet suggère ainsi qu’en combinant proposition systématique de dépistage et proposition d’un démarrage du traitement anti-VIH pour les personnes séropositives, et ce partout dans le monde, il est possible de réduire mécaniquement le nombre de nouvelles contaminations et d’en finir avec l’épidémie d’ici à 2040". Il y a une condition primordiale à cela : "Cet objectif n’est pas réalisable en l’absence de volonté politique, notamment face aux discriminations dont font l’objet les populations vulnérables au VIH ainsi que les personnes séropositives au VIH. Ces stigmatisations ont un impact négatif sur les capacités de ces personnes à prendre soin d’elles-mêmes, elles sont un facteur d’inégalités de santé, particulièrement dans les communautés LGBT [lesbiennes, gays, bi, trans]."

Les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, les usagers de drogues et les personnes en situation de prostitution sont en effet les plus touchées par l’épidémie de VIH/ sida. "En France, les gays, les bis et les trans représentent près de 40 % des nouvelles contaminations tous les ans, la prévalence au VIH frôle les 20 % chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes fréquentant les lieux de convivialité de la région parisienne (Enquête Prevagay 2009). [...] Il est nécessaire de permettre [aux personnes LGBT] un réel accès à l’information, à la prévention, et à de véritables actions de promotion de la santé. Ceci passe d’abord par la lutte contre les stigmatisations et discriminations qui sont autant de facteurs éloignant des soins ; cela passe aussi par un ensemble de campagnes et d’actions spécifiques et adaptées aux besoins, afin de permettre un rattrapage, et de répondre aux inégalités sociales de santé existantes".

AIDES se bat aux côtés des LGBT

Notre contribution rendue au ministère de Najat Vallaud-Belkacem continue ainsi : "Il est plus simple d’accepter de se faire dépister quand le VIH n’est pas porteur de stigmates condamnant les personnes à l’exclusion et au rejet. Il est plus simple de soutenir les personnes dans l’appropriation de leur santé sexuelle quand elles se sentent libres de parler de leurs pratiques, leurs envies, leurs craintes et doutes, quand il n’y a pas de peur du jugement social ou médical. Lutter contre le VIH et les hépatites n’est donc pas seulement une question médicale, mais une question qui interroge toute la société et s’adresse au politique. Elle implique d’agir sur les moteurs sociaux et sociétaux de l’épidémie. Le travail sur les mentalités est un processus long et complexe. Il doit être accompagné de mesures législatives et réglementaires pour faire face aux lacunes sociétales en assurant une protection par le droit".

 

 
Homophobie, transphobie, sérophobie et inégalités

Nous attendons donc "de l’Etat et des décideurs politiques qu’ils prennent leurs responsabilités en étant porteurs de normes juridiques et de programmes qui contribueront à protéger les personnes tout en faisant progresser l’ensemble de la société. Pour les personnes Trans, l’urgence est de travailler sur l’état civil et en finir avec la transphobie d’Etat. Pour les séropositifs, c’est permettre, dans le cas de violences motivées par le statut sérologique, vrai ou supposé, de rendre une justice en adéquation avec le préjudice subi et pour cela de faire entrer dans le code pénal de mention de "l’état de santé" comme critère aggravant.".

Dans ce texte, nous expliquons par exemple que "toute transgression des normes, en tant qu’elle est interprétée comme une rupture du contrat social, place l’individu en marge de la société. Or, la marginalisation, ou sa crainte, peut trop souvent mener à une précarisation des personnes qui, soumises aux doutes et à la crainte des jugements, conduites à mentir, se trouvent plus vulnérables sur le plan tant social que psychologique et physique. Dès lors, comment espérer que des individus puissent prendre soin d’eux-mêmes et de leur santé ? Il n’y aura pas de service de santé de qualité véritablement offert à tous tant que la problématique de la stigmatisation ne sera pas résolue. Mais il est également temps de considérer que les difficultés d’accès à la santé des LGBT constituent en elles-mêmes une discrimination, et qu’il faut lutter contre".

Nous attendons une solidarité de la société toute entière...

Pour AIDES, "Lutter contre les inégalités de santé passe d’abord par l’action communautaire, c’est à dire des projets qui se construisent avec et en réponse aux besoins spécifiques de populations LGBT. En France, les politiques publiques suivent le principe républicain d’une égalité de droits pour tous. Mais l’égalité de droit ne doit pas être comprise comme proposer la même chose a tout le monde ; car dans ce cas, des inégalités de fait s’installent et se creusent. La loi française stipule, par exemple, que l’accès à la santé doit être le même en prison et en dehors. Dans les faits, les personnes détenues n’ont pas accès au matériel de prévention, notamment aux seringues propres pour les personnes injectrices de drogues."

L'Etat doit également reconnaître et valoriser l'expertise et le savoir-faire des associations "tout en pérennisant les financements de manière à ne pas compter sur la seule solidarité communautaire, mais sur une solidarité de la société tout entière. Il est enfin primordial de mettre en commun les approches et les expériences avec d’autres communautés : tout en faisant partie de la communauté LGBT, un individu se reconnait dans d’autres communautés, sociales, culturelles, politiques, géographiques etc. [...] L’échange sur les enjeux et les pratiques avec d’autres communautés en est sans doute l’une des clefs, et la solidarité des minorités la meilleure garantie. La lutte pour des droits égaux est un passage essentiel, mais il ne suffira pas à garantir l’égalité, notamment en matière d’accès à la santé. De ce point de vue, en effet, l’égalité passe aussi par le droit à la différence, c’est à dire la reconnaissance et la prise en compte des besoins spécifiques, notamment ceux de la communauté LGBT."

... et un contexte favorable à la santé sexuelle

La santé sexuelle s’inscrit dans une approche de promotion de la santé et vise, selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, "un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social relié à la sexualité. Elle ne saurait être réduite à l’absence de maladies, de dysfonctions ou d’infirmités. Elle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences plaisantes et sécuritaires, sans coercition, discrimination et violence. Pour atteindre la santé sexuelle et la maintenir, il faut protéger les droits sexuels de chacun".

D’un point de vue spécifique à la lutte contre le VIH/sida, la mise en œuvre concrète de stratégies de prévention combinée demande de penser un cadre, d’articuler et coordonner cette offre à partir des outils et moyens existants (préservatifs, seringues, traitement comme prévention (TASP), counselling, mieux-être sexuel, etc.) mais aussi pour accueillir les outils qui arrivent et/ou que nous demandons : Prophylaxie pré- exposition (PrEP), Kit de traitement post-exposition, dépistages rapides des hépatites et des IST, autotests, etc. D’un point de vue structurel, la réforme-fusion des dispositifs CDAG-CIDDIST va recomposer l’organisation territoriale de cette offre et provoquer des réaffectations budgétaires. Il importe qu’une offre de promotion de la santé à portage communautaire construite avec les groupes les plus exposés et/ ou les plus éloignés de l’accès à la santé, associant une approche médicalisée intégrée, soit intégrée aux nouveaux dispositifs.

 

TEXTE ORIGINAL PUBLIÉ SUR SERONET PAR JEAN-FRANCOIS LAFORGERIE / PHOTOS : AIDES ET MLACTU.FR

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