(interview) François Hollande : "Le sida ne doit pas seulement concerner ceux qui (en) sont porteurs"

Présidentielle 2012

19/03/2012

"Que de chemin parcouru !" s'exclame François Hollande quand on l'interroge sur les 30 ans de l'épidémie. Les campagnes de sensibilisation, les progrès thérapeutiques, les nouveaux outils de prévention… Ce sont de "grands succès" mais "le sida est toujours là" et "notre devoir de vigilance et d'action doit être constamment rappelé." Ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, député et président du Conseil général de Corrèze, le candidat PS a, depuis le lancement de sa campagne, traité à plusieurs reprises de la santé. Pour Seronet, il se prononce plus en détails sur la lutte contre le VIH et les hépatites. Résumé.

François Hollande explique que l'Aide médicale d'Etat (AME), principal dispositif qui permet aux étrangers malades d'accéder aux soins, ne représente que 0,4% des dépenses de l'assurance-maladie mais qu'il faut désormais débourser 30 euros pour en bénéficier. Chaque année, avant que le gouvernement ne restreigne les conditions du droit au séjour pour soins, seuls 5000 titres de séjour étaient délivrés à ceux qui n'ont pas accès aux traitements dans leur pays d'origine. "Si je suis élu, je souhaite revenir sur ces décisions," déclare François Hollande. "Les politiques d'exclusion et de stigmatisation visant à réduire des dispositifs comme l'AME ne pourraient nous conduire qu'à une catastrophe sanitaire."

 

Le candidat souhaite "rétablir l'équilibre des comptes de l'assurance maladie" avec "justice" et "efficacité" : "Nous devons faire en sorte que plus personne ne soit à plus de 30 minutes d'un centre permettant une prise en charge d'urgence. Des pôles de santé de proximité, qui pourront avoir diverses formes, regrouper des professionnels salariés ou libéraux, seront développés dans chaque territoire. La justice impose aussi d'encadrer les dépassements d'honoraires." Il rappelle que les Français consomment plus de médicaments que les autres européens et qu'ils consomment des médicaments plus chers, génériques compris, que les primes des complémentaires ont augmenté d'environ 50% depuis 2002, et propose de "mettre fin à la convergence tarifaire entre l'hôpital public et le secteur privé" et de compléter la tarification à l'activité par "une meilleure prise en compte des missions de service public et de la pertinence des soins prescrits."

 La revalorisation de l'Allocation pour adultes handicapés (AAH), qui reste aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, "doit être un objectif" mais François Hollande "ne peut prendre d'engagement pour l'immédiat." La réforme du médicament, qui n'autorise toujours pas les essais comparatifs entre nouveaux médicaments et médicaments existants et ne permet toujours pas aux victimes d'entamer une action de groupe, "reste inachevée" et "ces sujets devront être repris." Le rôle des patients et des associations dans la définition et la mise en œuvre des objectifs de santé publique, enfin, est salué par le candidat qui appelle d'ailleurs à plus de transversalité et de transparence. "Il faut que les acteurs de la démocratie sanitaire puissent mieux participer à l'élaboration des principales décisions."

Un plan dédié à la santé en prison
Les maires de plusieurs grandes villes françaises, dont Marseille et Paris, se déclarant prêts à expérimenter les nouvelles stratégies de réduction des risques liés à l'usage de drogue, François Hollande leur en laissera la possibilité. Il est favorable à l'expérimentation d'actions nouvelles autour des salles de consommation supervisée, de l'accompagnement à l'injection et des programmes d'échange de seringues en prison qui viendront d'ailleurs compléter "un plan spécifique pour la santé des personnes incarcérées." La dépénalisation et la légalisation de l'usage de drogues, qui pourraient faciliter l'accès à la santé des publics concernés, attendront en revanche. "L'interdit doit demeurer" même s' "il faudra sans doute faire évoluer certaines peines qui ne sont pas réalistes et donc peu dissuasives," comme l'incarcération des consommateurs de cannabis.

"La priorité est de faire appliquer la loi"
S'il la sérophobie doit être reconnue comme une circonstance aggravante par les tribunaux ? Il serait "cohérent" que "les menaces faisant référence à l'état de santé" le soient mais "la discrimination en raison de l'état de santé (…) est déjà punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. La priorité est donc de faire appliquer efficacement la loi." LOPPSI 2, qui instaure depuis peu le dépistage sous contrainte des personnes présumées séropositives ayant été en contact avec un dépositaire de l'autorité publique ? François Hollande rappelle que cette loi porte atteinte aux Droits de l'Homme, doute qu'elle soit applicable, mais ne se prononce pas en faveur de son abrogation. Répression toujours, le candidat PS ne s'oppose ni à l'abolition de la prostitution ni à la pénalisation des clients : "la réflexion doit être ouverte," "ce qui nuit le plus à l'accès aux soins des personnes prostituées, aujourd'hui, c'est la racolage passif (…) qui conduit à repousser la prostitution dans des zones peu accessibles pour les associations…"

TTF : "le sujet mérite mieux que la micro-taxe de Nicolas Sarkozy…"
Solidarité avec l'international, enfin : "le sujet mérite mieux que la micro-taxe que Nicolas Sarkozy soumet au Parlement." François Hollande explique qu'une taxe sur les transactions financières européenne rapporterait 57 milliards d'euros par an : "Une part de cette taxe devra servir à désendetter les Etats : c'est le système financier, responsable de la crise, qui viendra ainsi rembourser la dette publique qui a été engendrée par celle-ci. Mais elle devra aussi être consacrée à la croissance, par l'investissement dans des projets d'avenir, au financement international du développement et à la lutte contre le changement climatique." Le leader socialiste en est conscient : "Nous devrons faire plus, avec nos partenaires, pour assurer l'accès universel des malades du sida aux traitements disponibles."

      

L'intégralité de cette interview est en ligne sur www.seronet.info

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