AIDES se réorganise et élit ses élus

Au plus près des personnes

photo représentant une permanence sociale à AIDES
15/02/2011

Ils sont volontaires, investis sur les actions "femmes", "gays", "prison"... Ils seront peut-être bientôt présidents de territoires d'action, les nouvelles entités administratives et militantes que l'association met en place pour mieux répondre aux enjeux de l'épidémie. Animer une petite équipe, élaborer des projets, coordonner les actions, représenter AIDES... Les missions qui attendent ces présidents sont aussi nombreuses que les débats qui animent leurs week-ends de formation. Rencontre.

Depuis janvier 2011, les nombreux lieux de mobilisation de AIDES fixes (locaux associatifs) et mobiles (bus d'échange de seringues, permanences dans une structure extérieure...) sont regroupés en une trentaine de territoires d'action. "L'ancien réseau comprenait le siège, six délégations régionales et une soixantaine de délégations départementales," explique Mickaël Goetz, directeur des Ressources Humaines à AIDES. "Les délégations étaient trop nombreuses. Les territoires d'action vont permettre une meilleure implantation des lieux d'action, là où se joue la lutte contre le VIH, et plus de synergie. Il y a un territoire d'action par région administrative française, comme c'est le cas pour les agences régionales de santé (ARS). Nous sommes désormais en phase avec la réorganisation du système sanitaire."
 
A la tête de chaque territoire d'action, il y aura bientôt un ou une volontaire qui aura été élu(e) par d'autres volontaires mobilisés localement. Les élections auront lieu en mars et avril 2011. Les missions des futurs présidents et présidentes, les candidats les ont découvertes et définies ensemble pendant un premier séminaire (20-23 janvier 2011). "Ce séminaire, c'est pour former les volontaires à ce qu'on attend d'un président de territoire d'action. Animer une petite équipe de militants, monter un projet associatif, représenter AIDES auprès des instances de santé régionales, des médias locaux, des financeurs... Mais c'est aussi pour recueillir leurs attentes, leurs besoins, leurs projets," expliquait Mickaël Goetz quelques jours avant. Nous sommes allés à la rencontre des candidats...

 


 
 Représenter AIDES, "c'est communiquer les valeurs pour lesquelles on se bat"
 
Assis en cercle, un bloc-notes dans la main, les volontaires débattent de la future fonction de président(e) de territoire d'action. Tous ont bien compris la fonction. Il faudra élaborer des projets associatifs, valider et suivre ceux proposés par d'autres volontaires, coordonner et soutenir les actions menées dans les lieux de mobilisation, participer au recueil de données sur la situation épidémiologique de la région... Après, il faut savoir prioriser les actions, comme le rappelle Céline, volontaire à Marseille. "Admettons qu'il y ait beaucoup de volontaires  sur l'action "gay" de mon territoire d'action, que nous sommes présents dans les lieux de dragues pertinents... Est-ce qu'on estime que les besoins sont couverts et se dirige-t-on vers autre chose ?"
 
Avant de prendre ce genre de décisions, il faut consulter les données scientifiques et les recommandations des experts, notamment auprès du centre de coordination régionale de lutte contre le VIH (Corevih), mais se pose aussi la question du budget. "Bien sûr, la décision d'attribuer un budget revient au conseil d'administration. Mais, une fois qu'on a les financements, les besoins, la demande... On a de quoi plaider pour mettre en place notre action," explique la jeune militante. "Dans tous les cas, le principal est de mobiliser les personnes car, sans moyens humains, on ne peut pas faire grand chose." Jean-Michel, volontaire en Alsace, rappelle que "le président doit aussi avoir le recul nécessaire." En tant que représentant de AIDES, il doit parvenir à "communiquer les valeurs pour lesquelles il se bat". Il doit être capable d'analyser une situation, de se poser des questions pour que les actions menées sur son territoire répondent aux axes stratégiques de l'association. "Est-ce qu'on atteint nos objectifs ? Est-ce que ce qu'on fait est en lien avec la transformation sociale recherchée ? C'est primordial."

 


 

 "S'inscrire dans une fonction d'élu, c'est contribuer à arrêter l'épidémie"
 
Etre élu et ne pas réussir à se faire une place au sein du territoire d'action, à s'intégrer parmi les anciens : c'est la grande crainte de la majorité des candidats. Il y a aussi la peur de ne pas être écouté, de ne pas réussir à faire entendre ses idées. Pour Valentin, le principal frein serait peut-être le manque d'expérience. "Les compétences pour prendre la parole, pour assurer la représentativité... Ca s'acquiert au fil du temps mais, pour l'instant, on ne les a pas." Simon craint plutôt le manque de moyens, humains ou financiers, qui empêcherait la réalisation de certains projets. Et puis, le président devra aussi représenter AIDES auprès des partenaires extérieurs, "comment être crédible, comment les convaincre de s'associer à un projet ?"
 
Pascale les rassure : elle a suivi la formation "plaidoyer" de AIDES et a apprit à traiter avec des partenaires. Elle suggère la mise en place d'un entretien annuel pendant lequel les présidents de territoire d'action pourraient exprimer leur ressenti. "Une fois par an, dans ma délégation, chaque volontaire a la possibilité de rencontrer un responsable pour faire le point," explique-t-elle. "Il faudrait la même chose pour les élus." Confiante, elle rappelle que, "pour être souenu dans le travail d'élu, ce qui compte, c'est l'équipe et le travail d'équipe." Le travail avec le grand public aussi, ça compte. Beaucoup tiennent d'ailleurs à garder leurs missions actuelles : "Je ne voudrais pas perdre le contact avec le terrain," s'inquiète Cécile. "Je veux rester volontaire dans l'action." Pourtant, le président devra apprendre à déléguer certaines de ces anciennes missions pour ne pas se retrouver surchargé. "Ces élections, c'est un engagement," rappelle un participant. "Mais je ne voudrais pas m'essouffler car deux ans c'est long quand on occupe un nouveau poste."
 
Alors, pour "lâcher prise", il  faudra s'organiser, s'entourer, déléguer. Et puis, "il y a du plaisir à être élu," rappelle Bruno Spire, président de l'association. "AIDES évolue au fil des années. On élargit son cercle militant, on partage des joies, des combats... On apprend en faisant. Il y a des gens qui vous appuient et vous soutiennent. Petit à petit, on maîtrise les enjeux..." Et nous ne sommes jamais assez nombreux à lutter contre le sida. "On a besoin d'élus pour faire régner les valeurs de AIDES et convaincre les personnes extérieures au mouvement. S'inscrire dans une fonction d'élu, c'est aussi contribuer, à sa manière, à arrêter l'épidémie."
                            

Photos : AIDES et D. Hérard

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