Prendre un traitement anti-VIH pour ne pas transmettre le virus à son ou sa partenaire : cette pratique, qui est aussi appelée TasP pour Treatment as Prevention, est entrée dans les moeurs chez les hétérosexuels séropositifs. La quasi-totalité des médecins s'accorde à dire que cette stratégie est également efficace chez les gays. Mais quel est précisément le niveau de risque résiduel dans la vraie vie ? Pour le savoir, AIDES a décidé de s'investir dans l'étude européenne PARTNER (1). Objectifs et modalités pratiques à l'attention des couples gays sérodifférents qui voudraient y participer...
Début 2011, les résultats de l'essai clinique HPTN 052 sont venus confirmer l'avis suisse de 2008 selon lequel « Les personnes séropositives ne souffrant d'aucune autres IST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle, » ceci avec un risque résiduel de transmettre le VIH lors de rapports sexuels sans préservatifs « nettement inférieur à 1/100 000 ». HPTN 052 comparait l'impact d'une mise sous traitement antirétroviral précoce avec une mise sous traitement à moins de 250 CD4/mm3 (recommandations générales à l'époque), sur le nombre de contaminations au sein des couples hétérosexuels. Résultat : une réduction d'au moins 96% de la transmission du VIH.
La quasi-totalité des transmissions observée durant l'étude a en effet eu lieu chez les personnes dont le partenaire n'était pas traité : 28 sur 29 transmissions (ce rapport donne le chiffre de 96%). La seule transmission observée à partir d'un partenaire traité (qui donne 96% au lieu de 100%) a eu lieu au moment de la mise sous traitement (juste avant ou juste après) et donc avant que le traitement n'ait permis de réduire la charge virale. L'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estiment qu'il faut s' « assurer que les couples ont la possibilité de choisir le traitement comme prévention et qu'ils y ont accès. » Les deux organismes voient dans le TasP une incitation au dépistage, à la discussion autour du statut sérologique et des options de prévention avec les partenaires, un encouragement à être suivi médicalement et un levier pour réduire les stigmatisations et les discriminations qui entourent le VIH. A ce jour, on n'a encore jamais scientifiquement documenté des cas de transmission liés à une personne dont la charge virale est indétectable.
Le TasP manque de données chez les gays
On n'a pas d'essai randomisé comme il en existe chez les hétéros (HPTN 052 a seulement suivi 3% de couples gays). Mais d'autres études suggèrent que c'est une méthode tout à fait valable... surtout en respectant les critères de l'avis suisse : traitement efficace depuis au moins six mois donc charge virale indétectable depuis au moins six mois, pas d'infections sexuellement transmissible (IST), très bonne observance aux traitements. Dans le cas contraitre, le risque résiduel est susceptible d'augmenter.
Pour Michel Ohayon, médecin, directeur du 190, premier centre de santé sexuelle français, « il n'y a pas de raison biologique pour que l'effet préventif ne s'applique pas » chez les gays. Le médecin déclare (comme le professeur Alain Sobel, de l'Hôpital Henri Mondor, à Créteil), avoir dans sa patientèle de nombreux couples gays sérodifférents qui ont arrêté l'usage du préservatif. Le professeur Christine Rouzioux (virologue à l'Hôpital Necker-Enfants malades, à Paris), le confirme : « Homo couple stable, c'est comme hétéro couple stable. » Mais ces données ne satisfont pas nécessairement tout le monde, malgré l'excellente corrélation entre charge virale du sang, charge virale spermatique, et l'absence d'effet de la présence d'IST sur la charge virale dans les sécrétions rectales.

Objectif : 1 600 couples d'ici 2015 !
Si on parvient à inclure suffisamment de couples gays sérodifférents, l'étude Partner donnera, d'ici 2015, des éléments intéressants sur l'efficacité du TasP chez les hommes gays et bisexuels. Ces nouvelles informations vont permettre d'affiner le niveau de risque résiduel (risque subsistant après que des mesures de prévention ont été prises) au niveau individuel, ce qui favorisera une meilleure appropriation de cette technique de réduction des risques par les couples. Gays et hétéros compris, l'objectif est de parvenir à recruter 1 600 couples. La France dispose déjà de quatre sites pour cette étude : l'Hôpital de l'Archet à Nice, l'Hôtel Dieu à Nantes, l'Hôpital Tenon et le centre de santé sexuelle « Le 190 » à Paris.
Sur un objectif de 130 couples, seuls 31 étaient inclus fin 2011. Au niveau européen, au printemps dernier, seul un tiers des couples inclus étaient des couples gays. Pour cette raison, et parce que les données chez les hétérosexuels sont déjà de tès haute qualité scientifique, AIDES a décidé de n'inclure que des couples gays. Vous êtes un homme en couple avec un autre homme ? L'un de vous est séropositif et suit un traitement antirétroviral ? Vous avez eu des rapports sexuels sans préservatif au cours des six derniers mois et v ous envisagez d'en avoir d'autres au cours des mois à venir ? Il vous sera possible de participer à l'étude avec AIDES à Marseille, Nice, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Paris, Strasbourg, Lille, Lyon et Rennes. Le mail contact est etude-partner@aides.org.
Partner est une étude d'observation de cohorte. Tous les trois à six mois, les participants devront remplir un questionnaire et les partenaires séronégatifs devront passer un test de dépistage du VIH, ceci en toute confidentialité et dans le respect de l'anonymat. Vous conservez vos habitudes et votre mode de vie. Rien de contraignant ! Plus d'infos sur
http://www.partnerstudyeu/ (cliquez sur le drapeau français en haut de la page).
TEXTE : RENAUD PERSIAUX