Si les hépatites B et C font peu parler dans les médias, elles restent une des principales causes de mortalité dans le monde. Un peu partout, elles continuent de se propager et la prise en charge des personnes qui en sont atteintes demeure très insuffisante. Développer une offre de dépistage adaptée, encourager la vaccination contre l'hépatite B, distribuer du matériel d'injection stérile aux usagers de drogues, mettre l'accent sur la co-infection... Ce sont les nouveaux enjeux de la lutte contre ces deux virus.
"Aujourd'hui, l'Afrique vit une épidémie d'hépatite B généralisée, l'Europe de l'Est et le Maghreb une épidémie d'hépatite C sans précédent, un quart des personnes porteuses du VIH sont aussi porteuses du virus de l'hépatite C (VHC) en France et ces personnes co-infectées sont doublement sujettes aux complications... Alors qu'il existe un vaccin efficace pour prévenir l'hépatite B et des stratégies pour réduire les risques de contracter l'hépatite C !" explique Franck Barbier, responsable des actions thérapeutiques à AIDES. Il souligne certaines méconnaissances qui persistent et font frein à la prévention : "Il y a encore beaucoup de personnes qui ne savent pas que l'hépatite B se transmet par voie sexuelle, d'autres qui ont guéri d'une hépatite C puis en contractent un autre parce qu'ils n'arrivent pas à identifier la pratique précise qui leur a fait prendre ce risque..." Partage de seringue ? Paille de sniff ? Rapport sexuel avec blessure invisible ? "Une micro-coupure, de petites quantité de sang dans d’autres fluides, sur des objets, et qui ne ressemblent pas forcément à un "liquide rouge" bien identifiable peuvent suffir pour contracter l'hépatite C si elles sont en contact avec une "porte d’entrée" (muqueuse très vascularisée, affleurement sanguin).

Cette dernière question fait l'objet de plusieurs études. "En 2010, un taux de recontaminations très important a été observé, notamment dans des études réalisées chez les gays, à Londres et Amsterdam. En France, ce nombre reste difficile à évaluer. "On a absolument besoin de mieux cerner les modalités précises et les situations concrètes de transmission du VHC pour aider les personnes à maîtriser leurs risques. La Mission Innovation, Recherche, Expérimentation (MIRE) de AIDES s'est engagée dans un projet de recherche communautaire dans cet objectif." Franck revient sur le problème de la co-infection : "Les nouveaux médicaments anti-VHC peuvent entraîner des interactions avec les anti-VIH. Effets indésirables, échec du traitement... Cela avait été vérifié pour le Télaprévir mais pas pour le Bocéprévir (lab. Merck/MSD) et on a découvert des interactions un an après sa distribution aux personnes malades. Les laboratoires ne doivent plus se comporter ainsi, il y a un devoir d’anticipation lorsqu’on agit avec la santé des personnes les plus fragiles !"
Des malades affectés par ces traitements lourds, contraignants, souvent épuisants. "On vit un peu le 1996 des hépatites, pour faire référence à l'époque où sont arrivés les premiers anti-VIH efficaces : nous faisons face à une arrivée massive de traitements anti-VHB et anti-VHC, on arrive à presque 80% de guérison chez les porteurs d'un VHC de génotype 1 (le plus répandu) mais ces personnes ont besoin d'être accompagnées avant, pendant et après le traitement, d'où l'importance de mettre en place des programmes d'éducation thérapeutique avec les soignants." Isolement, dépression, difficultés au travail... Les lourds effets indésirables, physiques et psychologiques, des traitements anti-hépatites peuvent une grande précarité affective, sociale, financière. Un environnement compréhensif et soutenant est pourtant indispensable à la réussite de ces traitements et les personnes malades doivent parvenir à faire appliquer leurs droits : congés thérapeutiques, aménagement du temps et/ou du poste de travail, etc.
Franck rappelle enfin que l'élargissement de l'offre de dépistage reste la principale clé qui permettra de freiner la propagation des hépatites. Seulement, il faut que cette offre soit adaptée aux publics qui en ont besoin : "On estime à 500 000 le nombre de personnes concernées par ces deux hépatites en France et, presque une sur deux qui s’ignore porteuse du virus. Le dépistage s'est élargi ces dernières années mais il n'est pas assez ciblé." Les gays, les migrants issus de zones d’endémie, les usagers de drogues, qui sont parmi les plus touchés, ont besoin d'une approche spécifique, élaborée par des personnes qui viennent de la même communauté, qui comprennent leurs modes de vie et qui se rendent sur le terrain, à leur rencontre, dans les commerces, bars, lieux festifs et autres établissements communautaires. Pour cela, la MIRE travaille également à la mise en place de "tests rapides d'orientation diagnostic" (TROD) qui permettraient aux militants de proposer un dépistage des hépatites B et C dans les locaux de l'association ou en milieu extérieur, comme cela existe pour le VIH depuis janvier 2011.
PHOTOS : AIDES