Caraïbes : A part, à part entière

Dossier Caraïbes et VIH

Image ruban rouge et palmier
02 Février 2013

C'est un vendredi soir au Rudi Bar dans un quartier de Saint-Laurent du Maroni, en Guyane. Marie, militante à AIDES, accueille un homme d'une cinquantaine d'années qui souhaite faire un test de dépistage. L’entretien qui est proposé avant la réalisation du test débute. L’échange est bon. Le test est effectué. Le résultat n’est pas clair. Il indique : “Indéterminé”. La proposition est faite d’un second test avec une autre technique. L’homme est d’accord. Dans l’entretien, il explique qu’il voit un médecin régulièrement, qu’il prend des médicaments tous les jours pour sa maladie… Marie lui demande si le nom de sa mala¬die, c’est le VIH. Il répond : “Non, c’est le sida !” Il indique alors que, depuis le temps qu’il prend des médicaments, il ne devrait plus être malade… Alors il est venu faire un test aujourd’hui pour savoir s’il avait encore la maladie dans le corps. Cette histoire, Marie, militante à AIDES, l’a vécue. Elle est une des facettes de ce qui peut se passer en Guyane. Un exemple parmi d’autres dans les Caraïbes ; un exemple qui en dit long.

 

Nous sommes fin juillet 2012… à Washington où se tient la Conférence internationale sur le sida. La région Caraïbe y fait l'objet de sessions spéciales. Elles accueillent le panel habituel des politiciens et des experts, les discours rodés, le satisfecit des officiels. On devrait être rassuré que la Caraïbe soit ainsi mise en avant dans un tel événement. Et pourtant, on ne peut, à l’instar de certains participants, qu’être consterné par la langue de bois qu’on y entend, l’absence de débats de fond… surtout lorsqu’on connaît l’ampleur et l’urgence des besoins des personnes confrontées au VIH dans cette région, la deuxième au monde la plus touchée.

 

Nous sommes en juin 2012, AIDES a organisé les premières Assises régionales de la région Caraïbes à Saint-Laurent du Maroni. Elles ont réuni des personnes vivant avec le VIH et/ou les hépatites, des militants, des associations de lutte contre le VIH/sida de Sainte-Lucie, du Suriname, du Guyana, de la République Dominicaine, d’Haïti, etc., des institutions comme PANCAP (Pan Caribbean Partnership against HIV & AIDS), etc. Des idées en ont surgi, des projets communs ont été lancés, un constat fut partagé. Rétrospectivement, cet événement aura eu la dynamique inverse de celle que nous avons pu constater lors des temps consacrés aux Caraïbes à Washington. Là¬bas, ce qui a frappé, c’est cette absence de mise en commun. Chaque association est venue défendre son projet, sa vision, son bilan… sans jamais voir plus large, en oubliant de raisonner sur les enjeux globaux de cette zone si particulière que sont les Caraïbes. Lors des Assises de Saint¬Laurent, une autre vision s’est imposée, d’autres déclics se sont affirmés : y aller ensemble, faire front commun, mobiliser les personnes. Les constats sont en grande partie connus. Trop peu encore, de politiques publiques prennent en compte le contexte local et défendent une véritable vision pour un système social et de santé en faveur de la lutte contre le VIH/sida. Les associations apparaissent, mais encore timidement. Surtout, on ne tient pas assez compte d’un environnement poli¬tique et légal régional particulièrement préjudiciable aux personnes et groupes les plus fragiles. C’est une évidence que certains Etats exercent, avec l’appui de la loi, une violence qui va à l’encontre des principes de santé publique et de protection des personnes. La discrimination et les stigmatisations demeurent très fréquentes contre les personnes vulnérables, que ce soient les homosexuels, les travailleuses du sexe ou les personnes migrantes.

 

 

Que nous ont permis de comprendre ces premières Assises ? D’abord qu’il ne sera pas possible de progresser dans la lutte contre le VIH/sida sans modifier le contexte légal qui pénalise les personnes les plus vulnérables. Autrement dit, il nous faut lutter pour les droits humains de tous quelle que soit l’orientation sexuelle, mettre fin à la criminalisation de la transmission du VH, défendre les droits des minorités sexuelles, s’opposer à la répression légale du travail du sexe comme de l'usage de drogues. Que nous faut¬il encore ? Penser les Caraïbes comme une région à part. A part entière ! C’est¬à¬dire dans sa diversité, ses cultures, ses langues, ses migrations… Cela interdit de penser les départements français d’Amérique comme une tête de pont exotique de la France métropolitaine, mais de les voir pour ce qu’ils sont : une composante des Caraïbes, mais aussi une charnière entre l’Europe et cette partie du monde. Nous devons donc, acteurs régionaux de la lutte contre le VIH/sida, développer des projets qui dépassent les frontières ; ainsi, des réalisations émergent comme la Plateforme LGBT, le dépistage sur le fleuve Maroni entre le Suriname et la Guyane, la marche des Fiertés de Paramaribo, le dépistage du côté français et néerlandais à Saint¬Martin. Et c’est dans ce même esprit que s’est créé ce numéro de Remaides Caraïbes. Il illustre la nécessité d’un partenariat au sein des Caraïbes et le rôle fondamental que nous, citoyens et militants de la lutte contre le VIH/sida et les hépatites, avons à jouer.

 

Pour cela, il est primordial d'améliorer nos connaissances de cette région : notamment sur les législations des pays, dans le domaine des droits des migrants sans papier, des lois de la santé publique, des pénalisations qui frappent tel ou tel groupe, etc. Nous devons réfléchir collectivement, mutualiser les moyens pour être plus efficaces et plus influents : en étant partie prenante de la recherche sur la région, en lien avec les institutions et associations déjà présentes, en partageant nos observatoires portant sur les populations vulnérables et spécifiques, en montant des projets avec d’autres. Ce numéro rend aussi compte de cette volonté.

Claire Girou, Présidente de AIDES Caraïbes

Illustration : Yul Studio

 

 

 

Lire la suite : Les Caraïbes, une chance à saisir

(cet article a été précedemment publié dans le revue Remaides spécial Caraïbes)

 

 

 

 

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