Carmen, militante à la prison de Nîmes

Parole de militants

24/10/2012

Carmen est investie sur les actions "prison" de AIDES, dans un centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD) du bassin méditerranéen.

Plusieurs fois par semaine, elle se rend à la maison d'arrêt de Nîmes pour échanger avec des personnes détenues sur les modes de transmission du VIH, des hépatites et des autres infections sexuellement transmissibles, et sur les différentes méthodes qui permettent de réduire ces risques.
 
"Le mercredi matin, j'interviens auprès des détenus qui viennent d'entrer en prison, dans le quartier des arrivants," raconte Carmen. "Je me présente, je présente AIDES et je leur communique nos horaires de permanence. Un dialogue s'installe ensuite et les détenus sont invités à poser leurs questions." Carmen répond aux interrogations et inquiétudes qui concernent le VIH, les hépatites, l'usage de drogues et l'accès aux soins en prison, mais, pas seulement. "Tout ce qui touche à la santé peut être abordé."

  

Seul établissement pénitentiaire du Gard, la maison d'arrêt de Nîmes héberge près de 380 détenus, femmes et hommes

 

Carmen rencontre donc tous les nouveaux arrivés. Régulièrement, elle retrouve aussi des habitués, avec qui elle est parvenue à créer une relation d'écoute et de confiance : "L'après-midi, j'assure une permanence dans l'Unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA) de cette maison d'arrêt. Je reçois les personnes séropositives au VIH, aux hépatites, mais aussi les usagers de drogues sous traitement de substitution. Nous avons choisi le bureau le plus éloigné des lieux de passage, au fond d'un couloir, afin que les détenus qui viennent nous rencontrer le fasse en toute confidentialité." Elle reconnaît que cette confidentialité est difficile à imposer quand on vit dans une telle promiscuité, à plusieurs dans une cellule, avec des médicaments, les effets indésirables qu'ils entraînent, les rendez-vous avec l'équipe médicale et les idées reçues qui persistent autour de ces virus.

Très engagée dans les actions de AIDES, Carmen ne compte pas ses heures et s'est complètement investie auprès des personnes détenues, un domaine d'action qui la passionne. Une fois par mois, elle anime également un groupe de parole spécial "Hépatites" dans cette prison : "Les échanges [des entretiens individuels] peuvent être prolongés pendant ce groupe de parole. Il permet aux détenus qui vivent avec une hépatite de partager et de confronter leurs expériences, de se sentir soutenu, de briser le tabou." Elle s'en désole cependant : la stigmatisation et les idées reçues qui entourent la séropositivité au VIH sont encore trop oppressantes pour créer un groupe de parole dédié aux détenus qui vivent avec ce virus. "Ces personnes ont trop peur de parler, elles refuseraient d'y participer."

Il faut poursuivre les efforts, donc, sensibiliser les détenus, le personnel pénitentiaire, les politiques... "Il y a encore beaucoup de travail en matière de réduction des risques liés à l'usage de drogues. Je travaille avec les autres militants de AIDES et avec les médecins de plusieurs UCSA de la région pour que la distribution de matériel d'injection stérile soit autorisé en prison." Elle rappelle que François Hollande s'est engagé à mettre en place un plan de santé dédié aux personnes détenues pendant la campagne présidentielle. "En attendant, je prévois d'animer des sessions pour sensibiliser le personnel pénitentiaire aux spécificités du VIH et des hépatites."

 

"L'éducation thérapeutique en prison" est un succès !
Depuis mars 2011, Carmen et les autres militants investis dans les actions "prison" à Nîmes mènent, à titre expérimental, un "programme d'éducation thérapeutique" auprès des détenus séropositifs au VIH et/ou à une hépatite.
    
Ce programme comprend des entretiens individuels, des rencontres, des séances pédagogiques et tout un accompagnement vers la sortie, la réinsertion et la réalisation d'un "projet de vie." Il est mené par des "pairs", comme Carmen, c'est-à-dire des personnes dont le profil est similaire à celui du public auquel elles s'adressent (personnes séropositives, consommatrices de produits psycho-actifs, etc) et vise à renforcer les capacités des bénéficiaires à prendre soin de leur santé.
      
"Nous allons bientôt rédiger la première évaluation de ce programme," nous a confié Carmen. "28 personnes en ont bénéficié, nous avons revu la plupart de ces personnes après leur sortie et nous envisageons de le reproduire dans d'autres villes." Elle souligne qu'aucun projet de ce type n'avait jamais été testé en France : "AIDES en est le précurseur. C'est une première ! Nous allons d'ailleurs présenter notre travail lors de la 19e conférence internationale sur le VIH/sida qui aura lieu à Washington, à la fin du mois."
PHOTOS : AIDES ET NICOLAS DUCRET

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