La politique peut vaincre le sida

Election présidentielle 2012

12/03/2012

Le sida, une simple histoire de responsabilité individuelle ? 30 ans après son apparition, l’épidémie reste un enjeu qui engage la société toute entière. Historiquement, lutter contre le sida ne s’est jamais réduit au combat médical contre la maladie. C’est aussi un combat politique, un combat pour faire évoluer les mentalités, faire reconnaître les droits des plus précaires et des minorités. Un combat pour faire évoluer les droits de TOUS les malades
Aujourd’hui ce combat connait un changement radical de paradigme: pour la première fois, une fin de l’épidémie est envisageable. Non seulement les traitements sauvent les vies, mais nous savons désormais qu’ils empêchent la transmission du virus. Si le sida est une maladie politique, la politique peut désormais vaincre le sida.

Lutter contre le sida, c’est faire avancer la société toute entière

Beaucoup de luttes ont été menées et d’avancées sociales obtenues grâce à la mobilisation des associations de lutte contre le sida, ou avec le soutien de, dont :

- Les ATU qui permettent à une personne gravement malade de bénéficier d’un traitement avant son autorisation de mise sur le marché
- Le PACS qui autorise l’union civile des LGBT
-    Le droit pour un patient d’accéder à son dossier médical.
- la convention AERAS qui garantit le droit à l’emprunt des personnes ayant un risque aggravé de santé
- la défense du droit au séjour pour soins pour les étrangers malades supprimé par le gouvernement Fillon en 2011

Voilà pourquoi la lutte contre le sida a toujours été, et demeurera, un combat pour les droits de TOUS.

A condition de le vouloir vraiment.

Sans des conditions de vie dignes, sans un système de soins égalitaire et accessible, sans titre de séjour ou la reconnaissance de ses droits les plus élémentaires, qui en France pourra prétendre qu’il est possible de se soigner ? Nous ne cesserons jamais de rappeler cette évidence : plus les droits des personnes sont respectés, mieux elles se soignent, et moins à terme elles ont besoin de soins lourds et coûteux. Pour Bruno Spire, «  Si nous savons aujourd’hui comment arrêter l’épidémie, nous savons aussi que la solution est en grande partie politique. Il est difficile de faire passer un message de prévention, de dépister ou de soigner des populations reléguées en marge de la société. Dans le cas du VIH, il y a un lien direct entre la santé de l’un et la santé de tous. En limitant l’accès aux soins des plus pauvres ou des étrangers, c’est toute la société que l’on met en danger ».

 

 

 

 

 

A l’échelle mondiale, c’est aussi un combat pour plus de solidarité entre le Nord et le Sud. Malgré de réelles avancées, le sida continue de progresser, inexorablement, faisant chaque jour 6000 victimes supplémentaires. Ecrasant au passage un continent africain exsangue. Parce que l’épidémie ne connaît pas de frontières, l’urgence de la lutte impose de dépasser les replis nationaux. La France ne peut pas tout, mais elle a son rôle à jouer. Il serait bien que les candidats s’y engagent.

 

 

Pour AIDES, en finir avec le sida c’est d’abord généraliser l’accès aux traitements à tous et partout, afin qu’aucun malade dans le monde n’en soit privé. Ce qui implique de garantir partout les droits des malades et les libertés fondamentales. Plus aucun citoyen ne doit être stigmatisé ou écarté du parcours de soin en raison de son portefeuille, de sa nationalité, de ses pratiques, de son genre ou de son orientation sexuelle. C’est à ces conditions que nous vaincrons.

Nous attendons des candidats une prise de conscience à la hauteur de l’enjeu. Nous leur demandons des engagements fermes sur  la mise en œuvre d’une politique volontariste et ambitieuse, une politique qui protège les populations les plus fragiles en garantissant leurs droits à la santé, à des conditions de vie décentes et à une prise en charge médicale de qualité. Parce que le résultat des élections scellera la politique de santé pour les cinq années à venir, parce qu’il sera de la responsabilité du futur président de mettre fin au sida, nous ne pouvons laisser passer cette opportunité. L’enjeu est trop grand.

Nous comptons donc être aussi présents que possible dans cette campagne.
Lancement partout en France d’une grande campagne militante, organisation de débats citoyens, participation aux meetings et mise en place d’actions publiques : nous mobiliserons toutes nos armes pour interpeller les candidats et leur poser finalement cette question simple : Sida, stop ou encore ?
 

 

Sacrifier la santé au nom de la rigueur budgétaire : le socio-suicide de l’Espagne et de la Grèce

Abolir les franchises médicales ? Quelle drôle d’idée ! Pas question de restaurer des droits vitaux détricotés sous la dernière mandature, il faut déjà rétablir les comptes publics, nous répondent certains candidats. Ont-ils au moins observé ce qui se passe ailleurs ? Sommes-nous les seuls à constater les effets pervers des politiques d’austérité imposées à la Grèce ou à l’Espagne ?

L’exemple de la Catalogne, soumise à un véritable traitement de choc en matière de santé, est édifiant. Le gouvernement régional a opéré une réduction de 10%, soit un milliard d’euros d’économie sur toutes les dépenses de santé. « Résultat à l’échelle d’une région de sept millions d’habitants : en dix mois, l’activité chirurgicale a baissé entre 30 et 40%, 3 000 lits d’hôpitaux ont été supprimés, les files d’attente ont gonflé de 51% », selon le Collège des médecins, cité dans un article de Libération.  Dramatique en Espagne, la situation devient catastrophique en Grèce. On y constate depuis 2010 une explosion du nombre de personnes séropositives (+ 54 % sur l’année, du jamais vu).

Les causes ? Sous l’effet des diminutions de salaires et de prestations sociales, les Grecs ont diminué leurs dépenses de santé de 36 %. Parallèlement, les crédits hospitaliers ont baissé de 40% et un tiers des programmes sociaux ont été supprimés, notamment parmi les programmes de prévention à destination des toxicomanes. « On voit ici clairement à quoi mènent les politiques d’austérité. Lorsque santé et protection sociale deviennent des variables d’ajustement économique, les conséquences humaines sont immédiates. C’est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire », explique Christian Andreo, directeur des actions nationales de AIDES. Car dans le même temps, la crise a boosté de façon spectaculaire la consommation de drogues (+20% pour l’héroïne), et accueillait un nouvel entrant low cost sur le marché : la Sisa. La sécurité sociale continue de partir à la découpe dans notre pays ? Nous laissons à nos dirigeants la responsabilité de cet avenir radieux.
 

Lire la suite de notre dossier : Les candidats peuvent vaincre le sida : la campagne militante