10 mesures contre les hépatites

24 Mai 2011

10 mesures urgentes contre les hépatites

 

En France, entre 100 000 et 150 000 personnes sont porteuses du virus de l'hépatite C (VHC) sans le savoir. Au total, près de 500 000 personnes sont concernées par une hépatite virale B ou C. Les complications et cancers frappent aujourd'hui de plein fouet celles qui en sont atteintes depuis une vingtaine d'années. Il existe une offre de dépistage des hépatites, un vaccin anti-VHB, des traitements anti-VHC, des méthodes pour réduire les risques de transmission... Peuvent-ils être déployés correctement sans une réelle volonté politique ?
 
Aujourd'hui, il est devenu urgent de diffuser l’information, de mettre en place des stratégies de prévention adaptées, de faire en sorte que le dépistage soit accessible à tous, de développer la prise en charge et les traitement des hépatites.
 
Il faut agir, c'est urgent !
 
Les mesures ci-dessous sont tirées des recommandations qui ont été établies lors des Rencontres nationales « Mieux vivre avec le VHC », organisées par AIDES et Sos-Hépatites en octobre 2010, avec la participation de 175 personnes concernées par l'hépatite C.
 
1 – Ne rien faire sans nous. La participation des personnes concernées par les hépatites et de leur entourage à l'élaboration des campagnes, plans, rapports, recommandations, actions de prévention et programmes d'éducation thérapeutique est indispensable.
 
2 – Evoluer vers une prise en charge globale et coordonnée. Une prise en charge de qualité ne peut être que globale, avec une meilleure coordination des soins et une prise en compte des conséquences psychiques et sociales de la maladie. Il est également indispensable de poursuivre le suivi et la prise en charge au delà de la guérison.
 
3 – Anticiper les conséquences des traitements pour mieux les accompagner. Les nouveaux traitements additionnés à la bithérapie standard font gagner du temps et augmentent les chances de guérison mais ils peuvent entraîner de nouveaux effets indésirables. La réussite thérapeutique ne sera possible que si la personne sous traitement est accompagnée, ceci avec des moyens humains (associatifs, médicaux, sociaux, éducation thérapeutique) et des conditions de vie décentes (mi-temps thérapeutiques, revenus adaptés, fin des restes à charge...).
 
4 – Reconnaître les besoins spécifiques à la coinfection VIH-Hépatite. La coinfection par le VIH et une hépatite virale ne se traite pas comme une simple addition de deux pathologies. C'est une pathologie à part entière qui demande des réponses spécifiques, en termes de prise en charge, de traitement et d’accompagnement.
 
5 – Investir plus dans la recherche publique. L’engagement nécessaire dans la recherche, en termes de stratégies nouvelles de traitement, de gestion des complications et comorbidités et de sciences humaines et sociales, ne peut se faire au détriment de la recherche VIH, dont les besoins restent importants. C’est un engagement positif dont nous avons besoin.
 
6 – Inciter la recherche privée à respecter ses engagements. Intégrer tous les publics touchés par les hépatites dans les projets de recherche moléculaire et thérapeutique en cours : en particulier les personnes co-infectées VIH-Hépatite, les usagers de drogues, les personnes sous traitement de substitution, les femmes, les migrants…
 
7 – Dépoussiérer le catalogue de recommandations des experts. Les dernières recommandations médicales consensuelles françaises de prise en charge de l’hépatite C remontent à 2002. Alors que la prise en charge du VIH bénéficie de recommandations bisannuelles commandées par une lettre de mission ministérielle depuis près de 20 ans, on ne peut imaginer le bouleversement créé par l’arrivée des nouvelles thérapeutiques sans recommandations françaises pour soutenir une prise en charge de qualité.
 
8 – Prendre en compte tous les publics, notamment les plus vulnérables. La prévention, la prise en charge et l'accompagnement doivent être accessibles à tous. Nous demandons la mise en place de programmes d’échange de seringue en prison, le droit au traitement et à la greffe pour tous ceux pour qui c’est médicalement possible et dans toutes les autres situations où la science en a montré l’intérêt.
 
9 – Oser une politique de prévention ambitieuse. Les recommandations de l’INSERM pour réduire les risques liés à la consommation de drogues (juillet 2010) doivent être mises en œuvre au plus vite : programmes d’échange de seringues en prison, éducation aux risques liés à l’injection de drogues, salles d’injection supervisée, prescription d’héroïne médicalisée… Il faut aussi améliorer la connaissance sur les modes de transmission et sur les moyens de s’en protéger.
 
10 – Etendre et diversifier le dépistage. Nous sommes sur le point de disposer de traitements plus efficaces pour éradiquer le virus au niveau individuel. Pour vaincre l’épidémie, il faut maintenant mettre le paquet sur le dépistage. Après 5 ans d’évaluation dans le champ du VIH, l’évidence est là : les tests rapides réalisés par des non médecins permettent d’élargir l’accès au dépistage et d’aller à la rencontre des populations les plus exposées. Faudra-t-il encore attendre 5 ou 10 ans pour aider les 100 000 à 150 000 personnes qui ignorent leur statut VHC ?
 
La lutte contre le sida a su répondre en son temps à l’urgence d’un problème de santé publique explosif. Aujourd’hui, nous sommes face à la même exigence et à la même urgence avec les hépatites virales. Etat, instituts de recherche, agences régionales de santé, associations, médecins et autres soignants : il est temps de sortir les hépatites virales du silence !
 
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