AERLI, nouveau projet d'accompagnement à l'injection

Usagers de drogues

27 Août 2012

Préparer son produit, désinfecter le matériel, trouver la veine... Ces gestes, que répètent fréquemment de nombreux usagers de drogues, peuvent entraîner de graves dommages s'ils sont mal faits. Pour accompagner les personnes qui en ont besoin, AIDES, Médecins du Monde, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) lancent le projet d'Accompagnement et d'éducation aux risques liés à l'injection AERLI.

Un virus en chasse un autre. Si la transmission du VIH est devenue rare chez les usagers de drogues injectables, en France, celle de l'hépatite C est encore très difficile à maîtriser. Parce qu'il se transmet par le sang et qu'il peut rester vivant pendant plusieurs jours dans une seringue, le virus de l'hépatite C continue de se propager chez cette catégorie de la population. Entre 40 et 60% des usagers de drogues qui fréquentent les dispositifs spécialisés, tels les Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD), sont porteurs du VHC. La grande majorité d'entre eux présentent des dommages veineux qui auraient pu être évités.
  

 
Comme préconisé par l'Inserm en 2010* et par le Plan national de lutte contre les hépatites B et C 2009-2012, nous avons besoin d'expérimenter, d'évaluer et de mettre en place des stratégies de réduction des risques et des dispositifs innovants à même d'améliorer la santé de ces personnes. L'accompagnement et l'éducation aux risques liés à l'injection (AERLI) en fait partie. L'objectif principal de ce projet, qui n'est encore qu'expérimental, est d'apprendre aux personnes à s'injecter de façon plus sûre, à mieux gérer les risques associés à cette pratique. Avec AERLI, les personnes bénéficient de séances pédagogiques animées par des acteurs associatifs formés, dont un entretien individuel, un dialogue autour de leurs pratiques et un soutien pendant l'injection.

"Beaucoup de personnes savent qu'il existent des risques de transmission du VIH et du VHC lors de cette pratique mais elles ne savent pas forcément comment limiter ces risques. Elles ne savent pas non plus qu'il est possible de limiter les dommages veineux entraînés par l'injection," explique Arnaud Simon, responsable de la prévention à AIDES. "Pour l'instant, les personnes reçues dans les CAARUD s'entraînent sur un bras artificiel. Cela n'est pas suffisant. Ce n'est qu'en s'entraînant sur leur bras qu'elles parviendront à acquérir le bon geste.  Ce qui bloque pour que l'accompagnement à l'injection soit officialisé, évidemment, c'est le fait que l'injection de drogues soit considérée par la loi française comme un acte illégal."

 

 

A ceux qui remettraient en cause le caractère légal de l'accompagnement à l'injection, Arnaud et AIDES répondent que "la loi est incohérente avec les stratégies de santé publique". Ils expliquent que le projet AERLI s'inscrit dans un référentiel français de réduction des risques** qui reconnaît que "les équipes de réduction des risques peuvent participer à l'évaluation de nouveaux outils ou stratégies contribuant à améliorer la prévention " et que "les acteurs, professionnels de santé, du travail social, membres d'associations et personnes auxquelles s'adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d'incitation à l'usage de drogues."
   
En attendant, la reconnaissance officielle de cette pratique et son développement sur le territoire, les militants de AIDES pratiquent donc dans le cadre de projets de recherche communautaire. C'est le cas de Géraldine, qui accompagne des usagers de drogues depuis deux ans dans le cadre d'un projet similaire, à Nevers. Aujourd'hui, ce projet continue avec AERLI et le même groupe : vingt-cinq personnes qui bénéficient d'un accueil particulier. "Le premier rendez-vous, c'est surtout pour observer les pratiques de la personne. On la laisse faire, on lui propose un temps de repos si besoin puis on fait une évaluation ensemble pour voir à quels moments elle a pris des risques, à quels moments elle aurait pu les minimiser… Les erreurs les plus courantes sont surtout liées à l'hygiène. Les personnes savent qu'il faut utiliser du matériel stérile mais beaucoup ne se lavent pas les mains avant l'injection, elles ne prennent pas le temps de choisir un plan de travail propre, elles mettent les doigts sur le coton, dans la gamelle où elles vont préparer leur produit… Pour chercher les veines aussi, beaucoup manquent de technique. Elles piquent un peu au hasard, ce qui crée des hématomes et autres complications…"

Les personnes qui participent à AERLI, à Nevers, étant suivies par l'association depuis plus de deux ans, Géraldine rend déjà quelques conclusions. "Nous sommes impressionnés de voir à quel point l'accompagnement à l'injection permet d'améliorer les pratiques. On observe une réelle évolution. Surtout chez les jeunes injecteurs qui parviennent assez rapidement à acquérir les bons gestes."
                   

*Expertise collective sur la réduction des risques liés à l'usage de drogues           
**Référentiel français de la réduction des risques en direction des usagers de drogues approuvé par décret le 14 avril 2005
PHOTOS : D. HÉRARD