1987 - 2012 : l'IAS revient à Washington

IAS 2012

20/07/2012

La dernière conférence internationale sur le VIH/sida qui s'est tenue aux Etats-Unis était celle de San Francisco en 1990. Peu avant, il y en avait eu une à Washington, en 1987. Entre les deux, les Etats-Unis ont interdit aux personnes séropositives d'entrer et de séjourner sur leur territoire.

Aujourd'hui, cette interdiction est levée, les antirétroviraux permettent de mener une vie quasiment normale, les personnes séropositives sous traitement efficace ne transmettent plus le virus... Vingt-cinq années se sont écoulées.

Au mois de février 1987, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 43 880 cas de sida dans 91 pays. L'heure est à l'urgence, l'évolution de la maladie est très rapide, ses manifestations physiques sont impressionnantes, les moyens de la traiter inexistants. Les programmes de prévention qui se mettent en place insistent sur la virulence et l'issue fatale de la maladie exposant, un peu partout, les visages et corps de personnes en fin de vie. A la même période, les faits divers relatant des cas d'exclusion et de discrimination se multiplient.

Car le VIH, qui a au départ été identifié dans la communauté homosexuelle, s'est présenté comme le virus qui affecte les populations marginales. Ses origines mal connues et ses modes de transmission, sexe et sang, alimentent de nombreux fantasmes. Entre recherche médicale et querelles franco-américaine autour de la découverte du dit VIH, les scientifiques imaginent pouvoir identifier un certain "patient zéro" qui aurait amené ce virus sur le continent américain. En Zambie, le président Kaunda annonce que son fils est décédé des suites du sida et appelle la communauté internationale à traiter ce problème au niveau mondial.

 


   

Méconnaissances et discriminations

Un jeune américain exclu de l'école, une famille dont la maison est incendiée, des médecins qui refusent un rendez-vous... Les personnes séropositives sont victimes des représentations contagieuses et morbides du sida. De passage à San Francisco, au début du mois de janvier 1987, le Secrétaire d'Etat britannique chargé des services sociaux, Norman Folwer, a pourtant tenté de montrer l'exemple en serrant la main à un malade devant photographes et cameramen. La princesse Diana lui emboîtera le pas l'année suivante, lors de l'inauguration d'un hôpital, en Angleterre, mais la peur est d'actualité. Malgré les efforts des autorités sanitaires, qui distribuent des tracts et documents informatifs, les discriminations explosent et plusieurs pays votent une loi pour interdire aux personnes séropositives d'entrer et de séjourner sur leur territoire. Les Etats-Unis le font en 1987. Ils ne la retireront qu'en 2009 après l'arrivée du président Obama.

Première conférence internationale à Washington

En mai 1987, l'OMS élabore une Stratégie mondiale de lutte contre le sida qui comprend des actions locales, nationales et internationales, et recommande, entre autre, "un environnement soutenant et non-discriminant." Le 1er juin, le vice-président George Bush donne le coup d'envoi de la 3e conférence internationale sur le VIH/sida à Washington. Il est hué par le public pendant son discours d'ouverture car le président Reagan s'est prononcé en faveur d'un dépistage régulier et obligatoire de la population la veille. Devant la maison blanche, des manifestants qui s'opposent aux forces de l'ordre sont arrêtés par des agents qui portent de longs gants en caoutchouc jaunes alors qu'il est déjà prouvé que le virus ne se transmet pas par ce type de contact. Les images sont diffusées sur les chaînes de télévision le soir qui suit. La mobilisation citoyenne, menée par les communautés homosexuelles, est malgré tout en marche.

 


  
Mobilisation et émergence des associations

La Food and Drug Administration, "agence du médicament" américaine, a approuvé l'AZT en mars 1987. Ce premier anti-VIH, à l'efficacité limitée, ne permet pas de freiner l'évolution de la maladie dans de nombreux cas et les plus touchés sont bien décidés à faire pression. L'association ACT UP (AIDS Coalition to Unleash Power) se créée à New-York, avec pour revendications principales un meilleur accès aux traitement, à la prévention et la fin des discriminations. En Ouganda, une petite quinzaine de personnes séropositives se regroupent pour former l'association TASO(1). En France, AIDES, qui existe depuis 1984 et sera reconnue d'utilité publique en 1990, continue d'alerter les pouvoirs publics sur l'urgence de la situation et construit ce qui deviendra le modèle indissociable de la lutte contre le sida en plaçant la personne concernée au coeur du mouvement(2).

L'épidémie marquant une progression fulgurante chez les usagers de drogues dans les pays du Nord, la vente de seringues stériles est autorisée dans la plupart des pharmacies occidentales. Des programmes d'échange de seringues sont autorisés au Royaume-Uni -ils le seront en France en 1993- puis, les politiques se faisant de plus en plus répressives, ils deviennent de plus en plus difficiles à mettre en oeuvre et disparaissent progressivement. Cette année est celle d'une véritable prise de conscience. Pour la première fois, l'Assemblée générale des Nations-Unies se résout à débattre d'une maladie, en octobre 1987, et décide d'entamer une lutte mondiale contre le VIH/sida sous la direction de l'OMS. En décembre, cette dernière recense 71, 751 cas de sida dans le monde dont deux tiers aux USA et plus de 2000 en France, en Ouganda, au Brésil. Les experts estiment alors qu'entre 5 et 10 millions de personnes sont porteuses du VIH, que 150 000 d'entre elles entreront en stade sida au cours de l'année 1988 et que 3 millions de personnes tomberont malades du sida au cours des cinq années suivantes.
 

La Quilt à 25 ans !
En Février 1987, à San Francisco, l'activiste gay Cleve Jones mobilise un petit groupe et organise la création d'une Aids Memorial Quilt, souvent appelée "Patchwork des noms" en français, en mémoire à son ami Marvin Feldman, décédé des suites du sida.
 
Ce patchwork, où chacun peut ajouter un carré de tissu dédié à un proche touché par cette maladie, est exposé pour la première fois les 11 et 12 octobre 1987, à Washington, pendant la "Marche nationale pour les droits des gays et lesbiennes." Un demi million de personnes feront le déplacement pour venir s'y recueillir ce week-end là.
 
Aujourd'hui composée de 48 000 carrés de tissu, et devenue immense, cette Quilt peut aisément recouvrir un terrain de football. Elle sera de nouveau exposée à Washington pendant la 19e conférence internationale sur le VIH/sida.

 

1. The Aids Support Organization (TASO) a été créée en 1987, en Ouganda, à l'initiative de Noerine Kaleeba, dont le mari était séropositif. Après avoir travaillé avec le docteur Peter Piot, l'UNAIDS et plusieurs fondations anglosaxonnces, Noerine Kaleeba est ajourd'hui vice-présidente de l'ONG africaine AMREF.
2. Plus d'explications dans "Un nouveau réformateur social : le malade", Daniel Defert, Libération, 14 août 1989.

Espace donateur

Découvrez notre site internet entièrement consacré au dépistage rapide.  Au menu : des infos pratiques sur le test rapide du VIH à AIDES, des témoignages, les adresses où l’on peut se faire dépister partout en France auprès de nos militants, et plein d’autres choses.