Prévention et réduction des risques par AIDES

Parce que la prévention du VIH et des hépatites ne peut se faire qu'à partir d'une approche diversifiée, AIDES déploie ses actions de prévention sur de nombreux supports et sur différents terrains. Informer sur les modes de transmission, distribuer de quoi réduire les risques (préservatifs, seringues stériles...) et permettre aux personnes de dialoguer sans être jugées : ces principes sont à la base de notre démarche en matière de prévention, et cette démarche est adaptée aux spécificités de chaque public.
 
En plus de l'écoute, des conseils et du matériel dispensés dans les structures d'accueil de l'association, AIDES assure une présence sur le terrain, auprès des personnes les plus exposées à la transmission du VIH. Nos militants vont à la rencontre des jeunes en milieux festifs, ils se rendent dans les lieux de drague gays, dans les commerces que fréquentent les personnes migrantes, dans les rues que fréquentent les usagers de drogue, et dans les établissements pénitentiaires.
 
 

La réduction des risques (RDR)

 
Lorsqu'elles cherchent à s'informer ou à se soigner, les personnes les plus exposées au VIH et aux hépatites (gays, migrants, usagers de drogue...) sont parfois confrontées aux préjugés et aux discours moralisateurs. Parce qu'il est difficile de parler de ses pratiques dans ces conditions, et parce que toutes les personnes doivent avoir accès à la prévention et aux soins, AIDES a choisi d'appliquer la réduction des risques (RDR), une approche non discriminante basée sur la confiance et la confidentialité.
 
Nos militants présentent à la personne toutes les possibilités qui permettent de réduire les risques et de protéger sa santé. Etre capable d'estimer les risques que comporte chaque pratique sexuelle, connaître la nocivité des différents produits psycho-actifs, savoir désinfecter une seringue usagée... Avec la RDR, la personne est mieux armée pour décider de ses pratiques et elle reste maîtresse des décisions qui la concernent. Le succès de la RDR n'est plus à démontrer, le taux d'infections à VIH chez les usagers de drogue par voie intraveineuse ayant chuté de façon spectaculaire dans les régions où elle est appliquée.
 
 


Stéphane souhaite faire un test de dépistage... par AIDES-association

 

Le dépistage communautaire à résultat rapide

 

Il existe des centres spécialisés, des médecins, des laboratoires où faire le test de dépistage du VIH mais, en France, on estime encore qu'environ 30 000 personnes vivent avec ce virus sans le savoir. Les personnes n'ayant pas toutes accès au circuit de prévention classique, AIDES a choisi de développer une nouvelle forme de dépistage : le dépistage communautaire à résultat rapide, aussi appelé "dépistage démédicalisé" et "test rapide d'orientation diagnostic" (TROD).

Après des années de recherche et de pratique expérimentale, nos militants sont officiellement habilités à pratiquer ces tests de dépistage rapide (arrêté du 10 novembre 2010) ! Dans les locaux de l'association, dans nos bus aménagés, dans les commerces migrants, les lieux de drague gays et partout ailleurs où l'action se justifie, il est désormais possible de se faire dépister par un militant. Le prélèvement se fait au bout du doigt, il est indolore et permet d'obtenir un premier résultat de sa sérologie au VIH en quelques minutes. En cas de résultat positif, la personne est orientée vers une structure médicale pour un test de confirmation et elle est accompagnée tout au long de son parcours. Il y a même un site internet pour savoir où se faire dépister par les militants de AIDES. 
 

 

Commerces identitaires et lieux de rencontre

 

Assurer une présence dans les commerces identitaires et sur les lieux de rencontre : quoi de plus efficace pour établir un premier contact avec ceux qui ne sont pas habitués aux locaux associatifs ? Dans les boutiques et les salons de beauté de personnes migrantes, dans les bars et les boîtes de nuit gays, pendant les festivals et sur les plages, nos militants proposent de l'information, du matériel de prévention et un dialogue.
 
 
Portrait Depuis deux ans, Geoffray est investi sur les actions "migrants" de AIDES, à Marseille. Une fois par semaine, il se rend dans huit à dix commerces africains et caribéens du quartier de Nouailles (1er arr.), le quartier de la ville qui concentre le plus d'espaces de sociabilité tenus par des personnes migrantes. Parfois accompagné d'un autre militant, il va à la rencontre des patrons et des clients pour proposer un dialogue autour du VIH, des hépatites et des autres infections sexuellement transmissibles, distribuer de la documentation et du matériel de prévention.
 
"Je me rends dans les salons de beauté et les salons de coiffure, les épiceries, les restaurants et tous les petits commerces que fréquentent les personnes migrantes. Je me présente au patron et aux clients, je présente AIDES et j'explique ce que fait l'association. L'idée première est de proposer un échange autour du VIH, de distribuer de la documentation, des préservatifs masculins et féminins, du gel lubrifiant... Les romans-photos - qui mettent en scène des personnes confrontées au VIH, informent sur les modes de transmission et illustrent des scènes de discrimination - ont beaucoup de succès.
 
Les thèmes abordés varient en fonction de l'actualité et des priorités locales. Nous rappelons aux personnes l'importance du dépistage, de la communication au sein du couple, nous les invitons à signer les pétitions de AIDES et à se mobiliser quand une mesure politique menace leurs conditions de vie et leur santé. En général, le débat prend assez vite et les personnes en profitent pour poser des questions. Nous recueillons les attentes et les besoins des personnes, nous abordons les problématiques liées à la séropositivité au VIH et nous essayons de faire évoluer les représentations. Ce partage d'information est un moment essentiel. Il permet aux personnes d'être mieux armées pour faire des choix favorables à leur santé sexuelle."
 
 

Etablissements pénitentiaires

 

Un tiers des personnes qui entrent en prison sont usagères de produits psycho-actifs. Avec un nombre de séropositifs au VIH trois à quatre fois plus élevé et un nombre de séropositifs à l'hépatite C quatre à cinq fois plus élevé qu'en milieu extérieur, le milieu carcéral concentre des risques de contaminations extrêmement forts. En plus des actions de prévention menées auprès des détenus et des actions de sensibilisation du personnel pénitentiaire, AIDES lutte depuis des années pour la mise en place de programmes d'échange de seringues en prison.
 
 
 
illustration prisonPortrait - Carmen est investie sur les actions "prison" de AIDES, dans un centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD) sur la côte méditeranéenne française. Tous les mercredis, elle se rend à la maison d'arrêt de Nîmes pour échanger avec des personnes détenues autour des modes de transmission du VIH, des hépatites et des autres infections sexuellement transmissibles, et sur les différentes méthodes qui permettent de réduire ces risques.
 
"Le mercredi matin, j'interviens auprès des détenus qui viennent d'entrer en prison, dans "le quartier des arrivants. Je me présente, je présente AIDES et je communique nos horaires de permanence aux personnes. Un dialogue s'installe ensuite et les détenus sont invités à poser leurs questions. Tout ce qui touche à la santé peut être abordé.
 
L'après-midi, j'assure une permanence dans l'Unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA) de cette maison d'arrêt. Je reçois les personnes séropositives au VIH, aux hépatites, mais aussi les usagers de drogues sous traitement de substitution. Nous avons choisi le bureau le plus éloigné des lieux de passage, au fond d'un couloir, afin que les détenus qui viennent nous rencontrer le fasse en toute confidentialité.
 
Ces échanges peuvent être prolongés pendant le groupe de parole "Hépatites" qui a lieu une fois par mois et qui permet aux personnes concernées de partager leurs expériences. Il y a encore beaucoup de travail en matière de réduction des risques  liés à l'usage de drogues. Je travaille avec les autres militants de AIDES et avec des médecins de plusieurs UCSA de la région pour que la distribution de matériel d'injection stérile soit autorisé en prison. En attendant, je prévois d'animer des sessions pour sensibiliser le personnel pénitentiaire aux spécificités du VIH et des hépatites."
 
 
Photos : AIDES & Daniel Hérard, David Berthelot, Iconographie "Geoffray" et prison : Yul studio

 

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