Au 21e siècle, la prévention sera virtuelle…

Prévention gay 2.0

12 Juin 2013

Sites de rencontre, t’chats, applications de drague sur smartphone… les réseaux sociaux occupent désormais une place majeure sur le marché du flirt, notamment parmi les hommes gays. Pour un coup de foudre ou un coup d’un soir, pour un câlin ou un plan hard, en quelques secondes vous voilà interconnecté à des centaines de personnes recherchant… la même chose ! Eux-mêmes adeptes de drague en ligne et voyant là l’opportunité de toucher autrement des personnes sexuellement actives, des militants de AIDES ont poussé leur association à investir le champ de la drague virtuelle.

Le web permet d’aller à la rencontre de publics difficiles à toucher et facilite l’expression de ses pratiques, fantasmes ou ses craintes. Derrière un écran, des discussions approfondies se tiennent alors qu’elles n’auraient peut-être jamais pu se dérouler en face à face. Véritable observatoire des pratiques et des publics, l’Internet dédié aux rencontres reste un espace complexe, au sein duquel il faut se repérer et en comprendre les codes.

 

Si les technologies de la communication sont une opportunité supplémentaire de mobiliser autour de la prévention, elles ne se substituent pour autant pas à la présence physique sur le terrain. Tout le monde n’utilise pas les réseaux virtuels de drague ou n’en a pas forcément les moyens. Dans ce dossier, nous ferons un petit tour d’horizon sur la prévention version 21ème siècle !

Vincent LECLERCQ, AIDES Rhône-Alpes

 

 


« Être présents sur les sites de drague est incontournable »

Elodie, Damien, Nico et Didier milite à AIDES Chambéry. Peux eux, les sites de rencontre sont un outil important de leur activité, à plusieurs égards. « Nous fréquentons différents sites de rencontre pour engager une discussion avec les internautes sur des questions de santé sexuelle et faire la publicité de nos actions, comme celles incluant du dépistage rapide. C’est aussi l’occasion de proposer aux internautes de venir à nos « Apéros gays » mensuels et passer ainsi du « virtuel » au « réel ». Notre première édition, annoncée uniquement par Internet, a tout de même ramené plus d’une vingtaine de mecs. Ce qui n’est pas négligeable pour Chambéry !

 

Nos militants qui ont un smartphone utilisent l’application Grindr. Une fois connectés, nous contactons les utilisateurs ou les laissons venir à nous. Sur certains sites, il nous est aussi possible de cibler les escorts, souvent d’origine étrangère et peu accessibles autrement. Nous leur proposons une rencontre et de faire un dépistage.

 

Être présents sur les sites de drague est incontournable, notamment dans les régions comme la nôtre où il y a peu de lieux physiques de rencontre. Nous croisons des personnes qui déclarent ne jamais fréquenter d’établissements ou lieux de drague. Peut-être ne les aurions-nous jamais rencontrées autrement ?

 

Sur les réseaux virtuels, les échanges sont plus francs voire crus. Ils demandent aussi du temps et de la patience. Il peut arriver par exemple que des conversations durent plusieurs jours car les réponses ne sont pas instantanées. »

 


Une parole plus directe...

Aurélie de AIDES à La Rochelle en fait le constat, via l'internet, le dialogue est plus franc. « Derrière leur écran, les personnes qui dialoguent avec nous sont plus cash que lors de nos actions physiques. Elles se sentent à l’abri et libres de parler, ce qui ouvre la porte à des discussions riches. Les questions sont variées : sur les IST [infections sexuellement transmissibles] ou encore comment limiter les risques lorsqu’on baise NoKpote.

 

Parfois, nous sommes mis en difficulté par certains discours avec lesquels il est difficile de rester de marbre, notamment lorsque cela touche les fantasmes qu’expriment certaines personnes. Il arrive également que des webmasters refusent notre présence en supprimant notre profil. »


... sans tabou

« Sur le net, nous confie Vince de AIDES à Lyon, il faut faire la part des choses entre les fantasmes exprimés et la réalité des pratiques. Un internaute disait rechercher un plan « contamination ». Après discussion, il confiait en fait être effrayé par le VIH, se rendait aux urgences à la moindre fellation et n’était pas épanoui dans sa vie sexuelle. Une discussion sans tabou permet de travailler sur les freins à une bonne santé sexuelle.

 

Nous avons de plus en plus de discussions autour du dépistage rapide. Des mecs expriment de la curiosité, posent des questions sur le déroulé ou nous demandent quand est-ce qu’ils pourront en faire seuls chez eux. D’autres nous font part de la peur qui les a toujours empêchés de faire le test.

 

Être présent sur les réseaux de drague est très formateur car nous échangeons davantage entre militants sur les réponses que nous formulons. »

 

Parlez-vous la Web prévention ?

Impliquer des personnes qui elles-mêmes draguent permet de mieux cibler les sites de rencontre et d’utiliser le même langage que les utilisateurs. D’ailleurs, les web-dragueurs ont leur propre vocabulaire pour informer de leurs pratiques ou de leur statut sérologique.

Connaissiez-vous les expressions suivantes ?
- Plan SSR ou safe : sexe sans risque
- Chems : plan avec des produits psychoactifs
- Chems +++ : plan avec des produits souvent illicites et par injection (« slam »)
- Plan bbk (bareback) ou NoKpote : sexe sans capote
- S+ / S- : séropo / séroneg
- CV indétectable : charge virale indétectable
- « Clean » : désigne le fait d’être séronégatif, ce terme peut être stigmatisant pour les personnes vivant avec le VIH, clean voulant dire « propre » en français

 

 

Observatoire des pratiques et des publics

La parole plus libre et confidentielle sur Internet permet de suivre les pratiques des personnes et d’obtenir des données, en vue notamment d’améliorer l’offre de santé sexuelle.

 

Constatant l’émergence du « slam » (l’injection de produits psychoactifs dans un cadre sexuel), une enquête qualitative a par exemple été menée par AIDES et ses partenaires en recrutant sur Internet des personnes concernées.

 

Tous les trois ans, le « Net Gai Baromètre », une enquête en ligne sur les comportements sexuels et le mode de vie des gays fréquentant les sites de rencontre est réalisée par le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et l’InVS (Institut de Veille Sanitaire).

Pour participer, rendez-vous sur http://www.netgaybarometre.fr


Grindr mobilise !

Grindr est une application pour smartphones (vous savez ces téléphones qui sont de véritables ordinateurs miniatures), permettant de contacter des personnes connectées alentours, par géolocalisation, à des fins de rencontres sexuelles notamment.

 

D’ores et déjà, les militants de AIDES utilisent Grindr pour discuter prévention et annoncer les actions en envoyant un message aux personnes connectées autour des lieux d’intervention. A chacun son approche, à l’image de Florian, militant à Lyon, qui invite à réaliser un test rapide du VIH dans le camion de AIDES garé sur un lieu de drague,  par un : « ça te dit de le faire en 30 minutes ? ».

 

Ces outils de discussion par géolocalisation permettent également d’entrer en contact avec des mecs ayant des pratiques entre hommes sans pouvoir en parler, dans les quartiers où l’homosexualité est cachée.

 

Enfin, intrigué par l’attrait que les gays avaient pour cette application, une équipe de chercheurs américains*  travaillant sur une étude de microbicides rectaux a ainsi recruté une partie de ses participants via Grindr. Par une bannière, les utilisateurs étaient redirigés vers une page d’explications et pouvaient transmettre leurs coordonnées. Sexuellement plus actifs, les participants recrutés par ce biais correspondaient au cœur de cible de cette étude en prévention. C’est une technique qui s’avérerait intéressante pour informer des permanences de dépistage ou des démarches à suivre après un risque.

 


Tour d’horizon des initiatives

PlanetRomeo et ses anges !

Le site leader de la rencontre entre mecs propose un espace de prévention.

Les internautes peuvent alors trouver des ressources concernant les risques de transmission du VIH et les outils de prévention. Se basant sur l’expertise communautaire, Gayroméo propose de discuter avec des utilisateurs du site venus des quatre coins du monde déclarant être ouverts pour parler prévention et orienter les personnes selon leurs besoins.


BBZ à l’heure du traitement comme outil de prévention

BarebackZone est un site dédié aux rencontres sexuelles sans préservatif, sur lequel les militants de AIDES tiennent des permanences. En plus de proposer un espace informant des risques encourus par les pratiques sans capote, chacun est libre de faire figurer sur son profil des informations relatives à son statut sérologique, aux niveaux de sa charge virale et des CD4, la présence d’autres IST ou encore les pratiques relatives à la consommation de produits psychoactifs.

Un forum de discussion dédié à la réduction des risques est également disponible pour échanger sur la santé sexuelle.


L’application Sida Info Service

Il est désormais possible de suivre l’actualité relative à la prévention du VIH et des IST, d’envoyer une question en cas de doute ou d’être appelé directement depuis son téléphone grâce à l’application pour iphone de Sida Info Service !

Une prochaine version permettra-t-elle d’identifier les lieux de dépistage les plus proches ?

 

* Burrell ER et al. Use of the location-based social networking application GRINDR as a recruitment tool in rectal microbicide development research. AIDS and Behavior, online edition. DOI 10.1007/s10461-012-0277-z, 2012.